Saw II

Saw II




07 nov. 2005 Par Vincent Julé Star Rating 6

 

À priori, Saw 2 et La Légende de Zorro n'ont rien en commun. Sauf qu'il s'agit dans les deux cas d'une suite, et que les hasards de la programmation américaine ont décidé de les sortir l'un contre l'autre le week-end d'Halloween. La comparaison s'arrête là puisque, avec moins d'écrans, Saw 2 a fait le double de recettes de La Légende de Zorro. Il aura fallu attendre pas moins de sept ans pour retrouver Zorro, avec les mêmes acteurs, le même réalisateur et pour ainsi dire le même film. À l'inverse, c'est tout juste un an après le coup d'essai (et coup de maître selon certains) de James Wan et Leigh Whannell, que Saw se frotte au difficile exercice de la séquelle, de plus dans un genre où il est rare et casse-gueule. Les intentions premières (lisez pécuniaires) du projet n'étaient pas là pour rassurer, ni d'ailleurs son développement avec la nomination du jeune clipeur Darren Lynn Bousman à la réalisation, l'écriture du scénario, mixé avec un autre script dormant dans un tiroir, ou encore la désaffection partielle du duo d'origine (attelé au futur Silence).

La première scène, et déjà première mise à mort, laisse à vrai dire sans réaction. Il s'agit en effet d'une simple photocopie de la plus célèbre des tortures du premier film. Aucune violence graphique à proprement dite, mais, bien sûr, un montage surdécoupé, limite épileptique. Pourtant, mine de rien, cette poignée de minutes atteignent leur but. Elles (re)définissent un univers visuel, sonore, sensuel si spécifique : craspec, étouffant, sadiqueÂ… Sawesque ! Sans être donc totalement originale ou réussie, cette ouverture nous plonge en apnée et nous prépare pour la suite. Certains mécanismes de la mise en scène deviennent des automatismes, voire des marques de fabrique. Donc, ça passe ou ça casse. Sinon, Saw 2 parvient à gommer les maladresses du premier, sans en éviter d'autres.

Au revoir déjà à Cary Elwes, Danny Glover et leur jeu approximatif, et place à un cast entièrement nouveau ou presque. Rompu au rôle de flic dépressif dans la série Boomtown, Donnie Wahlberg ne prend donc pas trop de risques face à deux revenants du premier épisode, la toujours inutile Dina Meyer et le Jigsaw himself, troublant et malade Tobin Bell. D'un autre côté, ou plutôt dans une autre pièce, parmi les huit prisonniers (le budget du film a été multiplié par quatre, donc le nombre de joueurs aussi), seules la méconnaissable Beverly Mitchell (la série 7 à la maison, c'est pour dire) et l'unique survivante du Jigsaw, Shawnee Smith, retiennent vraiment l'attention. Surtout cette dernière qui, déjà porteuse du fameux masque piégé dans Saw, écope d'une scène traumatisante et pas piquée des hannetons (avec mauvais jeu de mots). Mais le véritable progrès de Saw 2 se situe dans son récit, avec seulement deux lieux et une même unité de temps. Les flash-back et les sorties à l'extérieur plombaient littéralement la narration du premier de toutes parts. Dans le second, si le huit clos s'inspire plus de Cube, le lien avec l'extérieur est matérialisé par des caméras de surveillance, ce qui fait toute la différence et accentue, accélère même, la tension. Avec une trame sonore sourde et charnelle, le film provoque aisément quelques palpitations.

Malheureusement, si Saw 2 se révèle une expérience cinématographique plus viscérale, il perd l'unique bon côté du premier : le ludique. Entre le compte à rebours et le décompte des nombreux morts potentiels, la place pour un quelconque enjeu, et par la même un ultime coup de théâtre (c'est qu'on en prend vite l'habitude) se réduit comme peau de chagrin. Ainsi lorsque celui-ci intervient, il fait peine à voir, surtout en comparaison au tour de force de Saw premier du nom. Heureusement, avant d'en arriver si bas, la suite tisse avec l'original des liens inattendus, référentiels et tout à fait jouissifs. Plus surprenant encore, elle réhausse le premier Saw, en créant une certaine complicité avec le spectateur. Un vrai malade celui-là !



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