Vincere

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03 déc. 2009 Par 2501 Star Rating 10
Il y a longtemps que le festival de Cannes ne récompense plus le cinéma mais des films aux messages bien pensants, ou des oeuvres asséchées où l'autérité est gage de qualité. Qui s’intéresse encore aujourd’hui aux pamphlets grossiers de Michael Moore ? Pas grand-monde à en croire le bide récent de son dernier film. Qui va subir la punition du professeur Haneke récompensé par copinage de la présidente du jury ? Bref, le jury aléatoire de ce festival a de la merde dans les yeux depuis des années et Vincere, reparti bredouille, vient le prouver avec éclat.

Vincere (« vaincre », credo du Duce) est le dernier film d’un cinéaste plus tout jeune, Marco Bellocchio, 70 ans tout rond. Le sage italien choisit de nous conter l’histoire de la première femme de Benito Mussolini, Ida Dalser, cachée, bafouée, martyrisée. Cinéaste sur ses vieux jours et sujet historique mélodramatique, une telle combinaison pouvait laisser craindre le pire académisme bon teint. Il n’en est rien, et Vincere nous submerge sans prévenir par la puissance et la verve de sa vision du 7ème Art.

Un film, un vrai. Qui utilise les composantes absolues du cinéma : images et sons pour transmettre narration et émotions. Marco Bellocchio nous fascine par l’angle opératique qui donne toute sa force à ce récit féminin obstiné et désespéré. La musique, de Carlo Crivelli, est ici primordiale, elle donne rythme, ambiance, énergie. Peu de dialogues, le mouvement du cadre, dans le cadre, reprend ses droits, à travers des compositions magnifiques qui prouvent qu’un plan fixe qui dure n’ennuie pas tant qu’on sait l’animer. Le cinéaste italien est loin d’en oublier ses autres instruments, la moindre parole étant pensée, chaque geste signifiant. Une telle maîtrise rend parfois Vincere étouffant, mais c’est pour mieux se fondre dans le parcours dramatique de sa sublime héroïne sacrifiée. Que dire de Giovanna Mezzogiorno si ce n’est qu’elle rentre dans la cour des grandes. Son incarnation est si belle, si pure, si évidente, qu’elle rend d’autant plus révoltante la performance arty porno primée par les baltringues cités plus haut.

D’une ambiance de sensations, sombres, charnelles, où drame, guerre, destin, sourdent dès les premiers instants d’une photographie d’ombres et de matières mouvantes toutes en longues focales, l’on passe à des cadres figés, clairs, tout entiers acquis à la cause perdue de ces oubliés de l’Histoire. Le cinéma se fait petit à petit relais du réel. Magnifique idée que l’absence du mari Mussolini, dès lors représenté seulement par des images d’archives qui se fondent de plus en plus dans le récit, avec ce clown de dictateur moins crédible que son incarnation fictive, tout comme ces long-métrages d'époque (Le Kid, Octobre), dont les motifs sont repris par les spectateurs. L’acteur Filippo Timi, après celui du Duce jeune, reprendra le rôle du fils (belle idée), autre oublié, dont Ida est cruellement séparée. Le sort de cet homme perdu, imitant un père inconnu, jusqu’à l’asile de fous, en est d'autant plus poignant. Cet enfant volé rapproche Vincere de l’œuvre d’un autre septuagénaire juvénile, l’Echange de Clint Eastwood. A drame similaire traitement opposé. Le classicisme hollywoodien revisité face à l’opéra intime d’une puissance rare. Davantage de sensations, de lyrisme, de cœur, et même de cinéma chez l’italien, qui semble ne jamais faire appel à de grosses ficelles pour accrocher son spectateur, et qui prouve qu’il n’est pas besoin de grand moyen pour donner dans la reconstitution, à travers une capacité d’évocation exceptionnelle. C’est aussi un portrait en creux du fascisme qui se dessine derrière cet hallucinant mélodrame, omniprésent et aliénant.

Vincere est un film en perpétuelle mutation, comme s’il se créait devant nous, une expérience de cinéma stimulante, virulente, excitante. Avec ce film d’une intensité exceptionnelle, comme hors du temps, Marco Bellocchio prouve que le cinéma italien peut encore donner des leçons au monde. Comme si face à un cinéma élitiste et vide, la question n’était pas de vaincre, mais de résister.


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Sandy Gillet :

Star Rating 6


250119/01/2010 12:19 par 2501

La partie historique est tellement portée par le cinématographique qu’il y a bien une chose que le film n’est pas c’est didactique. Mais bon, quand tu auras trouvé le pourquoi du comment, fais nous signe. :D (Ca mérite une seconde vision !)Didactique ne veut pas dire pédagogique, monsieur… et je ne [...] LIRE LA SUITE
dodeskaden19/01/2010 12:13 par dodeskaden

La partie historique est tellement portée par le cinématographique qu’il y a bien une chose que le film n’est pas c’est didactique. Mais bon, quand tu auras trouvé le pourquoi du comment, fais nous signe. :D (Ca mérite une seconde vision !)Didactique ne veut pas dire pédagogique, monsieur… et je ne [...] LIRE LA SUITE
250119/01/2010 11:43 par 2501

Il y a quelque chose de didactique qui me dérange. :o Va falloir préciser ta pensée impure… :grrr:rien d’impur, juste quelque chose qui me titille… difficile à formuler La partie historique est tellement portée par le cinématographique qu’il y a bien une chose que le film n’est pas c’est didactique. Mais bon, quand tu [...] LIRE LA SUITE

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