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Critique
Blue holocaust (Buio omega / Beyond the Darkness, 1979) de Joe D'Amato fut distribué avec un peu de retard à Paris, le 30 juin 1982 par Les Films Jacques Leitienne, et assorti d'une interdiction « aux moins de 18 ans » que la législation actuelle ramène à « moins de 16 ans ». Nous l'avions vu au Brady et en gardions un excellent souvenir, d'autant plus que, si incroyable que cela puisse paraître, le film avait été télédiffusé en France (par « La Cinq » de Silvio Berlusconi ou « M6 », en seconde partie de soirée) et que nous avions pu l'enregistrer en Secam vers 1990 ! Notre copie avait hélas un peu vieillie et ce DVD-5 (dont la jaquette reproduit l'affiche originale et dont la sérigraphie est belle) tombe à pic pour nous, comme pour les autres admirateurs français de ce rare film fantastique qui est l'un des sommets de la filmographie du prolifique et inégal cinéaste Joe D'Amato. Qui nous avait confié, avec une réserve bienveillante (habituelle : l'homme était peu prolixe) mais teintée d'une sourde mélancolie, lors d'une rencontre à Milan en 1991 au moment où les producteurs italiens l'engageaient sans retour dans la réalisation de films pornographiques pour adultes dont il s'acquittait en professionnel désabusé mais émérite, que Blue holocaust demeurait un de ses films préférés ! Son il s'était mis fugitivement à briller lorsque j'avais évoqué ses Black Emmanuelle avec Laura Gemser et son Buio omega : l'il du cinéaste qu'il était véritablement, en dépit de la sinistre réputation qui était encore alors la sienne en France auprès de la critique généraliste.

Blue holocaust est un film devant lequel le cinéphile ne pouvait s'empêcher de se dire, lorsqu'il le découvrait en exclusivité comme en reprise dans les années 1985, qu'il lui procurait un choc sans doute analogue à ce qu'avaient éprouvé les spectateurs d'Un Chien andalou (1928) et de L'Âge d'or (1930) de Luis Bunuel. D'ailleurs, la scène du four crématoire de Blue holocaust dans laquelle un cadavre féminin est brûlé semble comme une continuation de la séquence célèbre de La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz (Ensayo de un crimen, 1955) dans laquelle Archibaldo brûlait un simple mannequin, faute d'oser brûler celle dont il était l'image et qui venait de le décevoir cruellement. La contemplation innocente et fascinée du résultat de l'opération par Kieran Canter et Franca Stoppi est similaire, vingt-cinq ans plus tard. Un peu comme si le même esprit absolu du Surréalisme s'était réincarné momentanément en Joe D'Amato à cette occasion (en en quelques autres vers la même époque, comme dans son célèbre Anthropophagous) à l'occasion de cette très étonnante série B d'horreur et d'épouvante qui s'achève sur un plan final choc mi-ironique, mi-fantastique, entérinant le thème fondamental du cinéma fantastique classique : celui du double.

Quant au thème premier de Blue holocaust, c'est bien celui, non moins surréaliste, de « l'Amour Fou » ici traduit par la nécrophilie du héros pour sa fiancée défunte d'une part, par la description de sa relation érotique quasi-incestueuse avec Franca Stoppi d'autre part. Le thème de la nécrophilie avait déjà été traité dans quelques films fantastiques : par Roger Corman dans sa « série Edgar Poe » bien sûr, mais aussi et peut-être surtout dans L'Effroyable secret du Dr. Hichcock (Raptus / L'Orribile segreto del dottor Hichcock, 1962) de Riccardo Freda avec Barbara Steele. Joe D'Amato le traite pour sa part d'une manière réaliste, nullement baroque, ce qui renforce encore son étrange virulence, et lui adjoint quelques séquences sadiques et nécrosadiques hallucinantes.

Le résultat est spectaculaire et produit l'effet d'un cauchemar éveillé continuel, nourri par la musique onirique du groupe The Goblins. Le film s'ouvre par le recours au surnaturel d'une manière distancée : ce n'est ni plus ni moins aberrant que la peinture vériste de la double passion qu'on va nous présenter. « Tout se tient et tout est lié », semble nous dire D'Amato qui signe ici un film au montage remarquablement sophistiqué. Enfin, le casting des trois personnages principaux est si pertinent que les acteurs demeurent presque confondus dans notre mémoire avec leurs rôles. C'est un signe de plus de la réussite et de la cohérence esthétique globale du film.


