La Chute du Faucon Noir

Black hawk down

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23 fév. 2007 Par Stéphane Argentin Star Rating 8

Après plus d'une décennie de réussite – Alien (1979), Blade runner (1982), Legend (1985), Black rain (1989), Thelma & Louise (1991) –, ponctuée de certains classiques instantanés du Septième Art , Ridley Scott en avait ensuite connue une autre mais de traversée du désert cette fois : 1492 : Christophe Colomb (1992), Lame de fond (1996), À armes égales (1997). Au tournant du millénaire, le cinéaste britannique remonte sur son trône avec Gladiator (2000), obtenant ainsi sa plus grande consécration à ce jour, aussi bien aux yeux de ses pairs (5 Oscars sur 12 nominations) que du public (460 millions de dollars de recettes mondiales).


Fort de ce retour en grâce, le réalisateur en profite pour enchaîner avec un correct mais dispensable Hannibal (2001), nouveaux exploits cinématographiques du Dr. Lecter rendu célèbre dix ans plus tôt par la perle noire de Jonathan Demme, Le Silence des agneaux (1991), mais aussi et surtout la même année avec l'un des films de guerre les plus marquants qu'ait connu le cinéma : La Chute du faucon noir (2001). Et si la présence au poste de producteur de Jerry Bruckeimer, nabab hollywoodien d'un cinoche pop-corn jouissivement crétin, pouvait laisser craindre un long-métrage sans véritable saveur, Ridley Scott, alors de retour au summum de son art, nous livre une œuvre dont la viscéralité n'a d'égal que l'intelligence du propos.


Inspiré d'un fait réel dont trop peu se souviennent (hormis les participants et les historiens), à savoir l'intervention des troupes américaines en Somalie au cours de l'année 1993, le long-métrage de Scott relate le fiasco de cette intervention au travers de la guérilla urbaine qui atteignit son apogée au cours du mois d'octobre, entrainant la mort de plusieurs soldats américains et de facto le retrait des troupes US sur décision de Bill Clinton, alors Président des États-Unis. Plus précisément, La Chute du faucon noir s'inspire d'un incident au cours duquel un hélicoptère de l'armée US fut abattu, obligeant les soldats au sol à se frayer un chemin jusqu'en lieu sûr par leurs propres moyens au milieu de la ville de Mogadiscio alors à feu et à sang.


« À feu et à sang ». Voilà bien le terme qui définit au plus juste le film de Scott. En effet, sitôt ladite chute du faucon survenue (en gros au bout de trois quart d'heure, soit 45 minutes mises à profit pour resituer le contexte socio-politico-militaire de l'époque), c'est dans un véritable déluge de feu et de sang que nous plonge le cinéaste. Suivant en cela la voie ouverte trois ans plus tôt par Steven Spielberg et son anthologique séquence d'ouverture du Il faut sauver le soldat Ryan (1998), Ridley Scott réapplique la même formule mais cette fois-ci sur plus de deux heures de carnage non-stop (viscères, brûlures, membres arrachés…). Parfaitement épaulé dans sa tâche par la photographie ultra-travaillée du polonais Slawomir Idziak dont le talent n'a rien à envier à son compatriote Janusz Kaminski (directeur photo sur le Il faut sauver le soldat Ryan, à croire que certains des meilleurs chefs op. viennent de Pologne), Scott nous plonge dans cet enfer urbain à l'aide d'images collant aux rangers des soldats campés par un casting de vétérans (Sam Sheperd, Tom Sizemore, Jason Isaacs) et de jeunes promus (Josh Hartnett, Ewan McGregor, Eric Bana) préparés à la dure (cf. les différents reportages dévoilant les coulisses du film) et par une impressionnante logistique d'un tournage marocain (90 millions de dollars de budget) avec le concours des autorités et de la population locale, ainsi que de l'armée US.


Une collaboration d'autant plus surprenante que le film relate tout à la fois une victoire (les soldats en perdition sont parvenus à bon port) qu'une défaite (la décision de Clinton de retirer les soldats du pays) pour les troupes de l'Oncle Sam. Mais c'est précisément de cette ambivalence que La Chute du faucon noir puise toute sa force. Car si les détracteurs du film lui reprochent sa vision unilatérale du conflit (les adversaires des soldats américains ne sont guère plus identifiables qu'une masse protéiforme hostile), le film est avant tout une restitution fidèle, ni glorifiée, ni édulcorée, de l'incident en question, et, par extension, de n'importe quel autre conflit armé. En cela, le long-métrage de Ridley Scott se pose comme l'une des œuvres cinématographiques guerrières les plus réalistes qui ait jamais vu le jour tout en soulignant dans le même temps une autre réalité que beaucoup tendent à oublier : la guerre n'a rien de cinégénique (il faut s'accrocher pour supporter les presque 2h30 de charnier du film), et si la paix se trouve au bout du fusil, ce dernier est bien loin d'avoir des fleurs à offrir à son extrémité.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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