Blow out

Blow out, États-Unis, 1981

Blow out
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Critique

Thomas DouineauThomas Douineau 07 nov. 2006 Star Rating 10

« Ça, c'est un cri ! »

Au début des années 80, auréolé du récent succès de Pulsions, Brian de Palma s'attaque à Blow out, film à petit budget dont il a écrit le scénario et dont la trame s'inspire du Blow up d'Antonioni. Mais l'arrivée de John Travolta au casting, qui, depuis ses débuts dans Carrie du même réalisateur, a acquis le statut de star, transforme le film en un projet énorme nanti de 18 millions de dollars, budget déjà conséquent à l'époque. À l'arrivée, le film fut un échec commercial sans précédent extrêmement pénible pour le réalisateur. Il a failli ne jamais s'en remettre. Pourtant, il figure aujourd'hui comme un de ses meilleurs films et synthétise, à la fois dans le fond comme dans la forme, tout son cinéma, de ses angoisses à ses obsessions. Blow out est sans conteste son film le plus personnel et le plus audacieux sur le plan esthétique.

À travers l'histoire de cet ingénieur du son, spécialisé dans les films d'horreur, témoin d'un accident alors qu'il enregistre des sons pour son prochain travail, c'est l'essence même du septième art, tant du point de vue artistique que technique, qui est mise en exergue. Jusqu'à offrir au spectateur la plus belle des leçons de cinéma au cours d'une scène anthologique où John Travolta, en technicien hors pair (à l'image de de Palma), « fabrique » un film, donne vie à des images, pour en révéler l'illusion.

Cependant, Blow out ne s'arrête pas à ce formidable exercice de style en forme « d'explication de texte (d'image ?) » puisqu'on y retrouve les thèmes chers à De Palma : conspiration politique, culpabilité, paranoïa et faux-semblants dont il s'est toujours servi pour nourrir ses thrillers, genre dans lequel il excelle. À cela s'ajoute que le film se pose comme étant le plus cynique et le plus pessimiste de son auteur. Jack (John Travolta), après avoir compris de quoi il en retourne, cherche à faire éclater la vérité, mais personne ne le prend au sérieux. Il va donc mettre en danger la vie de la fille qu'il aime (et qu'il a précédemment sauvé) pour prouver qu'il a raison… Pour finir, il ne tire rien de son stratagème, et en perd même toute humanité.

À ce titre, la fin de Blow out est sans aucun doute l'une des plus belles et des plus émouvantes qu'il nous ait été donné de voir au cinéma. D'une beauté à couper le souffle, elle scelle de manière terrible et désespérée le destin tragique des personnages. Du drame qui s'est joué devant nos yeux, il ne reste qu'un simple effet sonore dans un film d'horreur de seconde zone qui devient, pour De Palma, « une sorte de métaphore de toute l'expérience de Jack ».

Un final douloureux qui ne verrait jamais le jour aujourd'hui et qui doit son existence, outre son idée géniale, au fait que De Palma possédait le final cut sur cette production. Ce qui lui vaudra d'ailleurs de dire à l'époque, après les résultats calamiteux du film au box-office : « Je me suis mis à nu dans ce film. Et c'est un désastre ! ».


Qu'est-ce que le cinéma ? Qu'elle est la puissance de l'image animée ? Comment ment-elle ou dit-elle la vérité ? Autant d'interrogations qui ont émaillé le travail de Brian De Palma et auxquelles Blow out, réflexion de l'auteur sur son propre travail, livre intelligemment des éléments de réponses.

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