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Critique
2046 n'est pas un film facile à emboîter, pas un film facile à encaisser dans la mesure où la structure temporelle n'a aucune issue. Admirable histoire de passion fusionnelle entre un écrivain et une femme de mauvaise vie (interprétée par une Zhang Ziyi proprement hallucinante de beauté) dont les relations tumultueuses qu'ils entretiennent les poussent à s'aimer et se haïr dans tous les cas.
A la structure lente, quasi ténébreuse, 2046 n'a de 2046 que le nom, dans la mesure où 80% du film se déroule dans les années 60, plus particulièrement entre 1968 et 1969. Un formidable jeu de gosse avec pour élément central le plaisir et l'amour (thème récurrent chez WKW). Les deux "colocataires" d'un vieil immeuble ostentatoire se cherchent, jouent jusqu'à tomber amoureux l'un de l'autre. Entre l'écriture de quelques lignes de son roman porno (il préfère les romans pornos, plus simples à écrire qu'un roman de sabre dit-il) Chow imagine une ville, une cité, même une époque totalement imaginaire, où les individus pourraient se retrouver : En 2046. A partir de là, ce métrage archi conceptuel prend une forme de produit purement expérimental où WKW pourrait laisser libre cours à son imagination la plus fantasque.
Les personnages féminins, d'une grâce presque troublante s'avèrent être magnifiées telle une sculpture que l'on scruterait jusque dans les moindres détails pour en extraire la pépite la plus sulfureuse. Ainsi, Zhang Ziyi nous décroche la mâchoire à plusieurs reprises de part sa sensualité et son charme divins. La courte apparition de Maggie Cheung se suffit à elle seule tant elle dégage un pouvoir surréaliste, une classe, un respect tel qu'on ne dit mot en la voyant. De même que l'aura mystérieuse se dégageant des androïdes féminins, même machine on peut y déceler le moindre soucis, le moindre désarroi de vivre constamment dans le train en direction de 2046.
Le film de WKW n'est pas un simple film comme les autres, c'est aussi une étrange et étonnante fusion entre l'image et la -formidable- musique. Ainsi, la réalisation pleine de raffinement titille la rétine plus d'une fois en jouant constamment avec les ombres, les silhouettes et même les couleurs, les textures (omniprésence du bois époque 68, contrastant fortement avec le métal et les néons du train pour 2046). L'utilisation excessive de la baisse d'image par seconde pourra rebuter au premier abord, mais on s'y fait vite, précisant quand a lieu le point de vue omniscient accompagné d'une voix off, celle de Chow, écrivain. Certes il écrit, joue aussi, mais il voit. Cependant, le récit est intriguant, mystérieux, presque pudique, comme si WKW ne voulait trop en dire. C'est ainsi que, paradoxalement, 2046 passe le plus clair de son temps à évoquer, narrer et décrire cette époque ancrée dans la fin des années 60.
Bref, des acteurs et actrices parfaits, des décors sobrement mis en valeur, une mise en scène soignée et impeccable et une bande sonore des plus réussies m'ont fait passer 2 heures très agréables malgré une histoire qui a un peu de mal à démarrer.

