Compliance

Compliance




07 sep. 2012 Par Sandy Gillet Star Rating 8

 

La classe moyenne est très peu montrée au cinéma. Tout d'abord parce que très peu cinégénique mais surtout parce que c'est surtout elle qui va voir des films. Le cinéma américain ne déroge pas à cette règle tacite bien au contraire. Il faut voir comment son versant indépendant actuel montre les dysfonctionnements de la société américaine par le bas pour se rendre compte que ce constat ne risque pas de s'inverser dans les années à venir. Ce pourquoi aussi, à trop vouloir être excessif ou « original », on tombe aisément aujourd'hui dans le contraire de ce qui voulait être dénoncé. Compliance est une magnifique exception à cette règle.

Le deuxième film de Craig Zobel (le premier reste inédit en France) s'inspire d'un fait divers qui s'est reproduit à maintes reprises pendant une dizaine d'années sur l'ensemble du territoire américain. Un homme se faisant passer pour un policier appelle un fast food (de préférence en milieu rural), demande à parler au gérant et lui explique qu'il a à côté de lui une personne qui porte plainte pour vol incriminant une de ses employées. Il lui demande ensuite de la garder en lieu sûr le temps pour lui d'envoyer des collègues afin de l'embarquer. Mais auparavant, il faudrait pouvoir s'assurer que l'argent est bien sur elle et donc procéder à une fouille corporelle. Zobel s'inspire plus précisément du dernier « incident » en date survenue en 2004 (qui a d'ailleurs débouché sur l'arrestation de l'auteur de ces « canulars ») et détaille en fait les trois heures qu'aura duré cet appel. Quasi huis-clos anxiogène, sa caméra traque les moindres faits et gestes de chacun, de la même façon que le satyre par procuration au bout du fil. On y voit une adolescente (jouée sans tabou par Dreama Walker que l'on avait découvert en petite fille d'Eastwood dans Gran Torino) soumise à toutes sortes d'actions qui vont aller jusqu'à l'agression sexuelle.

Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi la victime ne s'est-elle pas révoltée en disant tout simplement non ? Zobel ne donne que très peu d'éléments de réponse même s'il ne laisse rien dans l'ombre nous laissant d'ailleurs seul et nu (comme sa victime) face à nos propres réflexions et interrogations. Une situation malaisée qui est certainement la cause du départ d'un grand nombre de spectateurs (représentants de la classe moyenne ?) lors de la projection du film en avant-première mondiale au dernier Festival de Sundance. Mais en même temps, n'est-ce pas là aussi une réaction saine ? Comme celle du personnage joué par Yves Montand dans I comme Icare à la fin de l'extraordinaire séquence reprenant à son compte la fameuse expérience dite de Milgram qui se proposait d'évaluer la soumission de l'être humain face à une autorité légitime ou considérée comme telle. Pour faire court, plus de 60% des sujets obéissaient aveuglément aux consignes même quand ceux-ci rentraient en conflit direct avec leur propre conscience.

Compliance montre que cette expérimentation psychologico-sociétale reste plus que jamais d'une actualité aigue. Que l'Homme reste immuable dans ses tares génétiques malgré son histoire récente et douloureuse entre nazisme, massacre de My Lai, génocide khmers rouges... Quelqu'un disait que l'Homme est inhumain et que c'était justement cela qui en fait un être humain. Compliance, dans sa façon de nous jeter en pleine face notre inhumanité, ne nous donne aucun espoir quant à l'avenir de notre ADN. Si toutefois nous en avions un.

 



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Sandy Gillet :

Star Rating 8
Film coup de poing qui décortique cliniquement un fait divers mettant en lumière la propension toujours intacte, et ce quelque soit les leçons de l’Histoire, de l’obéissance humaine face au pouvoir et à l’ordre établi.

Tonton BDM :

Star Rating 7
Peu fin dans sa démonstration, mais tout de même très puissant.

Perrine Quennesson :

Star Rating 5
Avis partagé car film étrange. Au bout d’un moment la blague a assez duré et c’est lorsque l’on est à notre taux d’agacement maximal que le film nous rattrappe. Et nous fait réfléchir.

Laurent Pécha :

Star Rating 5
Rarement un film ne m’aura autant déplu pour ne pourtant ne jamais quitter un coin de ma tête. Paradoxalement incontournable donc ! Et accessoirement démontrer si besoin l’inutilité des étoiles ou notes.


conn230/12/2012 21:21 par conn2

Pour bien préciser les choses: Il y aura toujours des films d’actions, des thrillers, des grands films romanesques (genre Autant en emporte le vent, Docteur Jivago etc..) pour nous sortir de notre quotidien et nous plonger le temps de 2 heures ou plus, dans un autre univers. Cette capacité à nous arracher [...] LIRE LA SUITE
250130/12/2012 20:07 par 2501

..Et peu importe la mise en scène, les interprètes, le son, le montage, le film est là simplement comme un support en images (comme des slides Powerpoint en quelque sorte) Le Cinéma, c’était mieux avant. :D LIRE LA SUITE
conn230/12/2012 19:26 par conn2

Une réalisation sans grande prétention et des interprètes qui font leur job sans plus ni moins (bon,un petit plus pour Dreama Walker qui est très mignonne..) Ce film instille, par contre, un malaise permanent depuis la première scène jusqu’à la dernière scène parce qu’il décrit une vérité dont chacun de [...] LIRE LA SUITE

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