Haute tension

Haute tension

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30 aoû. 2006 Par Mr Brown Star Rating 8

 

Haute Tension


Les films de genre français sont souvent risibles.

On a des souvenirs honteux des Yamakasi ou autres Promenons-nous dans les bois.

Une production spécifique (la boîte Bee Movies) n'aura rien changé, pire, l'on s'esclaffe encore devant Bloody Mallory ou Brocéliande.

Car qui dit moyens ne veut pas forcément dire talent.

Mieux, c'est la seule entreprise fauchée du lot, Maléfique, de Eric Valette, qui s'en tirera avec les honneurs.

Une délectation pour une fois originale, qui compensait son budget et un côté cheap par une ambiance délicieusement oppressante et une présence de poids à l'écriture comme derrière la caméra.


Luc Besson, en gros producteur avisé qu'il est, a senti le bon filon, et le fossé qui ne demandait qu'à être rempli.

Il faut dire quand même que si la sauce ne prend presque jamais, le bougre a le mérite de faire des efforts.

Banlieue 13 a beau être une bouse, ça vaut tout aussi bien qu'une purge à l'Américaine.

Y'à pas qu'eux qui peuvent se targuer de fabriquer des nullités.

Surtout que s'ils ne devaient pas composer avec l'omniprésence du Dieu Luc à tous les stades de la production, son écurie s'en sortirait haut la main.

Car il en a découvert des perles.

On peut penser à Louis Letterrier et son Danny the Dog visuellement très impressionnant (dommage que sa déchéance fut si abrupte avec un rance Transporteur 2), il se paye même le luxe de produire du Tommy Lee Jones.

Le gros Luc leur donne le moyen d'être à sa hauteur.

Pour qu'ils touchent le sommet.


Alexandre Aja fait partie de cette trempe.

Et pour l'instant il continue avec bonheur son petit bonhomme de chemin dans le film d'horreur.

Passé le choc et la grande réussite de son séjour Etats-Unien avec son remake de La Colline à des Yeux, revenons sur l'un de ses premiers faits d'arme, Haute Tension, une merveilleuse production horrifique à la Française, qui n'a vraiment pas à rougir de la comparaison avec les plus grands.

Jusqu'à ce que Le formidable Luc s'en mêle.


Le film d'Aja et son comparse Gregory Levasseur - qui se retrouveront pour leur escapade américaine – reste une formidable et sincère déclaration d'amour au survival et au gore, même passé le sabotage du film par sa dernière bobine.


Car jusqu'alors, tout se déroulait comme prévu (« sans accroc » comme aime à le dire le chef de la A-Team).

L'on était face à un film jouissivement malsain, teintée de peintures baroques et de tableaux décadents trouvant leur essence dans des idées méchamment gores (la fellation par une tête coupée comme présentation du redneck dézingueur du film).

Les deux français osent tout, du quart d'heure introductif complètement décalé se jouant des poncifs (« J'ai rêvé que j'étais blessée et que je courrais pieds nus dans la forêt. J'essayais d'échapper à moi-même ») sous fond de discussions pour midinettes, la masturbation féminine en filigrane de deux meurtres atroces (!), la multiplication des scènes gores accentuant de ce fait le plaisir immédiat (la scène de l'armoire, quasi insoutenable par la montée d'adrénaline), la cruauté et la perversité de son (ses) personnages.

Et même le manuel du parfait petit bricoleur !

Tisons, fils barbelés, hache, scie circulaire, commode, couteau de boucher, tout l'attirail de l'abri de jardin y passe et le spectateur n'en peut plus de contenir son rictus béat de satisfaction devant ce qui se trouve être LE film de genre français.

Ca charcle à tout va, on y dénote bon nombre de références cinématographiques comme musicales, et l'on reste pantois d'admiration devant tant de maîtrise de la part d'un si jeune réalisateur.


L'ambiance y est pour beaucoup, car conscient de l'hommage à rendre aux monstres du genre, l'équipe produit un exemple en la matière.

De la lumière, aux décors, en passant par les effets spéciaux à la Tom Savini, fabriqués à l'ancienne (quelle drôle d'idée ce gore en image de synthèse si à la mode en ce moment !), c'est franchement prodigieux, renforçant le réalisme et le côté dégueulasse de la chose.

La station service et la camionnette remportant en ce sens la palme, l'une pour son ambiance très américaine des 70's, et l'autre pour son sens du détail crade (les ongles fraîchement incrustés dans la toiture).


Philippe Nahon continue dans son registre, mais il livre ici une prestation exemplaire, comme habitée d'un esprit malsain. Ses râles et soupirs, ses ongles noircis font froid dans le dos. Et Cecile de France prouve tout le bien qu'on pensait d'elle, surtout dans un registre si particulier (et elle est bien loin d'être ici une scream queen de bas étage, son rôle étant agrémenté d'une perversité délectable dans son déchaînement de violence). Reste juste une Maïwenn plus habituée aux Leloucheries qui se demande où elle a bien pu débarquer.


Mais alors que le spectateur jouit littéralement de bonheur, la demie molle pointe le bout de son nez grâce à la perspicacité d'un Luc Besson visionnaire explosant la comète en plein vol.

Et ce qui ne devait être qu'un twist de générique de fin pas très glorieux mais efficace et surprenant, tentative désespérée de renouveler un peu le genre, devient la balle dans le pied d'un film qui va se traîner, traîner vers la porte de sortie, histoire de rétablir.


Las, devant tant d'incohérence et de suffisance scénaristique, le spectateur s'éloigne peu à peu du film, pour afficher la morne tronche déçue de voir ses espoirs ainsi réduits à néant.

L'on ne pouvait pas rêver de pire fin pour un film, rendant le merveilleux spectacle gore auquel nous étions joyeusement invité à visionner, à une vaste pantalonnade métaphysico philosophique.

Rien à voir avec l'heure un quart précédente.


Et ce n'est pas ce sursaut d'ultra violence final qui va faire sortir le spectateur de sa torpeur.

C'est fini.

Le Dieu Luc a gagné.

Il l'a bousillé son beau film.


Haute Tension est donc passé près d'être la génialissime pépite qu'il aurait du (et mérité) d'être.

On lui en veut un peu, mais c'est pas grave.

On peut toujours zapper le dernier quart d'heure.



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Quel dommage que la fin soit aussi ratée ! Le reste est ce qu’on a fait de mieux dans le genre en France dans les années 2000.

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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

Haute tension

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