Mémoires de nos pères

Flags of our fathers

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04 oct. 2006 Par Jean-Noël Nicolau Star Rating 8

Avec Mémoires de nos pères, Clint Eastwood offre au film de guerre ce que John Ford avait fait au western avec l'Homme qui tua Liberty Valance : son envers du décor. Mais là où Ford encourageait à « imprimer la légende », Eastwood s'applique à décortiquer le mythe et à revenir au plus près de la réalité, quelle soit glorieuse ou non. Derrière les « héros » fabriqués par les nécessités politiques ou médiatiques, il y a avant tout des hommes. En ce sens c'est Ira Hayes, l'indien d'Amérique qui refuse la gloire jusqu'à l'auto-destruction, qui s'impose comme le personnage le plus emblématique de l'œuvre. Ses compagnons manquent parfois d'épaisseur, ce qui se révèle particulièrement regrettable dans le cas d'un Barry Pepper (excellent mais sous-employé) ou d'un Paul Walker (qui ne fait que passer).

Après une brève, et un peu confuse, présentation des enjeux (l'histoire de la photographie d'Iwo Jima, le parcourt de John « Doc » Bradley reconstitué par l'enquête de son fils, la bataille en elle-même), le réalisateur peaufine sa grande scène de débarquement, déferlante visuelle et sonore qui ne pourra bien sûr pas éviter le rapprochement avec la Normandie du Soldat Ryan de Spielberg (par ailleurs ici co-producteur). Plus longue, plus gorgée d'effets numériques, tout aussi chaotique et baignée de la photographie grisâtre et magnifique de Tom Stern, cette bataille énorme, cœur barbare du métrage, est ainsi délivrée dès la première heure. Si sur ce point les comparaisons vont affluer, Eastwood prend le contre-pied du Soldat Ryan en optant ensuite pour un decrescendo dans le spectaculaire qui voit les flash-backs guerriers se raréfier, se raccourcir et coller de plus en plus près aux soldats, en évitant tout point de vue global de l'attaque. Le metteur en scène refuse la surenchère, préfère s'attarder sur les détails, parfois les plus anodins, à l'image de l'anecdote qui conclut le film.

Eastwood se concentre sur la guerre vue des États-Unis, sur sa médiatisation, sur le retour des trois survivants et la manière dont ils vont assumer ou non leur célébrité, aussi soudaine et démesurée qu'éphémère. L'essentiel du film se situe loin des combats et auprès de ces soldats qui voient leurs images, actions et souvenirs leur échapper. L'un des principaux sujets de Mémoires de nos pères sera de savoir qui fut bel et bien présent au moment où la photo a été prise. Aucun visage n'étant reconnaissable, il est d'autant plus facile de faire de cet instant une icône, mais aussi un mensonge « utile ». En ce sens le titre original Flags of our fathers, qui souligne à la fois la multiplicité réelle des drapeaux dressés à Iwo Jima et les innombrables interprétations que l'on peut leur donner, et le titre français, qui revient sur le puzzle de la mémoire, se complètent avec une certaine justesse.

Aussi impressionnant soit-il, le film n'est cependant pas exempt de défauts, qu'on imputera en partie au script de Paul Haggis qui, à trop vouloir éviter les longues scènes d'exposition et certains clichés du film de guerre, ne permet pas toujours au spectateur de s'attacher aux personnages, voire tout simplement de les reconnaître. Si le scénario trouve son sens au fil du métrage, à la manière d'une reconstruction fragmentaire du souvenir, il ne parvient pas à préserver une lisibilité complète. Le foisonnement des protagonistes, parfois à peine figurants, n'a pas le même effet choral que dans la Ligne rouge et le système de renvois sensoriels, qui ferait penser au Faulkner du Bruit et la fureur, est souvent un peu prévisible, voire redondant (la moindre détonation de feux d'artifice ou le moindre éclair annonçant un flash-back). Si le film devient plus explicatif dans sa dernière demi-heure, réservant quelques brefs passages mélodramatiques plutôt touchants, la première vision demeure suspendue à des interrogations légitimes.

Mémoires de nos pères pourra ainsi paraître un peu long dans sa dernière partie, tout en étant trop superficiel à certains niveaux, et ce malgré des scènes inoubliables (les gâteaux représentant la photographie, la reconstitution dans un stade, la dignité désespérée d'Ira Hayes…) et décontenancera certainement ceux qui venaient y chercher avant tout une explosive succession de scènes de mitrailles, Eastwood se gardant bien de l'aspect « fun » du sujet, avec comme exemple quelques plans extrêmement gores et sans complaisance. Le film est, au contraire, une déconstruction du genre et une réflexion sur le pouvoir des images, et donc d'Hollywood, d'autant plus pertinente qu'elle provient d'un « monstre sacré » qui a connu toutes les étapes de la célébrité cinématographique.

Il faut souligner que Mémoires de nos pères sera suivi en janvier 2007 par Lettres de Iwo Jima, offrant un point de vue exclusivement japonais à cette même confrontation ; comme l'on sent souvent qu'il manque le contre-champ à certaines séquences (en particulier lors d'une scène clef de disparition nocturne), ce premier chapitre y trouvera sans doute un nouvel éclairage. En attendant et en lui-même, le nouveau film de Clint Eastwood se révèle remarquable, certes imparfait, mais gorgé de puissantes images et porté par une volonté de désenchantement (au sens littéral du terme) qui permet à son auteur de revenir à l'essence de son propos : un hommage aux hommes, à leurs engagements et à leurs sacrifices.



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Tonton BDM :

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“Mémoires de nos pères” est un film dont le classicisme de façade semble être fait pour endormir le spectateur, afin de le secouer de façon plus durable par la suite. Conçu de façon brillante (Eastwood n’avait jamais fait preuve jusqu’ici d’un tel talent narratif), le film rappelle dans ses passages entre soldats les grands films [...]

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JaimzHatefield03/01/2009 22:51 par JaimzHatefield

Si le récit n’avait pas été si décousu avec ces allers et retours temporels incessants, j’aurais davantage adhéré. C’est certes justifié par le crescendo narratif jusqu’au moment où est monté le premier, puis le second drapeau et leur photo respective ([SIZE=1]pas de doute, le passage est très émouvant, il sait [...] LIRE LA SUITE
La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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