Butch Cassidy et le Kid

Butch Cassidy and the Sundance Kid




04 déc. 2006 Par Erwan Desbois Star Rating 8

 

L'association Paul Newman – Robert Redford, une star installée et une en devenir, fut le premier coup de génie de Butch Cassidy et le Kid. Le deuxième coup de génie du film fut de les employer dans des contre-emplois aux antipodes de leur image habituelle, pour interpréter un duo de hors-la-loi dont la légende cache une réalité bien moins romantique. Butch (Newman) cache derrière ses talents d'orateur et de leader un poltron doublé d'un incompétent, et son compère le Kid de Sundance (Redford) est un mec renfrogné, râleur et incapable de prendre les devants.


Pire encore : au moment où se déroule le film, le duo a fait son temps. Le Far West primitif et sans règles dans lequel ils se sont épanouis et ont écrit leur légende de braqueurs de banque n'existe plus, et a été remplacé par un monde balisé et maîtrisé. Le « remplacement » du cheval par la bicyclette est emblématique de cette transition, de même que l'impossibilité pour Butch et le Kid de semer les forces de l'ordre qui les poursuivent (au cours d'une séquence exténuante, longue d'une demi-heure) dans des plaines et des collines autrefois sauvages, et qui ont servi à sauver la mise de tant de héros de westerns. Face à ces changements, le sort qui attend nos anti-héros est sans appel : ils sont condamnés à mort dès le générique (qui prend la forme d'un montage d'archives d'actualités) et la première séquence, que l'on voit à travers un filtre sépia. Régulièrement, des personnages viendront rappeler au duo cette fatalité à laquelle ils ne pourront échapper, faisant de Butch Cassidy et le Kid le récit d'une lente agonie.


D'où vient alors que le film soit si allègre et attendrissant, et que des visionnages répétés procurent un plaisir et une euphorie qui ne s'étiolent jamais ? Ce petit miracle tient à la liberté totale du récit, qui rappelle l'insouciance et le refus des contraintes de la Nouvelle Vague. La référence la plus évidente est la relation émancipée et sans entraves, à la Jules et Jim, entre Butch, le Kid et la douce Etta. Plus généralement, les dialogues modernes et rythmés, comme improvisés, le mélange des genres et des supports visuels, les ruptures brutales de ton et de lieu (le transfert de la seconde partie du film en Bolivie est véritablement exploité, au-delà du simple gag instantané) forment un tout réjouissant et unique en son genre, qui nous rend complices et non simples observateurs de la cavale du duo. Butch et le Kid ne sont plus des personnages légendaires du Far West, mais des amis dont l'on connaît les défauts et les rêves déçus. L'affection que la caméra (et nous à travers elle) ressent pour eux est telle qu'elle parvient à suspendre leur mort lors de la dernière séquence ; on se prend alors à rêver « et s'ils s'en sortaient, une fois de plus ? »



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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