Killer Joe

Killer Joe




08 sep. 2011 Par Simon Riaux Star Rating 8

 

Il aura fallu attendre cinq ans pour retrouver William Friedkin, après un Bug, qui avait rappelé à tout le monde que le metteur en scène possédait encore une hargne et un talent intacts. Toutefois, ce Killer Joe nous aura donné quelques sueurs froides : synopsis aussi mystérieux qu'alambiqué, affiche teaser ratée, programmation à la fin d'une Mostra dont les derniers jours furent un enchaînement de mauvaises surprises... Mais notre scepticisme était déplacé, tant le réalisateur en remontre encore une fois à ses contemporains.

Première bonne surprise, le réalisateur retrouve une intrigue plus ample, riche d'une galerie de personnages tous plus foutraques les uns que les autres. Thomas Haden Church, Gina Gershon, Juno Temple et surtout Matthew McConaughey (qui nous offre la meilleure partition de sa carrière) évoluent dans un univers white trash poisseux où mesquinerie et cupidité se tirent férocement la bourre. L'intrigue, cousue de fils blancs, vaut non pour elle-même, mais pour le ton grotesque et mordant adopté par Friedkin, qui lui permet de jongler en permanence entre polar et comédie de moeurs, le tout rehaussé d'une bonne dose de violence et de sexe crapoteux. L'auteur retrouve ici une liberté de ton et un humour (« So, whose dick is that ? ») qu'on rêverait de retrouver chez de plus jeunes réalisateurs, à l'image d'une surréaliste scène de fellation panée (sic).

On pourra arguer que découpage et montage sont singulièrement banals dès lors que l'action a lieu au grand jour, comme si l'immense formaliste se retrouvait soudain bien embarrassé par les grands espaces Texans. Mais ce serait oublier combien sa mise en scène s'énerve et nous emporte dans un tourbillon furieux dès que l'action est cloisonnée, comme si le confinement des tensions et leur éclatement était à présent le moteur à explosion de la machine Friedkin, comme en témoigne le climax en forme de rollercoaster, au cours duquel sang, salive, larmes et autres fluides corporels viendront éclabousser les cloisons du décor. On est fasciné par la liberté avec laquelle l'auteur continue de manier l'ambiguité de son propos, l'ironie avec laquelle il retourne systématiquement les valeurs et symboles du monde occidental, et de l'Amérique en particulier.

Ce qui saute aux yeux dans Killer Joe, c'est la volonté inébranlable de William Friedkin de continuer à raconter des histoires dont la mécanique narrative elle-même est essentiellement transgressive. Ce n'est bien sûr pas un hasard si son cinéma, emblématique des années 70 et de leurs crises successives, retrouve dans nos sociétés au bord du gouffre tout son impact et sa verve subversive.



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Didier Verdurand :

Star Rating 8
Des situations imprévisibles, des dialogues délirants, une fantastique Gina Gershon (le reste du cast brille aussi). On sort de là bouche bée avec l’envie d’acheter un tee-shirt “I love Friedkin and I fuck your sister”.

Laurent Pécha :

Star Rating 8
Qui d’autre que Friedkin est capable aujourd’hui de mettre en images les 20 dernières minutes hallucinantes de Killer Joe ? Personne ! Inusable le père William !

Simon Riaux :

Star Rating 8
Quand un ange exterminateur vient secouer la banlieue White trash de Dallas, William Friedkin est aux commandes du missile, et il ne loupe pas sa cible.

Stéphane Argentin :

Star Rating 7
Friedkin nous livre un petit thriller aussi mordant que jouissif (la scène finale) qui n’a rien à envier aux meilleurs des frères Coen.

Sandy Gillet :

Star Rating 7
Friedkin revient en force après 6 ans d’absence et p*** cela fait un bien fou !

Patrick Antona :

Star Rating 7
Quand le polar redneck rencontre la tragédie grecque, cela déménage même si l’on peut regretter que certains personnages ne soient pas bien exploités. Mais comme il y a Gina Gershon …


Kira22/09/2012 19:25 par Kira

Je garde mon 3/10 malgré les arguments brillants du Panda (han :stress:) Merci de remarquer mon esprit brillant. :jaimz: Et grâce à toi, je me suis trouvé une nouvelle signature, c’est toujours ça. :jap: Si j’peux être utile :biggthump LIRE LA SUITE
Rogerpanda22/09/2012 17:26 par Rogerpanda

Je garde mon 3/10 malgré les arguments brillants du Panda (han :stress:) Merci de remarquer mon esprit brillant. :jaimz: Et grâce à toi, je me suis trouvé une nouvelle signature, c’est toujours ça. :jap: LIRE LA SUITE
Kira22/09/2012 11:09 par Kira

Et le cinéma, ce n’est pas que des histoires, c’est aussi et surtout l’image. J’entends ton point de vu :jaimz:, mais pour moi le cinéma c’est avant tout une histoire servie par des images. Note que je n’essaie pas de te ralier à mon point de vu, et d’autres ont déjà échoué [...] LIRE LA SUITE

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