Rebelle

Brave




13 juil. 2012 Par Simon Riaux Star Rating 6

 

Pixar aura régné en maître sur l'animation des années 2000, à coups de directions artistiques somptueuses, de concepts audacieux, de scénarios admirablement construits et de personnages ciselés. La firme aura même été une véritable pépinière de talents puisque plusieurs de ses réalisateurs (Brad Bird, Andrew Stanton...) auront par la suite rejoint l'eldorado hollywoodien, avec des fortunes diverses. Toutefois le rapprochement avec le pape historique de l'animation américaine, Disney, et la mise en chantier de nombreuses suites des plus grands succès du studio avaient poussé une partie du public à s'interroger : la miraculeuse écurie serait-elle en voie de standardisation ? Cars 2 n'avait pu dissiper cette crainte, aujourd'hui renforcée par Rebelle.

Malgré son développement houleux, tout laissait à penser que Pixar était bien décidé à ne pas maltraiter son formidable matériau de base, à savoir la mythologie écossaise alliée à un récit traitant de l'émancipation féminine. Il y avait sur le papier la recette des plus éclatantes réussites de la firme, qui sait mieux que personne faire du neuf avec du vieux, hélas c'est ici l'exact contraire qui se dessine sous nos yeux. La très réussie séquence introductive annonce inconsciemment les contradictions de l'œuvre, nous y découvrons Merida encore enfant, occupée à jouer avec ses parents loin du château familial, alors que son père lui offre son premier arc. Survient alors un ours monstrueux que papa s'empresse de défier tandis que maman et fifille fuient à cheval. Roulement de tambour, basses saturées, titre écrasant, le spectateur est immédiatement happé par la maîtrise du montage et de la réalisation... tandis que la Rebelle du titre, elle, s'est déjà fait la malle. On ne révélera pas le retournement de situation que la campagne promotionnelle s'est bien gardée d'éventer, mais sachez qu'il vient, après une première bobine qui aborde effectivement la question de l'éducation féminine, du déterminisme et du patriarcat, saccager à peu près tous les enjeux énoncés jusqu'alors.

Le film choisit une orientation inattendue, mais surtout parfaitement anecdotique, et ne pourra plus alors boucler ses arcs narratifs divers que grâce à leur plus petit dénominateur commun. Aux problématiques liées aux responsabilités de l'âge adulte et du rang social, à la soif de liberté, d'indépendance, au rôle d'un père qui a choisi d'éduquer comme un garçon celle que son titre destine à une vie d'épouse rangée, le scénario substitue une comédie fantastique assez pauvre, et pas très finaude. Il sera bien question d'un relatif retour à l'animalité, et des rapports mère/fille, toutefois ces questions se voient expédiées rapidement au profit d'une série de gags faciles et déjà vus (voir le rôle des trois frères, faire-valoirs dénués de toute consistance). Encombré par un rebondissement majeur intervenu bien trop tard, le script doit alors mettre les bouchées doubles pour atteindre sa conclusion, livrée au forceps.

Plus inquiétant, l'orientation progressiste de l'école Pixar, ou tout du moins en prise avec l'air du temps, qui permit au studio de supplanter ses concurrents encroutés dans d'antiques schémas pré-établis est curieusement absente. Pire, on serait presque tenté de qualifier le film d'insidieusement réactionnaire. Que Mark Andrews nous explique que le summum de l'héroïsme féminin tient dans la couture des tapisseries du château (que notre héroïne regagnera bien gentiment) n'est pas un problème en soit, et aurait pu être l'occasion d'un discours inattendu mais complexe sur la notion de sacrifice et de dépassement de ses intérêt propres. Mais ici, tout concoure à nous laisser croire que Merida conquiert sa liberté, quand elle ne fait qu'accepter sa soumission avec le sourire, d'ailleurs, ne l'aperçoit-on pas dans un des derniers plans, occupée à fricoter avec le même prétendant qu'elle rejette dès le premier acte du film ? On n'est pas tant choqué par la morale rétrograde du film que sa posture ambivalente.

Reste le savoir-faire de Pixar, la représentation somptueuse d'une Écosse mystique et sauvage, les teintes automnales dont la finesse laisse bouche-bée, et un timing interne qui fait que chaque séquence, quand bien même elle s'insère difficilement dans la globalité du film, fonctionne pour elle-même. Autant de beaux restes qui suffiront à la majorité du public, et qui, alliés à quelques séquences impressionnantes, fascineront les plus jeunes, tandis que les autres s'inquiéteront sérieusement de voir Pixar s'enferrer avec ce Frère des ours luxueux.



LIENS SPONSORISES

PHOTOS DU FILM

  Voir le photo  

  Voir le photo  

  Voir le photo  

PLUS DE PHOTOS

PARTAGER

En parler sur Facebook Voter pour cet article sur Wikio



Stéphane Argentin :

Star Rating 7
Après Cars 2, Pixar se ramollirait-il un peu ? Certes mais même à ce niveau, Rebelle demeure suffisamment drôle, touchant et enlevé pour que l’on passe un bon moment.

Louisa Amara :

Star Rating 7
Une très jolie histoire sur le complexe rapport entre mère et fille. Le film parlera donc surtout à ces dernières. Les paysages sont superbes, les rebondissements nombreux, il manque juste ce petit supplément d’âme qui fait d’un Pixar une oeuvre unique.

Tonton BDM :

Star Rating 6

Melissa Blanco :

Star Rating 6
C’est qu’il y a de la redite dans ce nouveau Disney, réutilisant sans vergogne la trame de Frères des ours. Reste un final sous forme de rédemption assez émouvant et la question de la relation mère-fille.

Nicolas Thys :

Star Rating 6
C’est aussi beau que banal… D’ici 6 mois on l’aura oublié. Il sera perdu dans le moule des films de princesses qu’on voit fleurir partout sans une once de nouveauté.

Simon Riaux :

Star Rating 6
Un film où l’on apprend aux rebelles qu’elles feraient mieux de recoudre les tapisseries du château et faire la paix avec maman… Sinon c’est très joli.

Sandy Gillet :

Star Rating 6
Une chose est certaine, la guimauve Disney semble avoir phagocyté les rebelles de chez Pixar. Résultat, c’est techniquement magnifique. Pour l’histoire, on repassera.

Laurent Pécha :

Star Rating 5
Le plus Disney des Pixar = Le moins bon des Pixar.

Patrick Antona :

Star Rating 5
Très beau visuellement mais après un bon début on tombe vite dans le lénifiant. Pixar serait-il en train de se confondre avec Disney, tendance morale bien molle ?


FinnegansWake03/11/2012 21:54 par FinnegansWake

C’est superbe. Très drôle, techniquement sublime, hyper rythmé, avec plein de petites failles et de pointes d’originalité là où on s’y attend le moins. Et assez émouvant de surcroît. Un bonheur total et les prémisses d’une nouvelle direction fort intéressante pour Pixar. 8.5/10 (limite 9) LIRE LA SUITE
250119/08/2012 10:08 par 2501

[FONT=Calibri][SIZE=3]Pixar s’est imposé depuis sa création comme un label de qualité. Plus encore, comme un studio précurseur, un modèle à suivre que les concurrents ne pouvaient, au mieux, que mal imiter. Cependant depuis peu l’évolution de l’écurie de Lasseter suit une trajectoire inquiétante, avec l’annonce de suites en pagaille et [...] LIRE LA SUITE
250116/08/2012 15:47 par 2501

Non mais quel été ciné de merde. J’espère, du moins, que tu as passé de bonnes vacances :D Oh que oui ! Comblé je suis. J’aurai de quoi bien remplir la section cartes postales, une fois que j’aurai fait le tri des quelques 2000 photos… LIRE LA SUITE

À ne pas manquer

Newsletter