Mémoires de nos pères

Flags of our fathers, États-Unis, 2006

Mémoires de nos pères
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Critique

LiMuBaiLiMuBai 30 oct. 2006 Star Rating 7

Avec Mémoires de nos pères, Clint Eastwood s'essaie au film de guerre, genre réputé pour être relativement « casse-gueule » à Hollywood, en adaptant à l'écran une œuvre de l'écrivain James Bradley. Mais il faut bien le reconnaître, Mémoires de nos pères représente bien plus qu'un film de guère pour la bonne et simple raison qu'il n'en est pas tout à fait un. En effet, même si les combats rappellent inévitablement les spectaculaires scènes d'action de Il faut sauver le soldat Ryan, le film de Clint Eastwood raconte d'abord l'histoire révélée des dessous d'une photo prise par le journaliste Joe Rosenthal prise ce 23 février 1945 sur le mont Surabachi de l'île japonaise d'Iwo Jima. Mémoires de nos pères, c'est aussi la formidable manipulation des masses orchestrée par le gouvernement américain pour instrumentaliser trois des gamins figurant sur la photo (René, Ira et John) à participer à l'effort de guerre, trois jeunes soldats donnés en spectacle dans les grandes villes du pays afin d'inciter les gens à acheter des bons indispensables à la souscription d'un emprunt pour terminer et remporter le conflit.


L'intérêt du récit prend place après les combats : après une présentation un peu longue et assez floue et une scène de bataille filmée avec une virtuosité de tous les instants, le réalisateur choisit de structurer son récit en alternant des images de la tournée de propagande et flash-backs des violentes et réalistes scènes de guerre destinées à illustrer le traumatisme subi par les jeunes troupes à l'autre bout du monde quelques semaines plus tôt.


Si le propos de Mémoires de nos pères demeure bien entendu des plus louables, on pourra faire plusieurs reproches à Clint Eastwood. Premièrement, les acteurs choisis pour incarner René, John et Ira n'illuminent pas l'écran. Au contraire, ils restent bien trop en retrait et demeurent assez souvent inexpressifs, comme totalement dépassés par le discours du réalisateur. Seul Adam Beach qui joue le rôle de Ira s'en sort plutôt bien avec quelques scènes dramatiques lors desquelles on perçoit avec émotion la souffrance et la torture intérieure provoquées par cette mascarade granguignolesque dans laquelle il se sent si peu à l'aise. Peut-être l'équipe du casting aurait-elle dû choisir des acteurs un peu plus connus du grand public … Deuxièmement, si la structure narrative du film retenue pour narrer la tournée entrecoupée des scènes de combats vécues par les jeunes soldats apparaît tout à fait judicieuse, on pourra regretter les interviews des héros dans leurs vieilles années. Celles-ci paraissent bien inutiles et rendent encore plus complexe un récit déjà riche. Finalement, on pourra sourire à cause d'un certain clin d'œil involontaire à Forrest Gump (la traversée de pays par Ira) qui décrédibilise malheureusement l'ensemble du métrage.


Avec Mémoires de nos pères, Clint Eastwood signe un film trop inégal car il semble trop souvent tergiverser dans son discours entre émouvoir et critiquer, provoquer la réflexion et attendrir le spectateur. Le pari du cinéaste semble surtout réussi au niveau esthétique. Le film s'avère de toute beauté grâce à la superbe photographie de Tom Stern et à la jolie et mélancolique bande originale signée Clint en personne. Beaucoup retiendront l'incroyable scène de combat de plus de dix minutes totalement bluffante de réalisme où les malheureux soldats ne sont que des cibles mouvante livrées aux tirs ennemis et où les équipements militaires volent en éclat tels de vulgaires objets sous les canonneries de l'artillerie lourde japonaise.


Flags of our fathers avait pour principal objectif de filmer la guerre avec tout ce qu'elle comprend d'horreurs et d'absurdités, mais reste trop timide avec son sujet. Clint Eastwood met certes du cœur à l'ouvrage pour nous démontrer que les jeunes militaires un temps consacrés en héros n'en sont que pour ceux qui auraient besoin, ceux qui restent paisiblement à la maison, ceux pour qui la guerre n'est qu'un jeu de pure géopolitique. Pour lui, les héros n'existent pas, ils ne sont que de jeunes troupes embrigadées qui ne cherchent finalement qu'à survivre et à aider leurs compagnons de galère. On pourra féliciter le cinéaste de ne pas s'être laisser aller au patriotisme à outrance et aux clichés récurrents mais on pourra aussi lui reprocher un sentimentalisme trop présent et une fin aussi maladroite qu'interminable …

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