Bienvenue stranger!
Les enchères
Les jeux
Critique
Depuis le début des années 90 et l'envolée des d'adaptations plus (Le Fugitif) ou moins (Chapeau melon et bottes de cuir) réussies de séries télé sur grand écran, les producteurs hollywoodiens ne pouvaient décemment pas passer à côté de Mission : Impossible, série mythique des années 60-70 dont le concept gadgets-agents secrets était particulièrement en vogue à l'époque (le premier James Bond, Dr. No date de 1962) et n'a cessé de fasciner depuis. Le producteur (et accessoirement acteur) en question n'est autre que Tom Cruise, tout heureux de trouver là une franchise à son pied et futur assurance vie au box-office, et le réalisateur qui dirige la barque, Brian De Palma, alors en pleine gloire après le culte instantané de l'excellentissime Impasse (1993).
Une star installée et un réalisateur culte, l'association ne pouvait que produire des étincelles. Et étincelles il y eut (on passera ici sur les rumeurs d'égotisme de Tom Cruise sur le tournage). En première ligne : le scénario. Jim Phelps, personnage emblématique de la série originelle y est mis à l'écart, de même que la notion d'équipe, le tout au profit du bras droit de Jim : Ethan Hunt (Tom Cruise donc). Un phénomène qu'accentuera encore davantage le second volet qui, de Mission : Impossible n'aurait pratiquement plus que le nom. Autant dire une véritable hérésie pour les fans de la série originale.
Et pourtant, grand bien en a pris à David Koepp et Robert Towne, les deux co-scénaristes Steven Zaillian (La Liste de Schindler, Gangs of New-York) étant à l'origine de l'histoire avec Koepp. Quelles mains plus expertes que celles de De Palma, dont l'univers de faux-semblants et de parias a fait la renommée, étaient en effet les mieux placées pour mettre en images pareille entorse au mythe télévisée initiale ? On oubliera donc ici bien vite l'invraisemblable séquence finale (depuis quand des TGV, qui plus est à double sens, circulent-ils dans le tunnel sous la Manche ?), que l'on devine bien volontiers consentie à un studio désireux de posséder son clou du spectacle, pour se focaliser sur les 90 minutes précédentes.
Entre les tombées de masques (au sens propre à la série comme au figuré pour les traîtres) et l'univers parano, c'est tout l'univers « De Palmien » qui suinte à chaque minute, accentué par la maîtrise visuelle du cinéaste (ses nombreux plans inclinés). À ce titre, le climax du film ne se trouve aucunement à la fin mais au milieu du récit avec la séquence de la chambre forte où l'espace confiné donne tout loisir à De Palma de pallier l'absence de mouvement par des angles de caméra entretenant le suspense de bout en bout (la contre-plongée sur Tom Cruise avec l'analyste informaticien au premier plan).
Si ce Mission : Impossible porte donc bel et bien tous les stigmates d'un Brian De Palma très réussi, il pose néanmoins la question suivante : avec une telle transgression du mythe original, cette adaptation sur grand écran peut-elle encore légitimement s'appeler Mission : Impossible ? Le deuxième volet enfoncera encore davantage le clou en ce sens et, à ce jour, seul le troisième long-métrage réintègre finalement une partie du concept initial.

