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Critique
Souvent considéré à tort comme une oeuvrette pastichant les thèmes récurrents empruntés à Alfred Hitchcock, Body double est le film à partir duquel Brian De Palma insufflera une veine sarcastique et toute une réflexion sur les faux-semblants qui imprègnent le monde aujourd'hui. Jouant allègrement sur les codes énoncés par le gros Alfred, le voyeurisme, le faux-coupable, le travestissement, Brian de Palma va beaucoup plus loin en ce qui concerne la représentation érotique (avec une incursion dans le monde du porno californien) et dans le grotesque (avec un meurtre anthologique à la perceuse) tout en livrant au spectateur un sacré morceau de cinéma.
Avec Pulsion en 1980, Brian De Palma avait déjà joué sur la corde sensible du sulfureux et de l'érotisme mais dans Body double, la notion de corps et de chair prend plus encore d'importance avec l'iconique Melanie Griffith (par ailleurs fille de Tippi Hedren, une des actrices fétiches d'Alfred Hitchcock), magnifiée dans le rôle de Holly Body, star du porno, et « actrice » d'une machination qui lui échappe. Et comme dans Blow out, la manipulation et les artifices sont au cur du récit, Brian De Palma réussissant à berner le spectateur avec une aisance qui demeure la marque d'un des grands du thriller moderne.
Techniquement, Body double regorge de séquences de haute volée, de la scène de filature avec son apogée romantique et onirique, portée au pinacle par la musique de Pino Donaggio, jusqu'au meurtre où le grotesque côtoie le suspens le plus insoutenable, en passant par le video-clip de Relax, du groupe Frankie goes to Hollywood, démontrant la maîtrise technique d'un Brian de Palma autant à l'aise dans l'horreur que dans la comédie musicale ! Mais plus encore, Body double reste mémorable par sa représentation de la claustrophobie et de ses effets sur le malheureux héros, interprété avec finesse par Craig Wasson dans la peau de Jack Scully. Que ce soit de manière comique (les déboires de plateau sur la série Z) ou de manière dramatique (l'agression de Gloria par l' Indien'), la phobie de Jack Scully est utilisée comme un ressort dramatique essentiel, faisant rebondir l'intrigue avec intelligence et sans aucune gratuité, et le fait de surmonter son handicap sonnera comme une résurrection pour un héros que tout donnait comme perdant et ce depuis la scène d'introduction.
Certes, le film souffre de quelques scories, en premier un final que l'on peut penser comme nettement décevant par rapport à tout le suspens déployé, et un côté années 80 qui fait un peu suranné. Mais la représentation quasi-envoûtante de la côte californienne, demeurée mémorable par ces grands mouvements de steadycam si caractéristiques, trouvera son échos dans Basic instinct quelques années plus tard, montrant par là l'influence non négligeable que De Palma a sur ses pairs. Et rien que pour raviver le souvenir de l'étreinte passionnée entre Craig Wasson et la ravissante Deborah Shelton (qui eut son heure de gloire en tant que maîtresse de JR dans Dallas
), Body double mérite un second visionnage, qui de plus confortera le spectateur attentif dans sa position de voyeur privilégié.


