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Critique
Avec Mémoires de nos pères, Eastwood donne une leçon de cinéma évidente mais salvatrice : un sujet passionnant, traité avec intelligence et engagement, ne peut que donner lieu à un grand film. En effet, plus que sa réalisation tout simplement parfaite ou la fulgurance viscérale de ses images de guerre, c'est bien l'histoire d'une photographie mondialement connue, Raising the flag on Iwo-Jima, qui fait toute la force du film et lui donne tout son sens.
Choisissant de décortiquer les rouages d'une propagande visant à soutenir l'effort de guerre américain, le réalisateur donne une vision saisissante du "back-up" des combats, de l'autre côté de l'Océan Pacifique. On est aux sources de la société médiatique américaine actuelle, du culte de son armée, de sa puissance, de son cynisme et de son ambiguité. Remettant parfaitement les événements historiques dans leur contexte, donnant à voir des scènes de combat ultra-réalistes, suivant ses personnages à la trace, Eastwood parvient à retranscrire tous les enjeux et toute l'importance de son sujet, ou comment un cliché anodin devient le symbole de l'engagement et des choix stratégiques et patriotiques d'une nation qui devient, au cours de cette guerre, la première puissance mondiale.
Face à une telle réussite de fond, on peut juste regretter une narration un peu complexe (bien qu'elle soit totalement justifiée dans l'optique choisie par Eastwood) et un certains systématisme dans la construction du scénario. Il n'en reste pas moins que l'impact du film est énorme, que certains personnages portent pratiquement toutes les contradictions d'une nation (avec bien évidemment en tête le soldat Ira Hayes, joué par le formidable Adam Beach) et qu'il résonne de toute la maestria de son metteur en scène, jusque dans la force des images de son générique de fin.


