La Chevauchée des bannis

Day of the outlaw

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15 juil. 2010 Par Francis Moury Star Rating 8

Tourné un an avant son départ pour l'Europe, produit par une firme indépendante dont ce fut la production la plus chère, La Chevauchée des bannis est un western dont le titre d'exploitation français est une trahison lors de sa première heure, puisque de chevauchée il n'y a point, et une approximation sur la fin, durant laquelle il y a bien voyage à l'aide de chevaux, mais absolument pas au rythme rapide évoqué par le terme « chevauchée »  puisque les chevaux ont de la neige jusqu'au ventre et progressent très difficilement. Le tempo du film est donc beaucoup plus lent que ce que ce titre français laisse supposer. Rythme beaucoup plus lent que celui des westerns de DeToth tournés antérieurement pour la Warner tels que La Mission du commandant Lex, Les Massacreurs du Kansas [The Stranger Wore a Gun] (1953), La Trahison du capitaine Porter [Thunder Over the Plain] (1953) mais qui s'inscrit dans le prolongement de la contemplation élégiaque qui s'intégrait déjà à la violence non moins âpre du très beau La Rivière de nos amours [The Indian Fighter] (1955) avec la belle débutante Elsa Martinelli.

DeToth était un fanatique de la vérité et du réalisme, jusque dans le moindre détail des dialogues  : c'est Garnier qui nous l'apprend dans son livre. Il refusait le studio, la transparence et voulut tourner son film en extérieurs naturels difficilement accessibles. Cela se ressent dans l'image : la neige et la montagne, si difficiles à filmer, le sont ici magistralement. Le scénario de Philip Yordan n'est pas d'une grande originalité : l'idée de gangsters tenant en otage des innocents durant un hiver rigoureux dans un lieu montagneux isolé était déjà celle du Peur blanche [Storm Fear] de Clinton Seeley, traduit en français en 1955 par Marcel Duhamel dans la collection Série Noire (volume N°263) de la N.R.F. chez Gallimard et adapté au cinéma à Hollywood la même année, sous le même titre original, par le cinéaste Cornel Wilde, le futur réalisateur du génial Terre brûlée [No Blade of Grass] (GB 1971). Yordan qui était un grand transposeur, un grand « shaker » d'idées, n'a eu qu'à déplacer l'histoire dans le temps, et à modifier les quantités : au lieu d'un polar, un western ; au lieu d'une famille, un hameau entier ; au lieu de quelques gangsters, un commando plus important d'une dizaine d'hommes.

DeToth, obsédé par la vérité intérieure des personnages d'une part, par la vérité de leur position spatiale d'autre part, et qui s'attachait surtout à ses plans larges durant le tournage, avait compris que le réalisme suffisait à dénouer la situation posée par le scénario : étant donné les caractères, l'évolution de l'action, la seule issue demeure une fuite en avant qui s'achève par une mort collective impressionnante... . La Chevauchée des bannis pourrait donc se situer « à cheval » thématiquement comme esthétiquement entre L'Attaque de la malle-poste d'Henri Hathaway et Les Collines de la terreur de Michael Winner mais demeure un western original par son casting baroque maîtrisé avec sobriété (*) et par son équilibre non moins maîtrisé entre réalisme vériste et irréalisme cauchemardesque.

DeToth, dix ans plus tard, donnera un dernier film (de guerre, celui-là) dans lequel le paysage tiendra une place tout aussi importante, et dans lequel l'alchimie humaine reposera sur un équilibre tout aussi instable décrit à nouveau, pour ainsi dire, en temps réel. Nous voulons parler de ce qui constitue probablement son chef-d'œuvre, à savoir Enfants de salauds.

 

(*) L'acteur Burt Ives, au sommet de son art, a ici un peu le même visage que l'acteur Nial McGinnis dans le génial Rendez-vous avec la peur de Jacques Tourneur tandis que l'acteur  Robert Ryan a déjà quelque chose, en 1959, de la brutalité désespérée que Sam Peckinpah exploitera si bien dix ans plus tard dans La Horde sauvage (1969). Sans oublier la mignonne opposition érotique de Tina Louise et de Venetia Stevenson.

Francis MOURY



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Sandy Gillet :

Star Rating 8
Un western qui n’en est pas un, prétexte à un huis clos agoraphobe très noir au sein de décors somptueux et parties intégrantes de l’intrigue anxiogène à souhait. Bref un petit bijou à (re)découvrir d’urgence.

Francis Moury :

Star Rating 8


La Rédaction11/08/2009 18:17 par La Rédaction

Chevauchée des bannis (La)

Vous pouvez discuter ici du film Chevauchée des bannis (La). Cliquez ici pour voir la page complète : http://www.ecranlarge.com/movies-details-20390.php LIRE LA SUITE

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