Cheval de guerre

War horse




11 jan. 2012 Par Simon Riaux Star Rating 9

 

Depuis la découverte de ses premières images, Cheval de guerre de Spielberg aura suscité autant d'espoirs que de craintes. S'il renoue avec l'un des thèmes centraux de la filmographie de l'auteur, la Guerre et ses conséquences, il convoque également les valeurs familiales qui lui ont souvent valu d'être taxé de mièvre ou de naïveté. Or, c'est justement cette apparente opposition qui fait la richesse de ce War Horse, sa puissance, et qui lui permettent de se hisser au niveau des fresques Fordiennes dans lesquelles il place ses sabots.

On est d'abord frappé par la puissance émotionnelle que dégage le récit, grâce à l'agencement chirurgical de motifs à priori opposés. La candeur sincère du premier propriétaire de Joey, le jeune Albert, fait écho à l'admiration toute aristocratique qu'éprouve pour la bête l'officier qui lui ravira. Cette dernière se verra balayée par les troupes allemandes, et leur absence totale d'empathie pour des animaux transformés en outils, qui ne valent même pas d'être achevés d'une balle. Peut-être pour la première fois chez Spielberg, beauté et cruauté, naïveté et fatalisme s'embrassent et fusionnent en un maelström d'émotions absolument implacable. Une réunion qui permet à sa mise en scène des fulgurances d'une poésie et d'une audace rares, ainsi aura-t-on rarement eu l'occasion de voir à l'écran la mort de deux enfants, montrée avec tant de pudeur, voire de grâce, cristallisée en un plan unique et sublime.

Une puissance thématique qui investit totalement l'image, notamment grâce à un découpage ample, toujours d'une admirable fluidité, où l'abondance de plans larges offre au récit de multiples respirations. Un dispositif qui nous rappelle sans jamais l'asséner que c'est bien le cheval le principal personnage de cette aventure, et qui permet, sans verser dans l'anthropomorphisme, de lui conférer une véritable épaisseur. La prouesse accomplie pour le diriger (seuls trois plans ont nécessité une doublure numérique) n'en devient que plus évidente, alors que le long-métrage tout entier semble se mettre à son niveau, et renvoie les hommes à ce qu'ils sont, à savoir des êtres violents, pétris de contradictions, que seul l'animal pourra extirper de leur condition.

Steven Spielberg n'est pas le seul à donner ici la pleine mesure de son talent. Son chef opérateur Janusz Kaminski accorde encore une fois merveilleusement son art avec le récit, et compose une photographie flamboyante, qu'on jurerait sortie des heures de gloire du technicolor. On reste plus d'une fois bouche bée, comme si sous nos yeux des plans d'un lyrisme digne de Charles Laughton trouvaient ici une puissance évocatrice nouvelle, sublimés par des jeux de matières et de couleurs proprement stupéfiants. Il en va de même pour la partition de John Williams, splendide, qui soutient l'image sans jamais l'écraser de sa force tellurique.

Cheval de Guerre réussit l'exploit de traiter avec une maturité et une sincérité absolues de l'amour, de la mort, de la peur et de la joie, tout en demeurant un spectacle familial et initiatique grandiose. On aurait tort de passer à côté d'une œuvre aussi riche et maîtrisée, candide mais jamais mièvre, dure mais jamais complaisante, belle mais jamais sirupeuse. Alors que nombre d'auteurs de sa génération ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, rien ne semble pouvoir arrêter Steven Spielberg. Pourvu que ça dure.



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Louisa Amara :

Star Rating 9
Il fallait tout le talent de Steven Spielberg pour rendre épique l’histoire d’un cheval, animal ô combien stupide, sauf rares exceptions. Ce cheval de guerre en est une belle, et l’histoire d’amitié avec son jeune maître est bouleversante. Superbe.

Simon Riaux :

Star Rating 9
Quand d’autres réal de sa génération souffrent d’une aporie aiguë de talent, Spielberg n’a besoin que de 7 mois pour nous offrir un chef d’Å“uvre. Merci.

Laurent Pécha :

Star Rating 9
M’émouvoir avec un cheval…Spielberg, c’est un peu le Ethan Hunt des réalisateurs !

Patrick Antona :

Star Rating 8
Quel malin ce Spielberg, appeler à la rescousse David Lean, John Ford et même Selznick et réussir à nous faire passer la pilule sans que l’on se pose trop de questions, on en redemenderait presque !

Stéphane Argentin :

Star Rating 8
Un bon Spielberg, porté par de beaux sentiments et de somptueuses séquences, mais le roman (difficilement adaptable car raconté à la première personne, celle du cheval) est encore plus magnifique.

Nicolas Thys :

Star Rating 8
Un film d’une simplicité foudroyante et qui fait de la guerre une barbarie plus grande encore. Le meilleur Spielberg depuis bientôt 10 ans même s’il ressemble parfois fort, en plus naïf, au Lotna d’Andrzej Wajda !

Didier Verdurand :

Star Rating 7
Spielberg, même en mode “La Petite maison dans la prairie”, reste un cinéaste qui possède un sens génial du spectacle. Et cette fois, heureusement, il n’a pas eu la mauvaise idée de jouer avec un frigidaire ou de laisser George Lucas inviter des aliens…

Sandy Gillet :

Star Rating 7
Spielberg is back and it is a very hard and good feeling.


Rogerpanda10/10/2012 10:30 par Rogerpanda

Putain qu’est-ce que c’était bon ! :love: La première partie avec la famille est inquiétante, un peu chiante mais dès que la guerre débute, y a pas à dire Spilou c’est pas un mauvais. C’est mis en scène de manière fabuleuse et passe plutôt bien le plat entre l’horreur de la [...] LIRE LA SUITE
Mr Brown12/03/2012 15:28 par Mr Brown

C’était génial n’empêche :D LIRE LA SUITE
250111/03/2012 15:33 par 2501

Un vrai cynico-test ce film. :D Un film à l’ancienne, avec les moyens d’aujourd’hui. Et surtout le talent d’un Steven Spielberg on fire, le seul de sa génération à avoir une fin de carrière aussi brillante que surprenante. Je ne trouve pas qu’il tombe dans les travers mièvres qui ont pu [...] LIRE LA SUITE

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