Star Wars Épisode IV : Un nouvel espoir (La Guerre des étoiles)

Star Wars Episode IV : Star Wars, A new hope

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18 sep. 2007 Par Simon Riaux Star Rating 8

Au moment de rédiger une critique de ce Nouvel Espoir, un problème des plus épineux surgit. Faut-il traiter du film original, ou bien analyser l'actuelle version et ses nombreuses modifications ? L'indisponibilité de l'oeuvre première et le succès historique remporté par l'édition Blu-ray de la saga ont tranché, c'est le long-métrage auquel le public a accès, celui qu'il connaît et probablement celui qui restera dans sa mémoire, sur lequel nous allons nous pencher.

Si La Guerre des étoiles est entrée dans la légende du septième art quasi-instantanément, c'est car à bien des égards, le récit qui se déroule sous nos yeux appartient à la mythologie classique. Il en a digéré bien plus que les contours, il a fait siennes ses figures, ses lignes de force, auxquels il confère un décor, littéralement un univers, capable de les réactualiser et les sublimer. Si dans sa Poétique Aristote n'avait pas prévu la représentation de sabres lasers, ou le coefficient de pénétration dans l'air d'un stormtrooper, le philosophe analysait la dynamique du tragique avec une rigueur et une acuité que l'on retrouve dans le destin de Vador et de sa progéniture. Un des plus grands mérites du film est d'avoir prouvé que la science-fiction était (et est encore aujourd'hui) le dernier bastion des grands récits mythologiques. Le seul genre capable de brasser naturellement des histoires aussi vastes et amples que l'humanité auxquelles elles sont destinées.

Cette puissance thématique éblouit presque systématiquement les jeunes spectateurs qui y sont confrontés, mais n'est pas l'unique réussite de l'oeuvre. Son scénario, souvent taxé à tort de simpliste, est une leçon d'économie d'écriture, de narration ciselée. Lucas n'aura besoin que d'une unique séquence, frontale, dénuée de la moindre fioriture, pour nous présenter Vador, d'une poignées de secondes pour introduire Luke et sa place au sein de sa famille d'adoption, d'une brève scène pour faire de Han Solo le point d'ancrage rebelle du spectateur, héros rétif à la Force, qui nous permet d'en appréhender toute la puissance et l'intouchable grandeur. On est constamment frappé par la richesse et la cohérence de cet univers, dont les peuples, conflits et traditions sont évoquées, nourrissent les arrières plans, se devinent, mais ne nous sont presque jamais assénés. Rares sont les oeuvres qui nous auront donné le sentiment, après leur visionnage, qu'elles ont ouvert une fenêtre sur un monde autonome, dont la persistance se fait irrémédiablement sentir. Voilà un exploit qui écrase littéralement les quelques faiblesses de l'intrigue, notamment les caractères trop lisses de Luke et Leïa, que la trilogie se chargera d'enrichir.

Hélas cette réussite cinématographique souffre aujourd'hui d'un défaut potentiellement rédhibitoire, d'autant plus qu'il semble devoir logiquement persister et s'amplifier. Les modifications ajoutées régulièrement par George Lucas posent un évident problème quant à la réception de l'oeuvre. Il n'est pas ici question de discuter leur légitimité, ni même la transformation des personnages et de leur parcours (le fameux échange de tirs entre Solo et Greedo), mais de constater deux domaines irrémédiablement altérés par ces ajouts. Premièrement, ils ternissent le rythme du film. Il suffit parfois de quelques secondes, ou d'une rupture de la temporalité ressentie par le spectateur, pour que l'équilibre d'orfèvre de Star Wars soit menacé, comme si Lucas, plutôt que de placer sa foi en ce qu'il raconte, investissait désormais dans ce qu'il montre.

Mais il y a plus grave, chaque transformation vient sortir le spectateur du film. Même le plus myope des mioches sait repérer la différence entre une créature de latex et un de ses avatars numériques, leur apparence, leur gestuelle, viennent systématiquement contredire la très belle harmonie cet univers. Pire, ils font souvent diversion et nous font perdre la beauté d'un plan, l'importance d'une transition, ou flinguent purement et simplement la naissance d'une ambiance. Dès lors, l'oeuvre n'a plus d'époque, nous ne regardons plus un chef d'oeuvre de 1977 qui nous sidérerait par son intemporalité, mais un patchwork incohérent, souvent de mauvais goût, et qui nous interdit un rapport intime, organique, avec le film.

En l'état, Un Nouvel espoir est (encore) un chef d'oeuvre. Mais ne nous leurrons pas, les métamorphoses opérées par son auteur principal de la saga affectent très durement cet épisode (plus encore que Le Retour du jedi), et il est bien difficile de trancher entre le souvenir du sublime et la valeur objective de ses restes. En l'état on espère sans grand espoir que cette merveille ne sera pas défigurée plus avant, et pourra demeurer le film marquant qu'elle mérite d'être, plus que le souvenir sympathique du scrapbook délirant d'un créateur mégalomane.



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