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No country for old men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme
No country for old men, États-Unis, 2007
Critique
Les frères Coen occupent une place à part, ils sont peut-être les seuls à avoir constamment défendu le cinéma de genre tout en étant unanimement reconnus des élites critiques, des cinéphiles, et même d’une partie du grand public. Avec ce No Country for Old Men, dont la réputation a eu le temps de circuler depuis sa présentation à Cannes (scandaleusement ignorée) il y a maintenant pratiquement un an, est un pur film de genre, qui convoque une fois de plus les mythes fondateurs de l’Amérique.
Plus noir et plus ténébreux que jamais (c’est de saison après le Burton aussi très déprimant), No Country for Old Men témoigne de la maîtrise de cinéastes ayant compris tous les codes du cinéma auquel ils se réfèrent, avec lequel ils jouent avec la simplicité tranquille des plus grands. Au point de ne quasiment pas avoir besoin de musique pour illustrer cette odyssée tragique. Cadrage, découpage, dialogues, ton des acteurs suffisent à alimenter le tempo idéal. La classe. Tout simplement.
Le film est d’une sécheresse fascinante. L’atmosphère à couper au couteau et la tension générée pendant les scènes entre Chigurh et Llewelyn sont phénoménales. L’histoire convoque des figures classiques : un vieux shérif dépassé, un tueur figure d’un mal ultime et absurde, un cowboy anachronique qui saute sur le premier butin venu pour tenter d’échapper à ce monde crépusculaire. Le tout se mue en course-poursuite ponctuée de touches de violence brute et d’humour noir imparables. On voit clairement dans cette histoire les points communs avec la filmographie des Coen, de Blood Simple leur premier film (avec lequel le film entretient le plus d’atomes crochus) à Arizona Junior. C’est la mise en scène qui fait ici toute la différence, mise en scène qu’ils ont su faire évoluer vers une épure éloquente. Des cadres enfermant les personnages autant que les décors à une bande sonore au millimètre où la moindre brise fait sens, le spectateur ne peut que rester en alerte constante, pourtant confronté à des protagonistes et à une intrigue - a priori - ultra stéréotypés ! Sans aucun effet en trop, jamais non plus sur une pose asséchée d’auteur en quête de respectabilité, l’équilibre du film est miraculeux.
La direction d’un trio d’acteurs exceptionnel finit de le charger d’une incroyable intensité. Chacun à sa manière reflète un monde absurde, fataliste, régit par la violence et l’argent, aux codes archaïques. Josh Brolin prend paradoxalement une envergure nouvelle dans le rôle de cet individu en fuite, faible et apeuré. Javier Bardem est mémorable en psychopathe inarrêtable, abstraction de violence trahie par une coupe au bol tout aussi surréaliste. Tommy Lee Jones, dans les pantoufles plus si confortables d’un shérif perdu (personnage un peu trop évident comparé aux deux autres), ouvre et clôt un récit, qui, derrière les oripeaux du western et de la comédie noire, est d’une tristesse infinie.
La conclusion, peut-être trop bavarde, a du mal à faire passer ce qui était jusque là véhiculé simplement par l’image, et certaines ellipses prennent de court en cassant soudainement le cercle infernal. La tristesse inéluctable du récit passe plus par cette mort omniprésente et sans logique apparente que par les regrets d’un vieil homme qui peine à nous émouvoir. Néanmoins, No Country For Old Men est une œuvre vraiment intéressante, à mûrir, qui trouvera sans aucun doute une seconde richesse après la lecture du roman de Cormack McCarthy. Dans un grand élan post-moderniste, les Coen démontrent une fois de plus la capacité du cinéma américain à réfléchir sur ses figures fondatrices tout en offrant réflexion existentielle sur la place de l’individu dans une société viciée. Comme toujours, ils n’oublient pas de rester généreux dans le divertissement, sans prendre de haut leur public, en se renouvelant de manière admirable.
Plus noir et plus ténébreux que jamais (c’est de saison après le Burton aussi très déprimant), No Country for Old Men témoigne de la maîtrise de cinéastes ayant compris tous les codes du cinéma auquel ils se réfèrent, avec lequel ils jouent avec la simplicité tranquille des plus grands. Au point de ne quasiment pas avoir besoin de musique pour illustrer cette odyssée tragique. Cadrage, découpage, dialogues, ton des acteurs suffisent à alimenter le tempo idéal. La classe. Tout simplement.
Le film est d’une sécheresse fascinante. L’atmosphère à couper au couteau et la tension générée pendant les scènes entre Chigurh et Llewelyn sont phénoménales. L’histoire convoque des figures classiques : un vieux shérif dépassé, un tueur figure d’un mal ultime et absurde, un cowboy anachronique qui saute sur le premier butin venu pour tenter d’échapper à ce monde crépusculaire. Le tout se mue en course-poursuite ponctuée de touches de violence brute et d’humour noir imparables. On voit clairement dans cette histoire les points communs avec la filmographie des Coen, de Blood Simple leur premier film (avec lequel le film entretient le plus d’atomes crochus) à Arizona Junior. C’est la mise en scène qui fait ici toute la différence, mise en scène qu’ils ont su faire évoluer vers une épure éloquente. Des cadres enfermant les personnages autant que les décors à une bande sonore au millimètre où la moindre brise fait sens, le spectateur ne peut que rester en alerte constante, pourtant confronté à des protagonistes et à une intrigue - a priori - ultra stéréotypés ! Sans aucun effet en trop, jamais non plus sur une pose asséchée d’auteur en quête de respectabilité, l’équilibre du film est miraculeux.
La direction d’un trio d’acteurs exceptionnel finit de le charger d’une incroyable intensité. Chacun à sa manière reflète un monde absurde, fataliste, régit par la violence et l’argent, aux codes archaïques. Josh Brolin prend paradoxalement une envergure nouvelle dans le rôle de cet individu en fuite, faible et apeuré. Javier Bardem est mémorable en psychopathe inarrêtable, abstraction de violence trahie par une coupe au bol tout aussi surréaliste. Tommy Lee Jones, dans les pantoufles plus si confortables d’un shérif perdu (personnage un peu trop évident comparé aux deux autres), ouvre et clôt un récit, qui, derrière les oripeaux du western et de la comédie noire, est d’une tristesse infinie.
La conclusion, peut-être trop bavarde, a du mal à faire passer ce qui était jusque là véhiculé simplement par l’image, et certaines ellipses prennent de court en cassant soudainement le cercle infernal. La tristesse inéluctable du récit passe plus par cette mort omniprésente et sans logique apparente que par les regrets d’un vieil homme qui peine à nous émouvoir. Néanmoins, No Country For Old Men est une œuvre vraiment intéressante, à mûrir, qui trouvera sans aucun doute une seconde richesse après la lecture du roman de Cormack McCarthy. Dans un grand élan post-moderniste, les Coen démontrent une fois de plus la capacité du cinéma américain à réfléchir sur ses figures fondatrices tout en offrant réflexion existentielle sur la place de l’individu dans une société viciée. Comme toujours, ils n’oublient pas de rester généreux dans le divertissement, sans prendre de haut leur public, en se renouvelant de manière admirable.


