Virgil

Virgil, France, 2005

Virgil
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Critique

25012501 31 déc. 2007 Star Rating 8
Mabrouk el Mechri signe avec "Virgil" un premier film remarquable à bien des points de vue. Un film de genre, un film sur la boxe, avec comme références ouvertement revendiquées un certain cinéma des années 60 et 70, Martin Scorsese, Michel Audiard, Quentin Tarantino, entre autres. Plutôt casse-gueule comme programme pour un premier essai. Le résultat s’avère d’autant plus impressionnant.

El Mechri est l’un des rares à ne pas tomber dans le bête copié collé du modèle américain, ce qui est trop souvent le cas du cinéma français tenté par le genre. Kassovitz l’avait réussi avec "La Haine". Un peu de la même manière, "Virgil" est un film s’attachant avant tout à décrire des personnages forts et leurs complexes relations, dans le contexte du genre. Et pas l’inverse, qui amène systématiquement à l’échec. Il ne cherche à aucun moment à concurrencer les combats d’un "Rocky" ou d’un "Raging Bull", tablant avant tout sur une modestie qui paye. Pour cela le réalisateur a réuni un casting de gueules, sans faire appel à la réserve télé, sans compromis commercial avec une quelconque star, notez plutôt : Jalil Lespert en quasi contre-emploi puisque plus habitué aux films d’auteur naturalistes, Jean-Pierre Cassel en vieux boxeur déchu, bourru et au langage brut de décoffrage, Léa Drucker en fille abîmée, revêche et drôle, et tant d’autres seconds rôles fouillés dont les trognes nous sont plus familières que leurs patronymes (un peu l’idéal pour un acteur, artistiquement parlant, soit dit en passant).

El Mechri n’en néglige pas pour autant sa mise en scène, bien au contraire. Avec de faibles moyens, il nous offre un visuel extrêmement soigné, parfois même un peu trop (certains angles de caméra sont trop marqués, notamment des contre-plongées excessives, erreur de jeunesse facilement pardonnable), néanmoins toujours avec un amour de la belle image qui fait sens, sans esbroufe, juste avec la dose d’enthousiasme et d’inventivité (le cinémascope, la voix off utilisée à bon escient, beaucoup de plans-séquences, du montage cut juste et lisible) suffisante pour se sentir devant un vrai film de cinéma, sincère, crédible, touchant et beau. Si l’on rajoute une musique funky 70’s et une fin à la simplicité désarmante, on obtient l’un des plus beaux films français de ces dernières années. Comme quoi notre background franchouillard ne nous condamne pas forcément à Louis la Brocante, aux films en costumes, ou aux vicissitudes des bourgeois parisiens.

"Virgil" est malheureusement passé totalement inaperçu lors de sa sortie, quelques mois après le poids lourd d’Eastwood, "Million Dollar Baby". Pas la même catégorie forcément. Un bien triste et injuste sort, qui ne nous empêchera pas de surveiller de près la carrière d’un des rares jeunes réalisateurs français ayant déjà l’étoffe d’un vrai cinéaste.

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