Batman & Robin

Batman & Robin




02 déc. 2005 Par Ilan Ferry Star Rating 3

 

Il est des signes qui ne trompent pas : des gros plans sur des fesses toutes de cuir vêtues et un torse arborant fièrement le logo d'une célèbre chauve souris, pas de doute il s'agit bien d'un Batman réalisé par Joel Schumacher ! Après avoir réalisé une version controversée (mais néanmoins sympathique) des aventures du chevalier noir, le réalisateur au goût prononcé pour les couleurs flashy, récidive et réalise un Batman plus proche de Spy kids que du film de super héros classique. Si Batman forever s'adressait clairement à un public ado (notamment par le prisme du personnage de Dick Grayson/Robin), Batman et Robin se définit comme un film « pour toute la famille » (à comprendre pour gosses qui pourront casser les pieds de leurs parents pour avoir des jouets Batman !) prenant le risque de perdre une bonne partie des fans tout en gagnant de l'autre coté un beau bénef' sur le merchandising.


Mais pourquoi tant de haine ? Est-ce parce que Joel Schumacher se complait à flinguer des films à forts potentiels ( Batman d'un côté, Le Fantôme de l'Opéra de l'autre) ? Non car autant ce dernier partait d'une bonne intention, autant Batman et Robin est douteux dans le fond comme dans la forme. Exacerbant l'esthétique « bubble gum » déjà présente dans Batman forever, le réalisateur noie, jusqu'à saturation, ses acteurs et ses décors dans un déluge de couleurs donnant ainsi un résultat carrément de mauvais goût. Certes, la direction artistique est toujours aussi bien maïtrisée (même si l'on peut tiquer sur l'aspect extrêmement tape à l'œil de la Batmobile) mais ce n'est pas parce que l'emballage est plaisant que le contenu l'est tout autant. Au bout de quinze minutes, tout devient limpide : Schumacher n'a pas voulu faire une suite à son Batman forever mais bien une adaptation cinématographique de la célèbre série des années 60 avec Adam West. Tous les ingrédients(ou presque) sont là, de l'ambiance kitsch aux méchants caricaturaux à souhait - on en vient presque à regretter l'absence d'onomatopées durant les scènes de bagarre -. En chemin, Schumacher semble cependant avoir oublié un atout essentiel : le charme. Si le Batman télévisé des sixties demeurait très subversif dans son approche décalée des aventures du duo dynamique (la relation Batman/Robin et son message crypto gay plus ou moins flagrant), force est de constater que Batman et Robin tente vainement de reprendre ce même esprit iconoclaste. Ainsi au « nom d'un bat boomerang » lancé par un Robin surexcité dans la série, succèdent ici des dialogues neuneus prompts à ne faire rire que les ados pré pubères et les enfants en bas âge (« Où est l'homme des glaces »?- « Peut être qu'il a fondu », - « Non, il hiberne »).


Dans ce festival de couleurs criardes et de bruitages piqués aux cartoons de la Warner (cf/ la scène dans le musée), les acteurs font ce qu'ils peuvent. À commencer par l'interprète de Batman, Georges Clooney d'une rare inexpressivité. Toujours pas débarrassé de ses tics d'Urgences (pour sa défense Clooney jonglait entre les plateaux du film et de la série) l'acteur, visiblement mal à l'aise en Batman mais aussi Bruce Wayne, semble se demander ce qu'il fait là. Il est accompagné dans sa « prestation » par un Chris O'Donnell qui semble encore moins impliqué que sur le volet précédent. La palme du rôle le plus inutile revient cependant à Batgirl à peine exploitée dans la dernière demi-heure du film. Son alter ego Barbara, nièce d'Alfred (et fille du commissaire Gordon dans le comics cherchez l'erreur !), est ici reléguée au rang de poupée Barbie, fausse rebelle et vrai tête à claques malgré la présence de la craquante Alicia Silverstone. Si dans Batman Forever le côté fade du duo dynamique était compensé par l'incroyable abatage des deux bad guys, il n'en est malheureusement pas de même pour Batman et Robin où ces derniers n'essayent même pas de se démarquer. Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Mr Freeze a bien compris qu'il était dans une comédie et joue donc en conséquence tout en essayant tant bien que mal de donner un minimum de profondeur à son personnage, Uma Thurman n'apporte à la vénéneuse Poison Ivy que son charme à défaut d'un jeu intéressant. Enfin, cerise sur le gâteau, Bane, croisement entre un catcheur mexicain et le monstre de Frankenstein et ennemi coriace du Dark Knight dans la bande dessinée, devient ici une espèce de gros lourdaud dont les muscles ne compensent même pas l'étroitesse du cerveau.


Amusant par moments mais insupportable la plupart du temps, Batman et Robin est un OFNI (objet filmique non identifiée), une chose bizarre à prendre au dixième degré sous peine de pleurer de consternation au bout de dix minutes. Pied de nez à la Warner qui ne s'attendait sûrement pas à voir un film aussi étrange faire partie de sa très rentable licence ou véritable nanar obéissant aux dures lois du mercantilisme, le débat est ouvert, mais une chose est sûre : Schumacher enterre définitivement le mythe de Batman avant la superbe résurrection que sera le Batman Begins de Christopher Nolan.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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