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Critique
Voilà vingt ans qu'on nous ment : L'Arme fatale n'est pas un film de Richard Donner. Certes, le réalisateur de Superman et La malédiction possède un certain savoir-faire dans le registre du divertissement, mais ce n'est pas sa patte qui fait la différence. Non, si L'Arme fatale devait être attribué à un homme, il s'agirait de Shane Black. Le réalisateur du récent Kiss kiss bang bang peut même se targuer d'avoir inventé le genre buddy-movie : prenez deux types (flics ou voyous) aux personnalités complémentaires et contradictoires, si possible d'origine ethnique différente ; faites naître le conflit, ajoutez une louche de répliques cultes et de l'action dans tous les coins. Servez brûlant : le mélange obtenu ressemble à un cocktail d'amphétamines dilué dans de l'essence.

L'Arme fatale, c'est d'abord un duo de choc, la rencontre géniale de deux personnages devenus des archétypes. Il y a Martin Riggs, le chien fou, qui oublie son récent veuvage en jouant à l'ado inconscient. Crinière de feu, il qui frise, c'est Mel Gibson, commençant tout juste sa carrière internationale de masochiste professionnel (ici, il aime à se déboîter l'épaule pour remporter un pari, et atteindrait presque l'orgasme lorsqu'on lui assène des décharges électriques). Face à lui, Roger Murtaugh, bon flic et papa poule, hystérique devant le comportement suicidaire de son partenaire. C'est Danny Glover, volubile et hilarant, au bord de la crise de nerfs. Leurs échanges sont de véritables festivals de vannes, mémorables et jubilatoires.

Qu'on n'aille pas croire que L'Arme fatale n'est qu'une gentille comédie : l'humour est sans cesse contrebalancée par de grosses giclées de violence froide, presque surprenantes pour un film à vocation populaire. En opposant au tandem star un méchant vraiment inquiétant et prêt à tout (Gary Busey, salaud parfait), le scénario de Shane Black parvient à ménager un vrai suspense jusqu'au bout. Si l'on sait maintenant qu'il ne peut rien arriver à Riggs et Murtaugh (le film a connu trois suites), le déferlement de violence fout la trouille au spectateur, qui craint qu'on ne fasse du mal à ces héros si attachants.

Dans les autres volets de ce qui est devenu une tétralogie, le principe est à chaque fois le même : continuer à faire monter la sauce entre les deux personnages principaux, et les placer face à des individus peu recommandables (et même franchement flippants) pour que le rire ne soit jamais tranquille. La force de L'Arme fatale par rapport à ses successeurs, c'est que le film ne se perd pas dans une ribambelle de personnages secondaires sympathiques mais futiles. En se concentrant uniquement sur ce duo de flics que tout oppose, Donner et Black transcendent leur comédie policière en lui donnant l'aspect d'un vrai polar burné et franchement drôle.

C'est donc tout naturellement que L'Arme fatale s'impose comme le buddy-movie de référence, celui que l'on peut voir à répétition sans jamais se lasser, comme on feuillette un album de famille.
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