L'Enfer pour Miss Jones

Devil in Miss Jones (The)

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09 avr. 2010 Par Francis Moury Star Rating 10

 

Devil in Miss Jones [L'Enfer pour Miss Jones] (USA 1973) produit, réalisé, écrit, monté par Gérard Damiano est le film le plus important de cette collection Wild Side consacrée à l'âge d'or du X américain. Tourné à la suite de son mineur mais financièrement phénoménal Deep Throat, avec aussi peu de moyens mais davantage d'inspiration plastique, Devil in Miss Jones aurait rapporté 600 millions de dollard US au total. Damiano n'en vit que très peu la couleur. Distribué seulement le 17 septembre 1975 en France en circuit commercial par LusoFrance, alors que le cinéma érotique puis franchement hardcore explosait sur les écrans depuis déjà un certain temps, son succès critique est avéré des deux côtés de l'Atlantique. Son ambition était si apparente qu'elle ne pouvait qu'être d'emblée reconnue.

Devil in Miss Jones ressort en effet autant du cinéma fantastique et du cinéma expérimental que du cinéma pornographique. Une assez longue partie du film est d'ailleurs dénuée de dialogues, reposant uniquement sur le mouvement, le découpage, le montage et la musique parfois électronique qui rythment sa temporalité dramaturgique en séquences dotées d'une tonalité personnalisée : dramatique, reposante, extatique, parfois contradictoire, selon les cas. Les enchaînements sont parfois influencés par les montages de la Color Climax Corporation et leur emploi virtuose de la  technique de caméra 16mm (qu'il soit ensuite gonflé ou non en 35mm) portée à l'épaule. Réalisé par un cinéaste qui ne faisait pas mystère de son catholicisme, sa construction en boucle est celle d'un cauchemar philosophique, d'un conte de Voltaire à l'envers à tous points de vue  : le suicide qui ouvre le film est impressionnant tant sa maîtrise formelle est patente, tant l'interprète est sincère et tant la mise en scène s'efface derrière la pure présence de l'évènement. La solitude mène à la mort une héroïne dont le prénom ne renvoie pas particulièrement à celle de Sade comme le pensent certains interprètes : loin de toute tradition littéraire, Damiano vise une sorte de critique interne du cinéma pornographique par lui-même. Entre l'introduction et le final (identiques l'un à l'autre : boucle parfaite, éternel retour circulaire, obsédant), la séduction infernale du plaisir se pare de tous ses attraits (y compris la célèbre bestialité de Geogina Spelvin avec un serpent python), développe toutes ses facettes, pour mieux enfermer in fine dans son cercle vicieux celle qui en est la victime. Damiano emprunte (sans le savoir forcément car il n'était pas un intellectuel) à Sartre (la pièce de théâtre Huis clos) et peut-être aussi à des cinéastes comme Bergman ou Benazéraf (thème de l'incommunicabilité, thème de l'innocence foncière et rebelle face au monde) des éléments thématiques qui forment l'environnement esthétique et moral des hommes de sa génération pour les intégrer à cette fable contemporaine. Le film use de la contre-culture pour la condamner sans appel : le considérer comme représentatif de cette contre-culture est une erreur de jugement. Le fait que Damiano se donne sous pseudonyme le rôle du personnage du fou, à jamais désintéressé de la star qu'il dirige si bien comme cinéaste et dont la personnalité est en elle-même si énergique et étonnante, est un autre signe de sa sincérité. Le générique d'ouverture est une claire allusion, par ses lettrines comme par son montage, au générique de fin du pessimiste Masque de la mort rouge (USA-GB 1964) de Roger Corman. Devil in Miss Jones est l'exemple du film qu'on ne peut faire qu'une fois et qui ne peut être refait ni par son cinéaste ni par d'autres : de fait, jamais plus Damiano ne retrouvera une telle originalité ni une telle puissance.

Le film a naturellement, étant donné son succès au box-office, connu une postérité parfois pas inintéressante. The Devil in Miss Jones II (1983) d'Henri Pachard devient une comédie, louchant du côté de chez Ernst Lubitsch et se déroulant en enfer avec la même Georgina Spelvin dix ans plus âgée mais tout aussi charnelle et passionnée ; The Devil in Miss Jones III et The Devil in Miss Jones IV (USA 1986 et 1987) la remplacent par Lois Ayres dans le rôle de Justine, mais se passent également en enfer avec clin d'œil à celui de Dante ; The Devil in Mr. Holmes (Ital.-USA 1988) est une variation tardive mais fondamentalement angoissante dans laquelle le Diable lui-même vient, à la fin, réclamer John Holmes déjà malade, proche de la fin et jouant quasiment son propre rôle. Certaines homonymies de titrage sont, en revanche, de simples « attrapes-nigauds » : The Devil in Miss Dare (USA 1986) est une anthologie de séquences avec la starlette Barbara Dare sans aucun rapport avec le film original de Damiano, idem pour la comédie érotique Les Fantasmes de Miss Jones (Fr.-USA 1986) de Gérard Loubeau, écrite par l'américain Radley Metzger (alias « Henry Paris ») sans rapport non plus avec le Damiano.


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Francis Moury :

Star Rating 10


La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

Devil in Miss Jones

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