Potiche

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12 nov. 2010 Par snake master Star Rating 7

 

"Potiche peut-être, mais pas cruche". Voilà, en filigrane, l'idée centrale qui a dû émerger doucement dans la France de la fin des années 70. Époque on le sait de changement, les années 70 furent aussi celles d'une émancipation du sexe comme de l'opposé, dans un modèle patriarcal qui fleurait encore bon la misogynie. Les femmes accentuent leur lutte pour leur indépendance, et des caractères masculins contrastés se dessinent alors autour. En 2010, Potiche, nouveau long-métrage du boulimique François Ozon, prend justement la peine de se pencher sur cette période de renouveau avec une énergie qui lui est propre. Voir avec une jubilation de tout les niveaux. Jubilation d'abord de la caricature, fil rouge de l'entreprise ou chaque protagoniste est étiqueté dans des positions intelligibles, brossant un portrait grinçant de l'époque avec bien plus d'efficacité que ne l'aurait fait un documentaire par exemple. La scène inaugurale instaure un ton résolument déjanté, proche de la comptine, où la gentillesse limite autiste se confronte à la saloperie la plus convaincue. Tout est sur-joué et sur-interprété, des entrées boulevardières des personnages aux décors publicitaires criards. Non sans une certaine prévisibilité (qui nuit temps à autre à l'originalité autre du film), les situations initiales s'inversent, et la soumission du féminin par le mâle font soudainement demi-tour. Les femmes se lèvent alors, parfois sans s'en rendre compte, et une évolution forcément complice se produit autant pour la protagoniste centrale du film que pour le spectateur qui adhère par tant d'évidence au discours féministe du film.

Mais malgré une parabole moderne un peu balourde (dédicaces d'usage envers le méchant Sarko et la belle Ségolène - attitude forcé de l'artiste engagé à gauche), Ozon fait globalement preuve d'une réelle finesse qui permet à Potiche d'échapper à son simple statut de théâtre filmé. Il y a tout d'abord la complexité de personnages aux multiples facettes, que ce soit Robert Pujol le salaud qui souffre (Luchini, impérial et parfaitement dans la cadence) ou Maurice Babin en amant blessé qui perd des yeux son combat pour le prolétariat (Depardieu, toujours plus humain). Mais c'est sans doute le portrait de Suzanne Pujol qui montre tout l'intelligence d'Ozon, qui fait de la femme centrale et combative un être parfois lâche et indifférente, pas angélique mais prompt à s'affirmer dès lors que la situation l'exige. Sous les traits de Catherine Deneuve qui apporte là une réelle palette et une énergie communicative à son personnage, Pujol devient sans le vouloir l'exemple d'une femme nouvelle, sans barrière mais prête enfin à faire tomber les zones de séparation établies par l'homme. Un jeu sur les apparences qui est à merveille par le reste du casting, jusque dans l'apparition gratuite mais amusante de Sergi Lopez.

Cette idée de profondeur parcourt le film du long et la tranche de rire provoquée par le comique de situation et par l'incroyable alchimie du casting n'efface jamais la réelle inquiétude et le cynisme plutôt corrosif que porte Ozon envers une société en pleine mutation. Comme un funambule qui promène sa démarche concentrée le long du fil très fin qui menace de le faire tomber, Ozon passe son temps à jongler avec une forme innocente et grotesque et une ironie qui fait s'effondrer cet univers toc que la caméra se complaît à cinématographier. Le metteur en scène s'y révèle donc un réel talent de caricaturiste, et le spectateur prend un malin plaisir à être complice de l'enthousiasme de l'équipe. Il est aussi aidé en cela par une mise en scène véritablement pensée, fourmillant de détails et modérément encline aux tics du modèle du "film à la cool" (peu de splits-screens, mais plutôt des plans aériens et des cadrages frontaux). Les cinéphiles s'amuseront d'ailleurs à y déceler par-ci par-là les clins d'yeux disséminés du long, jusque dans l'évidente complicité du couple Depardieu-Deneuve.

C'est finalement à une comédie moins potiche qu'elle en a l'air que François Ozon nous convie. Ne lésinant pas sur le boulevardier de sa mise en image et du jeu de ses interprètes, il n'oublie pas non plus de traiter avec une réelle inquiétude de la place de la femme dans la société de l'année 77, et de son rôle pas si différent aujourd'hui. Les personnages possèdent diverses couches d'interprétation, et l'émotion navigue avec une réelle sincérité dans l'écrasant ton comique caricatural qu'il dépeint. Reste peut-être que la maladresse de certains passages (notamment ceux musicaux et dansés qui sont mal conduits ou dispensables) et l'aspect un peu descriptif des faits de société (qui donne parfois au film le cachet d'une notice pédagogique sur la période dépeinte) empêchent le long-métrage d'atteindre la hauteur auquel il aspire. Vivifiant.


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Stéphane Argentin :

Star Rating 8
C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes et avec ce pamphlet sociopolitique à la truculente théâtralité 70’s, Ozon nous livre l’un de ses meilleurs films à date.

Sandy Gillet :

Star Rating 8
Un Ozon de haute volée qui navigue entre la comédie de boulevard et la satyre politique bien sentie que le casting au diapason (même Depardieu) finit de rendre jubilatoire.

Patrick Antona :

Star Rating 7

Laurent Pécha :

Star Rating 7
Encore un casting 4 étoiles pour Ozon après celui de 8 femmes… mais cette fois-ci, le cinéaste s’en sort nettement mieux. Deneuve est impériale !

Didier Verdurand :

Star Rating 6


La Rédaction19/08/2009 12:23 par La Rédaction

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