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Critique
Mémoires de nos pères fait partie d'un projet ambitieux très attendu, d'autant qu'il est l'uvre d'un des derniers cinéastes considérés comme classiques à Hollywood. Ce nouveau film de Clint Eastwood est en effet le premier volet d'un diptyque sur la bataille d'Iwo Jima, adaptant le point de vue américain quand le deuxième film, Lettres d'Iwo Jima, concernera le camp japonais.
La maîtrise de la mise en scène saute aux yeux dès les premières images, malgré un début un peu limite sur le cauchemar d'un vieux monsieur traumatisé. Eastwood se sort brillamment de tout cliché, comme si une sagesse prédominait et empêchait constamment le film de sombrer dans les pièges du larmoyant ou du message facile. Comme pour Million Dollar Baby, on sent une belle fluidité dans la mise en images de cette histoire de héros malgré eux.
Mais c'est le récit morcelé, dû sans aucun doute au scénario de Paul Haggis (Collision, souvenir pénible), qui pose problème. Dès le départ, on a du mal à identifier tous les protagonistes, on se perd un peu dans les allers et retours, mais surtout c'est l'identification et l'émotion qui sont un peu sacrifiés par cette structure hachée. Ces zigzags du récit sont bien sûr là pour révéler la simple humanité de ces soi-disant héros, mais ces sauts temporels ne sont pas toujours judicieux, ni bien amenés par la mise en scène (à tel point que sur une scène clé, on a l'impression de pouvoir, sur le tard, coller des visages à des noms pourtant maintes fois entendus). L'interprétation assez fade de Ryan Philippe, même si son personnage ne réclame pas une énorme expressivité, joue aussi dans le manque d'immersion du spectateur, alors presque seulement appliqué à admirer la reconstitution et l'aspect historique.
Les scènes de guerre sont d'une efficacité et d'une intensité rare, et l'on sait comme il est dur de ne pas se répéter avec tous les films du genre qui se succèdent sur les écrans. Sans faire dans le « toujours plus », et aidé par une image sombre donnant un aspect reportage de guerre assez inédit, et des plans d'ensemble extrêmement impressionnants, Eastwood remporte son pari de nous faire totalement ressentir cet épisode historique, comme Spielberg en son temps avec le Soldat Ryan, mais avec une intention moins prononcée de faire dans le réaliste documentaire. La photographie très soignée ne laisse passer que les couleurs de la guerre : sang et explosions. Le reste est quasiment en noir et blanc, mais cette photo est gardée sur toute la durée du film, telle quelle, ce qui amoindrit encore l'implication dans les scènes « civiles », alors beaucoup trop sombres.
La réflexion sur l'héroïsme est simple mais osée. L'anecdote sur la fameuse photo du drapeau, devenue symbole, est un sujet parfait pour la mener. Eastwood démonte dès lors les rouages presque marketing de la fabrication des héros. Système mis en place pour gagner la guerre par la communication, pour avoir l'argent pour tenter de l'emporter sur le terrain. Quitte à mentir. Et à transformer la réalité en fiction.
Avec Mémoires de nos pères, Clint Eastwood signe à nouveau un film admirable, sensible et audacieux, mais néanmoins imparfait, car échouant quelque peu au niveau de l'émotion à cause d'un récit inutilement alambiqué. On attend tout de même avec une grande impatience le second volet, qui n'abandonnera sans doute pas le thème de l'héroïsme, et qui donnera peut-être un relief supplémentaire à ce premier opus.
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