Alexandre

Alexander, États-Unis, 2004

Alexandre
3,1
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Critique

Vincent JuléVincent Julé 20 déc. 2004 Star Rating 8

Alexandre est un film monstre. Foisonnant, bruyant, boursouflé, hargneux, démesuré, confus…, les adjectifs, qualificatifs et/ou péjoratifs ne manquent pas pour définir le nouveau Oliver Stone. Ils renvoient aussi tous à un même champ lexical : l'excès. De la prestation très théâtrale d'Angelina Jolie (avec un sacré accent russe !!!) aux crises de colère de Colin Farrell, en passant par des décors flamboyants et une caméra omnipotente, une vraie folie de tragédie grecque souffle sur le film, du début à la fin. Soit deux heures cinquante tout de même. Pour vous donner une idée, même vague, de cette expérience sensorielle, repensez à L'Enfer du dimanche, ses plans d'une demi-seconde maximum, ses soixante extraits musicaux à la demi-heure, ses scènes dialoguées filmées comme les matchs de football. Oliver Stone est l'ambassadeur d'un cinéma violent, agressif, voire prétentieux et démonstratif, diront certains. Quoi qu'il en soit, sa puissance visuelle est indéniable, et avec Alexandre elle gagne en cohérence.

Car le réalisateur tient là un sujet, ou plutôt un personnage, Alexandre le Grand, à la mesure de ses envies. Il déploie ainsi toute son énergie pour dépeindre un homme complexe, fou, tiraillé entre ses deux parents qui l'ont assigné au même destin extraordinaire mais de manière diamétralement opposée. Cette (dé)construction intérieure le poussera à dépasser toutes les limites connues – à 32 ans, son empire couvrait une bonne partie du continent eurasien –, et Oliver Stone n'hésite pas à le comparer à un dieu, ou ce qui s'en rapproche le plus. Sa biographie tombe malheureusement dans les mêmes travers qu'un Gladiator ou un Troie : arrangements avec l'Histoire, ellipses, flash-back inutiles, caricatures… Les plus historiens d'entre vous sauteront sûrement au plafond. Mais au final, Alexandre se révèle moins une bio-epic qu'un pur objet cinématographique. Le héros incarné par un Colin Farrell parfois tout simplement possédé aurait pu ne pas s'appeler Alexandre. L'important est cette rage du désespoir qui habite chaque personnage et chaque moment du film. Et le résultat est impressionnant.

La bataille de Gaugamèle est à ce point de vue exemplaire. Mais, avant tout, avouons que depuis quelques années une sorte de compétition s'est installée entre les productions hollywoodiennes pour savoir qui aura la plus grosse… Toujours plus de figurants, d‘effets spéciaux, de carnage et de caméra à l'épaule. S'y sont ainsi essayés, dans des genres différents : Gladiator, Matrix revolutions, Troie ou Le Seigneur des anneaux, ce dernier servant maintenant d‘étalon en la matière. Alexandre, pourtant plutôt avare avec ses deux batailles, modifie considérablement la donne. En plus, ou en marge, du schéma habituel et incontournable – à la courte préparation suit le briefing des soldats avant que les deux camps se foutent sur la gueule –, le film propose une montée d'adrénaline non-stop pendant une vingtaine de minutes. À l'enchevêtrement des corps, au fatras des armes et à la bouillie visuelle, Oliver Stone préfère la tension du rituel de préparation, où chaque geste est posé, chaque regard, lourd de sens. Ainsi, avant même que le combat ne commence, a-t-il gagné la partie. Le spectateur est comblé, fébrile. Or, la bataille en elle-même ne déçoit pas non plus. Malgré les plans courts et les hectolitres d'hémoglobine, le spectateur comprend parfaitement ce qu'il voit à l'écran – Oh ! une jambe ! une tête ! Et le cinéaste ne laisse pas le temps de se lasser, puisqu'il y ajoute la notion non négligeable de stratégie. Rarement une scène de guerre n'aura été aussi viscérale et intelligible, à en ressentir des picotements le long de l'échine. Manque peut-être un climax, qui se retrouvera dans la seconde bataille, lors de l'affrontement entre Alexandre à cheval et un éléphant. Inoubliable !

Alexandre est un film véritablement passionné, à en donner le vertige à son auteur et au spectateur averti. Le choix de Vangelis (Les Chariots de feu, 1492) à la musique en déroutera plus d'un, le sous-texte homosexuel n'est pas toujours très fin, la symbolique, parfois trop appuyée, et les thèmes abordés ou simplement esquissés sont légion. Mais il reste que les forces en jeu balayent tout sur le passage. Brutalement, frontalement. Le spectateur est lessivé, mais heureux.

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