Un jour sans fin

Groundhog day

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21 mar. 2008 Par Julien Foussereau Star Rating 9

Présentateur météo atrabilaire et mécontent de couvrir le jour de la Marmotte à Punxsutawney, un bled de Pennsylvanie, Phil Connors se voit condamné à revivre le même jour, tel un reset. Voilà qui augure de grandes choses. Et force est d'admettre que les promesses sont tenues tant les distorsions temporelles comme enjeu narratif ont rarement été aussi bien exploitées au cinéma que dans Un jour sans fin. A ce titre, le concept s'avère ici tellement puissant qu'il a permis à Harold Ramis de duper son monde en se plaçant dans la catégorie des entertainers qui comptent (on attend toujours qu'il égale son exploit) Tout le plaisir de ce film réside dans son unité de lieu et de temps. Sans jamais savoir le pourquoi du comment qui plus est.

 

Mieux, dissimulé derrière le rouleau compresseur d'humour à froid de Bill Murray, Un jour sans fin bascule dans le fable bouddhiste et va au-delà du simple cahier des charges initial en s'appuyant sans en avoir l'air sur deux questionnements existentialistes costauds : la perte d'identité et le sens de la vie. En cela, l'astuce du reboot de 24 heures se révèle vertigineuse. Le moi de Phil Connors se désagrège à chaque « non-lendemain ». Présentateur s'abritant derrière une délectable arrogance pour ne pas laisser transparaître son mal-être au départ, il peut devenir n'importe qui, voleur de fonds à la précision d'horloger, taré suicidaire prenant la marmotte star en otage, Clint Eastwood ou encore séducteur presque ultime. La situation fantastique mise à part, c'est essentiellement sa prise de conscience de ne plus avoir de responsabilités morales qui le conduit à être ce qu'il a choisi. Et permettre, par la même occasion, à Un jour sans fin d'être la comédie revêtant le temps d'une journée le genre qu'elle souhaite.

 

Autrement dit, Phil devient maître de son espace-temps réduit, une omniscience increvable, A partir de ce postulat, Un jour sans fin embraye sur le sens de la vie lorsqu'on est un genre de dieu passant par le stade adolescent (le profit personnel), la dépression (à quoi bon ?) avant la résignation positive (« quitte à être coincé, autant être utile à la communauté ! ») Là, Un jour sans fin frotte intelligemment le fatalisme situationnel avec le libre-arbitre et bascule dans l'humanisme à la Capra. Celui où la vie prend sens quand on daigne s'intéresser à Autrui, dans la tradition des plus belles comédies américaines. C'est pourquoi, on peut affirmer sans trop se tromper qu'Un jour sans fin fait certainement partie des comédies sophistiquées les plus emblématiques des années 90 (il faut voir combien Bruce tout-puissant, son successeur inavoué, est pitoyable en comparaison). C'est peut-être aussi le premier pas de Bill Murray vers la maturité cinématographique.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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