Vidéodrome

Videodrome

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27 sep. 2007 Par Julien Welter Star Rating 9

 

Visionner Videodrome de nos jours équivaut à mieux voir la prédiction cauchemardesque que David Cronenberg avait réalisée à l'époque. Car au lieu de réduire la portée de ce long métrage, l'écoulement de deux décennies l'a rendu paradoxalement intemporel.
Peut-être parce qu'entre temps le statut de son auteur a changé. Passé de maître du fantastique à cinéaste-philosophe, il a permis à son œuvre de sortir de la case étroite du genre pour être relue sous des critères artistiques. Mais plus certainement parce que des éléments trop connotés à l'époque pour ne pas faire écran ont aujourd'hui leur pendant admis. La chaîne pornographique (XXL), la cassette vidéo (remplacée par le DVD), le piratage de réseau hertzien (Internet et ses multiples sources d'images), Debbie « Blondie » Reynolds (Beyoncé ?) ou le puritanisme reaganien (celui de Bush n'est pas mal non plus) remplissent désormais pleinement leur rôle de symbole. Videodrome se situe en fait à l'opposé d'Orange mécanique. Il n'a jamais été prémonitoire quant à la société future, mais ne s'est pas figé non plus dans le temps, puisqu'il a continué d'évoluer, de multiplier les lectures possibles de son discours et de provoquer l'effroi.

La mise en scène de David Cronenberg aborde le genre de façon évidente mais non simpliste. Dans tout autre film du même genre, le fantastique serait d'abord nié puis admis naturellement dans le réel, à l'image de ces jeunes gens qui campent un samedi soir et admettent qu'une créature sorte du lac. Le réalisateur de La Mouche, lui, convient de l'existence du réel et du fantasme mais dans deux réalités séparées, luttant l'une contre l'autre. Il délimite l'espace réel par de longs travellings dans lesquels l'acteur évolue librement et l'oppose à des champs/contre-champs frontaux où peut intervenir le fantasme. Sur un rythme neurasthénique, à mesure que les hallucinations envahissent l'espace réel, Cronenberg montre l'enfermement de son personnage dans des lieux clos (la pièce orange) ou dans des relations à sens unique (comme sa position face à la télévision). Sans heurts, par ce simple procédé cinématographique, on passe d'un homme regardant la télévision à un ventre s'ouvrant comme un vagin sanglant qui démange et qu'il faut gratter avec un pistolet. Sans à-coups, la télé se mue en organique objet du désir, et l'homme en magnétoscope capable de ronger la main d'un autre. Pollué par des chimères castrant et laminant, le réel devient au final une pâle reproduction du fantasme dans ce qu'il a de pire : la mort.

Abominable, tordu et pervers, le film l'est peut-être autant parce qu'il repose sur un socle commun à tous : l'absence d'amour. Bien que la relation entre Max Renn et Nicki Brand, tous deux cyniques et pervers, ressemble à une froide entente, elle se noue dans le lieu de leur perversion commune : la chambre orange. Dès lors la relation est amoureuse, mais également à l'image de ses protagonistes : cynique et perverse. La disparition de Nicki marque alors le début de la dérive hallucinatoire qui se nourrit constamment du vice et de la frustration. Et en l'absence physique d'une autre chair, le corps est condamné à se mêler à une nouvelle source d'appétence, celle-ci technologique. La tête s'enfonçant dans une bouche cathodique ou l'homme fouettant un poste de télévision, sont autant de signes d'une dérive progressive du désir.

Ce monde fantasmagorique et effroyable que diffuse la télévision s'ajoute aux nombreuses représentations de celle-ci : objet fantomatique où l'on se perd dans Poltergeist, lieu d'hébergement de la mort dans Ring. Mais si toutes condamnent le poste des foyers avec la même rectitude, Cronenberg est le seul à montrer avec autant d'intelligence et d'ambivalence un objet charnel, réceptacle de nos dangereux fantasmes. Au lieu de montrer du doigt le flux cathodique, David Cronenberg s'adresse directement au spectateur par une mise en abyme du principe de vision (nous, face aux champs/contre-champs), et met en garde : les désirs de Max Renn sont les nôtres. On comprend mieux l'insuccès en salles et l'accession au statut de film culte par la vidéo. À plusieurs, sur des sièges, le long métrage perd de sa force, alors que seul, verrouillé dans son propre environnement face à une pièce organique à la couleur orange baveuse, on se retrouve happé dans le delirium, frontalement exposé aux hallucinations, et ouvert aux troubles de nos fantasmes.



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Tonton BDM :

Star Rating 10
Y’a-t-il jamais eu un brûlot plus féroce et plus intellectuel contre la télévision que le “Videodrome” de Cronenberg ? La question n’est que pure rhétorique, arrêtez de répondre à haute voix. Personne ne vous entend de toutes façons, à part peut-être Lindsay, votre amie imaginaire. Le spectateur qui a vu “Videodrome” en salle en 1983 [...]

Laurent Pécha :

Star Rating 10
A quoi reconnait-on les génies ? Leur capacité à être en avance sur leur époque. Cronenberg est un génie. Vidéodrome en apporte la preuve. Longue vie à la nouvelle chair !

Ilan Ferry :

Star Rating 9
Une ode paranoiaque et viscérale au pouvoir de la chair par l’entremise du plus puissant des médiums.

Sandy Gillet :

Star Rating 9
Une apologie cauchemardesque de l’Homme moderne entre réceptacle d’une chair putride et schizophrénie véhiculée par l’image pour un Cronenberg au sommet de son Art.

Nicolas Thys :

Star Rating 8

Didier Verdurand :

Star Rating 8


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