Heat

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22 avr. 2007 Par Stéphane Argentin Star Rating 10

 

N'y allons pas par quatre chemins : Heat est un pur joyau, une véritable perle noire, en un mot comme en cent, un chef d'oeuvre. Le genre de long-métrage comme il en existe une fois tous les cent ans. Et ça tombe plutôt bien puisqu'au moment de la sortie de Heat en 1995 (aux États-Unis, début 1996 en France), on célébrait très précisément le centenaire du cinéma. Dix ans plus tard, Heat n'a pas pris une ride, pour la simple et bonne raison qu'il est demeuré depuis la référence incontestée en matière de films policiers. Une référence à laquelle toutes les autres productions se voient désormais immédiatement comparées, quand elles ne cherchent à le copier (le pomper ?) ou bien à lui rendre hommage ; l'exemple le plus récent et flagrant mais néanmoins totalement avoué étant le 36, quai des Orfèvres d'Oliver Marchal.

 

 

Si l'on souhaitait toutefois faire preuve de médisance, on pourrait dire que son auteur, Michael Mann, à la fois producteur, scénariste et réalisateur, aura du s'y reprendre à deux fois avant de parvenir à une telle perfection cinématographique. En effet, six ans plus tôt, en 1989, il était à l'origine d'un téléfilm, nettement moins connu du grand public, nommé L.A. Takedown, qui proposait déjà, trait pour trait et pratiquement à la réplique près, le même contenu que Heat. Mais ce « brouillon » qui à lui seul dépasse déjà bien des long-métrages n'en diminue pas pour autant les innombrables qualités de la version définitive et aura, bien au contraire, permis à Michael Mann d'en peaufiner les moindres détails.

 

 

Dans Heat, il n'y a en effet pas une seule scène, une seule réplique, ni une image qui ne semblent avoir été conçues pour servir un dessein bien précis au coeur de cette véritable horlogerie suisse confectionnée par l'orfèvre qu'est Michael Mann. Et si la partie émergée de l'iceberg est ce face-à-face cinématographiquement anthologique entre Al Pacino et Robert De Niro (ce dernier n'a d'ailleurs plus rien fait de très recommandable depuis, à croire qu'il avait interprété là son dernier grand rôle), ces deux protagonistes ne prendraient assurément pas une telle épaisseur sans la présence des innombrables personnages secondaires.


 

 

Il suffit pour s'en convaincre d'observer comment, en seulement deux ou trois courtes scènes judicieusement positionnées, Michael Mann parvient à nous décrire toute la détermination doublée d'une immense détresse du fraîchement libéré sur parole Donald Breedan, interprété par Dennis Haysbert (le futur Président David Palmer de la série 24 heures chrono). Bien qu'il tente par tous les moyens de s'intégrer au système, celui-ci va inexorablement le broyer, l'obligeant à réemprunter son chemin marginal et hautement risqué. Une marginalité en opposition au système qui constitue l'essence même de tous les personnages des films de Michael Mann, depuis Le solitaire interprété par James Caan jusqu'au Tom Cruise de Collateral en passant par le Russell Crowe de Révélations ou encore le Will Smith d'Ali.


 

Les deux protagonistes de Heat n'échappent pas à cette règle puisqu'on trouve d'un côté le flic et son troisième mariage qui bat de l'aile, et de l'autre, le voleur qui ne souhaite désormais plus qu'une chose, se ranger et partir pour les îles aux côtés d'Eady (Amy Brenneman, vu dans la première saison de la remarquable série NYPD Blue). Tous deux excellent toutefois tant et si bien dans leurs domaines respectifs régi par des règles et un code de conduite bien précis que leurs décisions et leurs actions échappent au commun des mortels. Il suffit là encore pour s'en convaincre d'observer la discussion homérique dans le café où tous les bruits environnants s'effacent peu à peu au fil de la conversation pour souligner la bulle au sein de laquelle vivent ces deux individus. Une bulle dans laquelle très peu peuvent pénétrer comme le démontre le cadrage au bord à bord de Michael Mann qui ne laisse apparaître aucune autre personne au sein de l'image (tout du moins distinctement).


 

S'il n'y avait en effet que les « simples » qualités narratives et la performance des acteurs derrière lesquels on sent planer l'ombre de Mann (Tom Cruise n'a-t-il pas réussi l'une de ses plus belles prestations dans Collateral ?), Heat serait déjà un très bon long-métrage. Mais là où le film franchit définitivement la barrière séparant la grandeur de l'excellence, c'est bien grâce à sa mise en scène. Rares sont les cinéastes qui peuvent se targuer de maîtriser à ce point l'image dans toutes ses dimensions : largeur, hauteur, profondeur, couleursÂ… Au hasard, on ne citera qu'un seul autre nom contemporain : John Carpenter ! Il suffit là encore d'observer comment, dans Collateral, Michael Mann est parvenu à transcender un scénario timbre-poste par la seule force de sa mise en scène et l'allégorie dans laquelle il ne manque pas à chaque fois de faire basculer ses personnages.

 

 

(Re)voir Heat, c'est assister en permanence à une véritable leçon de mise en scène où chaque nouvelle projection nous fait découvrir une multitude de petits détails présents à l'écran dans un but bien précis. Et si la célèbre discussion dans un café peut être perçue comme le summum narratif du film (la caméra est constamment fixe et se rapproche inexorablement du très gros plan à chacun des champ / contre-champ), la scène anthologique du braquage en plein centre-ville constituera probablement à jamais le summum en matière de séquence d'action à base de gunfights en feux croisés. Un affrontement armé précédé par une tentative de perçage de coffre beaucoup plus subtile, qui trouve là encore une correspondance directe avec le final du Solitaire qui a depuis fait école lui aussi (confirmant au passage que Mann s'affirme au fil de ses long-métrages comme un véritable professeur de cinéma).

 

 

Heat est aussi l'occasion pour Michael Mann de filmer sa ville comme jamais auparavant (cf. le travelling nocturne en plongée qui introduit cette même scène d'effraction). Là encore, l'approche hautement photogénique de Mann confère à la cité des anges une dimension proche de l'onirisme. Une approche renforcée par le dernier point « artistique » de ce long-métrage : la musique. Épaulées par toute une ribambelle d'interprètes / compositeurs de talent allant du Kronos Quartet jusqu'à Brian Eno en passant par Moby ou encore Lisa Gerrard, les moindres notes des partitions d'Elliot Goldenthal démultiplient le pouvoir des images bien au-delà du simple visionnage du film l'écoute de la B.O., seule, suffit à se remémorer avec exactitude les moindres passages de Heat, ce qui est loin d'être le cas de toutes les B.O. de film.

 

 

Inutile donc de chercher la faille dans ce long-métrage de Michael Mann, Heat est tout simplement un diamant de la plus haute qualité. Et ce n'est que justice si le seul long-métrage et le seul cinéaste à ce jour qui soit parvenu à surpasser ce film sur le plan purement technique n'est autre que Michael Mann lui-même avec Collateral. C'est dire si l'on attend avec impatience la relecture d'une précédente « création » de Mann à l'aide des mêmes avancées numériques que dans Collateral : l'adaptation sur grand écran de la série télé Miami Vice.

 



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Stéphane Argentin :

Star Rating 10
Scénario, dialogues, personnages, musiques, mise en scène… la moindre parcelle de ce polar concoure à en faire le chef d’œuvre absolu du genre.

Flavien Bellevue :

Star Rating 9

Laurent Pécha :

Star Rating 9
Le plus célèbre des films de Michael Mann. Une fusillade d’anthologie. Un duel au sommet entre deux monstres sacrés. Le polar des années 90 !

Patrick Antona :

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Ilan Ferry :

Star Rating 8

Sandy Gillet :

Star Rating 8
Certainement le film le plus connu de Mann. Copié à l’envie depuis et comme on dit jamais égalé. Un film Maestro !

Bruno Laurent :

Star Rating 8

Julien Foussereau :

Star Rating 7

Didier Verdurand :

Star Rating 7

Vincent Julé :

Star Rating 6


La Rédaction25/09/2004 01:00 par La Rédaction

Heat

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