Match point

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06 nov. 2006 Par patrickc Star Rating 9

Un Woody Allen pas drôle mais pourtant très réussi.

Une vraie tragédie, un vrai drame romantique loin de tout simplisme. Et profondément ambigü. Un film sur le rôle déterminant du hasard dans la vie des hommes , ces êtres complexes et incertains. Un film sur l'impossibilité du bonheur total, sur l'insatisfaction perpétuelle de l'homme qui constitue donc la tragédie ultime.

Un homme est confronté à un choix : la passion ou la raison. Tout cela est très classique mais ici, rien n'est simple car rien ne dit qu'il n'aime plus sa femme et rien ne dit non plus qu'il aime sa maîtresse.

De même, il semble tenir beaucoup à ce qu'il a obtenu socialement, lui qui vient d'un milieu modeste et qui, par le mariage, a accédé au confort, à l'estime. Mais est-ce cela qui l'empêche réellement de quitter sa femme et donc perdre sa position sociale afin de rejoindre la pulpeuse Scarlett Johansonn, qui elle même, exprime le besoin de réussite sociale et semble dans un premier temps bien dissocier passion et réalité, dans ce qui peut paraître comme du pur arrivisme mais est peut être aussi tout simplement de la clairvoyance et de la lucidité ? Jamais Woody Allen ne tranche, mais au contraire, il s'applique à esquisser des pistes pour mieux les brouiller ensuite en jouant sur l'ambiguité de ses personnages, en nous empêchant de les étiqueter définitivement. Certes, ils ont tous un bagage de départ plus ou moins affirmé( caractère ou tendance) mais celui ci est susceptible de s'exprimer plus ou moins en fonction des circonstances, du hasard.


Comme dans la vraie vie, on ne sait jamais rien avec certitude. Et le film rend bien cette incertitude-là et les hésitations face à un choix important pour la vie sont dues à des

considérations diverses et toutes valables mais c'est l'ensemble de ces considérations et non pas une seule qui prédomine ; et comme rien n'est certain le choix est d'autant plus dur. Seule une action radicale et définitive, et même irrationnel permettra de débloquer la situation mais cette action ne peut être que tragique, comme le souligne les airs d'opéra de la bande-son.


L'incertitude est aussi corroborée par le fait que la vie –les directions qu'elle prend- n'est faite que de hasards, ce qui n'aide pas non plus à faire des choix . Ces hasards n'amènent pas le bonheur ou le malheur ; il y a toujours un peu des deux dans ce que le hasard nous propose car ce hasard agit sur des êtres humains, complexes et par nature, insatisfaits, constamment incertains, ne pouvant accéder à la passion dans l'équilibre ni trouver l'équilibre dans la passion mais le besoin des deux est là, inné. Passion ou raison ; réussite ou amour ; amour ou passion ; réussite ou raison: tout est flou car on ne sait jamais si ses notions sont bien ce que l'on vit ou si on se trompe .Et en plus ces notions nécessaires à l'homme sont contradictoires .D'où la tragédie qui couve quel que soit le côté du filet où la balle retombera. Et c'est le hasard qui décide ce qui est l'objet de la passion, celui de la raison ou de la réussite, et dans quel ordre. Tout comme finalement ce sera le hasard qui décidera si justice sera rendue ou si l'impunité triomphera, si l'arrivisme du personnage prévaudra ou son sens de la justice. Et à la fin le personnage deviendra odieux malgré lui, contrariant ses propres sentiments, portant sa culpabilité, refusant toute forme de justice, justice dont il ressent pourtant profondément le besoin mais l'instinct de survie ( sociale, voire au sens propre du terme) triomphera malgré le prix moral à en payer.. Mais c'est le hasard qui lui refuse la possibilité de rachat moral, qui lui empêche de saisir cette chance et c'est le hasard qui fait triompher l'arrivisme. C'est en cela que la vision allènienne est pessimiste. Car l'homme n'a pas la force de choisir la justice sans encore une fois ici aussi un coup de pouce du hasard.

En même temps, c'est l'association entre l'absence de déterminisme (ou plutôt le déterminisme du hasard) et la complexité de la nature humaine et l'incertitude que tout cela crée qui rendent la vie et les films de Woody Allen si passionnants, si riches .


Woody Allen adopte en général une forme conventionnelle dans tous ses films en rajoutant son décalage comique. Il choisit ici de changer le décalage en désamorçant le

potentiel comique attendu ( la haute société britannique aurait pu être ridiculisée sans ménagement) et en choisissant de privilégier le côté toujours tragique qui se cache derrière le comique. Le comique allenien n'est jamais purement mécanique et s'appuie sur de vraies angoisses et questions existentielles ; ici, il refuse de nous faire rire – bien que le cinéphile allenien entrevoit très bien la comédie en pointillés sous-jacente et cachée , mais légèrement et subtilement laissée en transparence - pour désamorcer nos angoisses mais au contraire, il met le paquet pour les réveiller et nous faire réfléchir. Mais comme pour tous ses films, la fonction cathartique est là, d'habitude initiée par le rire, mais là par la tragédie totale et non résolue.

Allen, donc, qui d'habitude joue avec les genres et les tord pour y faire entrer son univers, son humour et ses questionnements ici impose d'abord ses thèmes et ses questionnements avant de choisir le genre qui leur sied mieux . Et le genre qui leur sied mieux n'est autre que la comédie allénienne elle même !! Le postulat de départ de la comédie allénienne est prometteur : la réussite sociale mise en danger par la passion érotique. Mais la comédie se transforme en drame romantique et passionnel où les thèmes et préoccupations du réalisateur sont développées à loisir de façon frontalement grave et où donc le hasard et la complexe et insatisfaite nature humaine mènent cruellement la danse.

Et Allen va aussi tordre et faire plier le genre du drame passionnel à son tour. Il utilise en effet tous les ingrédients du genre : passion naissante et dévorante, retour au calme et à l'équilibre serein et raisonné, résurgence de la passion et enfin crime passionnel. Tous les atours sont là sauf que… Sauf que le crime ressemble davantage à un crime d'intérêt , froid et calculé qu'à un crime passionnel au sens commun du terme. Mais l'ambiguité et la complexité ont été soulignés et entretenus tout au long du film si bien que l'explication du crime comme étant celui d'un arriviste est certes juste mais pas exclusive. Le film empêche de pencher dans ce sens de manière définitive tout comme il empêche de rejeter cette explication. Il y a d'autres explications, justes elles aussi mais pas exclusives non plus mais c'est la superposition de toutes ces explications , quand bien même elles sont contradictoires qui est la plus valide. Et du coup, et c'est là qu'est le tour de force, ce crime prémédité apparaît comme un geste profondément humain, complexe, troublant et à la dimension tragique et encore plus profondément et moins banalement passionnel.Du grand Allen, vraiment.



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“Match point” est un film curieux, qui donne souvent au spectateur autre-chose que ce qu’en de multiples occasions il s’attendait à voir; tout y est si différent de l’habituelle patte de Woody Allen (pas de verbiages ni d’humour prononcé), et si familier à la fois (en deux plans, Londres devient le New-York de “Manhattan”)… Curieux aussi [...]


La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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