Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban
Harry Potter and the prisoner of Azkaban- PAYS :États-Unis, Royaume-Uni
- ANNÉE DE PRODUCTION :2004
- DATE DE SORTIE :02 juin 2004
- GENRE :Fantastique, Comédie dramatique
- DURÉE :139 MIN
- REALISATEUR : Alfonso Cuarón
- ACTEURS :Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Gary Oldman, David Thewlis
- DISTRIBUTEUR :Warner Bros. France
- BUDGET : 130 millions de dollars
- Format de tournage : 35 mm
- Ratio d'image : 2.35
- Couleur
- D'après l'oeuvre de Joanne Kathleen Rowling
- Site officiel français
Something wicked this way comes
Qu'il est loin le temps où l'univers d'Harry Potter nous privait, de par son aspect aseptisé, de toute relation à la magie, et nous donnait l'impression d'être, à l'image des costumes de ses héros, une franchise aussi réglementée que scolaire. Chris Colombus, épuisé par la réalisation des deux premiers épisodes, apporte à la saga la meilleure idée qu'il ait jamais eue : quitter son poste de metteur en scène pour ne conserver que celui de producteur.

À metteur en scène différent, univers différent. Alfonso Cuarón, à qui l'on doit La Petite Princesse , De grandes espérances et Y tu mamá también, se révèle l'homme de la situation, de la maturité et du changement. Avec dextérité, il se nourrit de l'univers de J.K. Rowling pour le digérer et accoucher d'une œuvre à l'univers romanesque autant fidèle que personnel. De la première à la dernière image, rarement une œuvre de commande, et qui plus est une franchise de cette envergure, n'aura suscité autant d'étonnement dans son renouvellement narratif et formel. Passé le logo Warner Bros., Alfonso Cuarón se place comme seul maître à bord, n'hésitant pas à transformer les tours de magie du petit sorcier en quelques tours de poignet insolites. De cette extravagante allégorie de la masturbation, où Harry, enfoui sous sa couverture, se livre en rythme au plaisir de la magie, le cinéaste pose ainsi le thème central du film : le passage de l'enfance à l'adolescence. Le maniérisme de Cuarón se démarque à de nombreuses reprises par son style « brouillon travaillé ». La séquence d'anniversaire, excellent prologue au demeurant, devient le terrain de la quotidienneté et de la simplicité, et se rapproche ainsi d'une esthétique réaliste qui n'est pas sans rappeler celle de Y tu mamá también. La caméra portée donne à l'image la même dynamique ; enracinée dans le quotidien, la scène surprend et interpelle. Si cette instabilité reflète parfaitement le caractère fragile d'Harry, en proie à un soudain excès de colère, elle révèle avant tout un adolescent en pleine crise, vulnérable et en quête d'identité. Aussi n'est-il pas étonnant que Cuarón ait troqué les éternelles robes de sorcier pour vêtir ses personnages comme des adolescents contemporains. Tour à tour, le retour régulier des images de reflet souvent instables perce l'âme tourmentée de l'apprenti sorcier, et Cuarón d'acquérir à la séquence du miroir une véritable portée métaphorique : Harry y est confronté à lui-même autant qu'aux sombres Détraqueurs, les gardiens d'Azkaban.

Bien plus qu'il n'y paraît au premier abord, la poésie transcende la noirceur. Maître d'un réalisme qu'il faut qualifier de magique, tout droit hérité de la culture sud-américaine, Cuarón saisit les sensations et les sentiments sur le mode de l'allégorie. Si Sarah, dans La Petite Princesse, découvrait la neige avec une captation des couleurs et des sentiments proches de celles du jeune Aureliano Buendia de Cent ans de solitude, il en va de même pour le jeune Finn des Grandes espérances. Seul au milieu de poissons exotiques et des étoiles de mer, l'océan s'affiche comme le reflet d'une âme pûre et candide. Les éléments de la nature, captés par l'enfant, apparaissent comme la plus précieuse des choses sur Terre, comme une extraordinaire hyperbole alliant l'innocence à la fragilité et à la fertilité. Dès lors, le majestueux envol de Buck l'hyppogriffe, sublimé par la bouleversante partition de John Williams, confère à la séquence un élan de magie : Harry est transporté d'une incommensurable joie de vivre ; le temps d'un reflet sur l'eau, il apprend à jouir de l'instant présent. Transcendée, la scène trouve tout son sens dans la relation quasi charnelle qu'entretiennent l'animal et l'océan. Personnages et animaux entrent en communion avec la nature. À la manière de ses Grandes espérances, Cuarón filme des extérieurs au grand angle, avec le souci d'inscrire les protagonistes au cœur de paysages verts, colorés et surexposés, où les vestiges du temps passé incarnent la mémoire de lieux effacés par la tourmente. Cuarón saisit avec sensibilité le potentiel nostalgique de l'œuvre et y insuffle une note douloureuse. Les personnages retournent à leurs origines, aux fondements de l'histoire familiale. Seul dans sa chambre, Harry retrouve la photo encore animée de ses parents : la simple contemplation se traduit en un instant intime et solennel, à l'instar de cette trace maternelle, une voix féminine calme et rassurante, qui contraste avec les ténèbres des Détraqueurs et de Sirius Black, le prisonnier d'Azkaban.

Jouant sur l'association du souvenir et de la nature, le cinéaste manipule l'unité de temps à la manière de sa Petite princesse. Saisons et sensations se suivent et se croisent. Dénudé, grelottant ou renaissant, le saule-cogneur est une ode à la nature (on pense aux poèmes de Pablo Neruda) autant qu'une citation, à l'image de cette dernière feuille d'automne bercée par le vent, qui évoque les adaptations dickensiennes de David Lean, Oliver Twist et Great expectations. Plus encore, Cuarón redéfinit parfaitement à l'écran la transformation temporelle, sorte de retour vers le futur pratiqué par l'écrivain dans son roman. Le temps est bouleversé, les corps dédoublés se croisent et s'animent dans un univers de plus en plus sombre jusqu'à ce qu'apparaissent l'épanouissement et la prise de confiance du jeune héros. Alors, cette quête de soi, brodée autour du deuil familial, trouve un sens par l'innocence et la sincérité de ses personnages et de son cinéaste.

Ce qui aurait pu n'être qu'une commande de studio des plus banales devient une œuvre touchante, sincère et personnelle, fondée sur la rencontre de deux cultures, l'une anglo-saxonne et l'autre sud-américaine. La magie n'y occupe certes pas la même place, mais les deux cultures se complètent avec aisance et singularité. Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban est une véritable réussite et la preuve vivante que le cinéma peut être un divertissement grand public autant qu'une œuvre personnelle. On se prend alors à espérer que Mike Newell (le cinéaste de Quatre mariages et un enterrement et du Cheval venu de la mer) fasse aussi bien pour le quatrième volet, actuellement en tournage, pour lequel il devrait retrouver le compositeur Patrick Doyle… sous peine d'être livré à vous savez qui.
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LA COMMUNAUTE
CLIQUEZ ICI POUR REAGIR!| 25/12/2007 18:50 par Jean-Noël Nicolau Ne serait-ce que l’enchaînement des saisons avec le saule cogneur.
C’est pas Columbus qui y avait pensé à ça.
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| 25/12/2007 18:27 par JaimzHatefield Et ce plan sur la hache… magnifique, avec le vol des corbeaux.
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| 25/12/2007 18:17 par Jean-Noël Nicolau En fait quand on a lu les livres, et qu’on les a aimé (ce qui est généralement le cas), on apprécie d’autant plus d’avoir quelque chose de différent, et de tout aussi bien, en film.
Enfin.
Logiquement.
Du moment que c’est réussi.
C’est nettement moins ennuyeux qu’une version littérale, ultra prévisible.
Dans Azkaban, ce que [...] LIRE LA SUITE |
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