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Critique
Scorsese avait lâché l'affaire depuis un moment, et même si l'on se prend à rêver d'un retour aux sources avec The Departed après 2 films à l'académisme oscarisable, il est bien temps que de jeunes loups se réapproprient le film de gangsters. Casino paraît déjà bien loin, et c'est d'Italie que nous vient, peut-être pas la relève, mais un émule sinon original du moins assez doué pour relever le défi d'arriver après le pape du genre.
En effet, quoi de plus difficile que de s'approprier un genre auquel des noms de cinéastes aussi importants que Scorsese ou Coppola sont automatiquement associés. Mais il faut croire que pour réussir un tel pari, il fallait avoir du sang italien.
Michele Placido n'a pas la virtuosité technique de ses glorieux aînés. Cependant, sa mise en scène n'est pas déshonorante, même si elle manque de personalité. En effet, on reconnaît l'auteur des Affranchis dans l'utilisation de la musique à coup de chansons bien placées additionnées à une bande-originale classique réussie et plus atmosphérique.
L'atout de Romanzo Criminale, c'est d'appliquer les règles du genre avec soin, et de les confronter à l'histoire du crime italien. Le récit est inspiré de faits réels comme l'indique le carton de début, encore un code qui renforce l'implication du spectateur. D'autant plus que Placido n'hésite pas à inclure des images d'archives rappelant la réalité de l'époque (attentat à Bologne, enlèvement d'Aldo Moro). Procédé qui ne fait pas pour autant de Romanzo Criminale un film politique, mais qui lui donne un cachet certain. Une identité européenne qui empêche de crier au plagiat sur le fond.
Le film est dense, les personnages sont nombreux et l'utilisation du flashback pertinente dans cette histoire d'amitié, bien qu'elle donne une sensation de déjà-vu leonien (et amoindrisse quelque peu la qualité du film à cause d'une fin à rallonge).
Les acteurs sont irréprochables et défendent des personnages qui ont tous un parcours et une personnalité un minimum développés. On n'évite bien sûr pas les stéréotypes (la pute au grand coeur, le chef charismatique, le beau gosse romantique, le traitre assoiffé d'argent...), mais ils sont si bien campés que tout passe pratiquement comme si c'était la première fois.
Ce n'est pas le plus petit compliment que l'on puisse faire à Michele Placido, qui s'en sort donc avec les honneurs dans un genre pourtant ultra balisé.

