Dans ses yeux

El secreto de sus ojos




04 mai. 2010 Par Thomas Messias Star Rating 8

 

Que ce soit dit une fois pour toutes : Ricardo Darin est l'un des plus fabuleux interprètes de ce siècle. Chez le regretté Fabian Bielinsky, chez la talentueuse Lucia Puenzo ou ailleurs, l'acteur argentin de cesse d'irradier la pellicule par la gravité dans laquelle il évolue et qui contraste de façon permanente avec la bleuté lumineuse de son regard. Grand parmi les grands, Darin mérite une vraie reconnaissance qu'il obtiendra peut-être avec ce Dans ses yeux célébré un peu partout, de la dernière cérémonie des Oscars - où il mit tout le monde d'accord, y compris Le ruban blanc et Un prophète - au récent festival de Beaune - c'est moins prestigieux, certes, mais ça compte. Pour son premier long-métrage, Juan José Campanella a su se montrer digne de ses compatriotes, les susdits et quelques autres, en proposant un storytelling élégant et subtil permettant d'entrer de plein fouet dans le polar sans pour autant sacrifier l'essence des personnages et de leurs relations.


Dans ses yeux raconte le travail d'écriture d'un ancien enquêteur tentant de devenir romancier, et qui décide de s'appuyer sur une affaire sordide survenue un quart de siècle plus tôt pour bâtir son ouvrage. Construit sur deux époques, le film revient très régulièrement en arrière pour tenter de comprendre les rouages de l'investigation passée et sa résonance sur l'existence actuelle de quelques-uns des protagonistes. C'est là qu'est l'incroyable force de Campanella : parvenir à préserver l'unité d'un long-métrage tout en y mêlant à la fois l'atmosphère extrêmement glauque de ce dossier criminel et un vent romanesque et exaltant qui émane des principaux personnages. L'affiche est en effet claire sur ce point : Dans ses yeux est aussi, et peut-être surtout, le récit d'une histoire d'amour, dont l'intérêt principal... est qu'elle n'a jamais eu lieu. Cette homme et cette femme se retrouvent après s'être longtemps côtoyés au quotidien, le courant qui passe entre les deux personnages est évident, et pourtant rien n'est dit, rien n'est fait, juste une relation cordiale et enjouée entre deux collègues - ou anciens collègues, selon l'époque.


On passe ainsi, et sans jamais s'en offusquer, du cadavre salement amoché d'une femme ayant dû être belle à une conversation de bureau entre un couple en puissance, ému comme lors d'une première rencontre ; de la description des affres de la création du héros à sa relation quasi burlesque avec son partenaire de travail. Car Dans ses yeux réussit aussi le pari d'être hilarant à ses heures, s'affirmant ainsi comme un cousin pas si éloigné du Memories of murder de Bong Joon-ho : éloge amusée de l'incompétence et élégie de la noirceur s'y juxtaposent sans arrêt. L'argument est digne d'un mauvais magazine télé, mais le film de Campanella passe vite, très vite, ses deux heures filant à toute allure tant chaque séquence est transcendée par une recherche aboutie dans la composition des plans comme dans l'esprit général. Il y a cette idée du temps dilaté par le sentiment amoureux et par la déprime qui guette le fonctionnaire tapi dans l'ombre comme l'auteur en attente d'inspiration. Magnifiquement cadré, une nouvelle fois transporté par ce Ricardo Darin dont il faut voir tous les films, Dans ses yeux n'a sans doute pas volé la plupart des prix et éloges reçus ces derniers temps. Chacun devrait aller s'en convaincre en salles.



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Louisa Amara :

Star Rating 9
Suspense, drame, amour, frustration, enquête, tout y est ! Un film au rythme palpitant d’une beauté à couper le souffle, servi par des acteurs plein de grâce. Il n’a pas volé son oscar du meilleur film étranger.

Didier Verdurand :

Star Rating 8

Stéphane Argentin :

Star Rating 8
Maitrise formelle et narrative se combinent à merveille dans ce drame puissant où amour et polar se marient avec brio.

Sandy Gillet :

Star Rating 8
Histoire prenante et efficace, mise en scène à l’avenant voire brillante, voilà un film qui mérite sa reconnaissance internationale même s’il est vrai qu’un arrière-plan politico-historique plus fouillé lui aurait conféré un statut réellement définitif.

Patrick Antona :

Star Rating 8
Excellent Ricardo Darin qui porte littéralement le film, sans esbroufe, mais aussi un scénario d’enfer. Dommage que le contexte de l’Argentine des 70’s ne soit pas assez fouillé…

Laurent Pécha :

Star Rating 7
Un niveau d’interprétation qui force le respect au service d’une histoire complexe mais de plus en plus émouvante. Et puis la présence d’un plan séquence inouï qui mérite à lui seul le détour.


FinnegansWake23/12/2010 20:24 par FinnegansWake

C’est très prévisible, très classique, mais parfaitement exécuté. Du travail bien fait, comme The Ghost Writer, par exemple. Bien interprété, bien mis en scène (avec un plan séquence de fou furieux en plein milieu), bien écrit, bien agréable. Le classique, parfois, ça peut avoir tout bon. 7,5/10 LIRE LA SUITE
conn211/05/2010 05:43 par conn2

Moi, j’ai bien accroché. Effectivement, ce film est un peu perturbant au départ dans la mesure où il y a une histoire d’amour à l’intérieur d’une enquête policière. Du coup pour moi , habitué aux codes cinématographiques des thrillers et des drames sentimentaux américains (et français), je n’arrive pas au départ [...] LIRE LA SUITE
M'sieur Jean10/05/2010 11:09 par M'sieur Jean

Bon j’ai pas accroché… Et dans la mesure où il s’agit d’une enquête mêlant fiction et réalité, ce fut un peu rédhibitoire vis-à-vis dans mon implication dans le film et ma détermination à en suivre tous les tenants et aboutissants. La tonalité du film est assez déstabilisante, notamment du fait [...] LIRE LA SUITE

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