La Vague

Die Welle




26 juin. 2012 Par jawssm Star Rating 6

 

Avant d'être un film à succès, "la Vague" fut une étude expérimentale du fascisme menée par Ron Jones, un professeur d'histoire américain, avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto en 1967. Alexander Grasshoff en tira un court-métrage en 1981 avec Bruce Davison (X-Men), Todd Strasser en fit ensuite une nouvelle parue en 2008, immédiatement adaptée par Dennis Gansel donc dans ce film d'outre-Rhin. Un sujet brûlant pour un pays ayant toujours une large blessure ouverte concernant un national-socialisme de sinistre mémoire et dont la jeunesse panse encore les plaies.

Un instituteur plutôt libertaire (Jürgen Vogel, parfait) consent à passer une semaine à parler d'autocratie tandis qu'un collègue volontiers rival de celui-ci va enseigner l'anarchie, les élèves choisissant leur sujet. Par défi et audace, Rainer Wenger, soutenu par sa direction mais pas par ses pairs, décide de mener le débat à l'image de ce redoutable mouvement politique et oriente son cours pour le fait ouvertement contestataire et aliénant. La force du métrage est de se scinder en six parties, du lundi où Wenger instaure le respect et la discipline tout en se faisant élire "führer" (leader), logiquement élu car étant lui-même à l'origine du projet, au samedi où chacun sera mis face à sa propre mutation idéologique. Le métrage propose donc une mise en abîme fascinante de l'adolescence et des perturbations irrémédiables que celle-ci est amenée à endurer via une vision réductrice du monde qui l'entoure. Si certains élèves maîtrisent plus ou moins bien la dérive fascisante grondant en eux, d'autres en revanche révulsent ces propos et se rebellent contre cet ordre moral incarné par "la Vague", soit un logo, signe de ralliement ainsi que par une tenue identique obligatoire pour chacun : la chemise blanche. Si le parallèle avec les frusques mussoliniennes est grossier, l'identification des membres et le rejet de l'autre sont éminemment révélateurs, pas si éloignés du Fincher de "Fight club" et de ses cerveaux ravagés par un mouvement anarchiste. Un passage d'ailleurs souligne bien la parenté entre les deux films, celui où les élèves taguant et apposant des autocollants de "la Vague" partout en ville de manière enfiévrée, faisant écho à Durden libérant ses troupes afin de semer le chaos par des actes de terrorismes locaux.

Les périodes de crises ont toujours favorisé l'émergence de ces redoutables mouvements communautaristes et fédérateurs : chômage, pauvreté accrue, humiliations, quête d'identité et autres brimades professionnelles, et le tout avec une facilité déconcertante, ce que prouve le métrage de Gansel, l'esprit totalitariste est bel et bien vivace même dans un pays l'ayant vécu récemment.

Une brillante parabole sur le pouvoir, uniquement desservie par des seconds rôles pas toujours finauds (Maja) et quelques situations un peu pachydermiques (le water-polo, Tim...) mais le fait est là, "die Welle" donne sérieusement à réfléchir.


LIENS SPONSORISES

PHOTOS DU FILM

  Voir le photo  

  Voir le photo  

  Voir le photo  

PLUS DE PHOTOS

PARTAGER

En parler sur Facebook Voter pour cet article sur Wikio



Sandy Gillet :

Star Rating 7

Patrick Antona :

Star Rating 6

Vincent Julé :

Star Rating 6


dodeskaden22/03/2009 17:22 par dodeskaden

Pour ceux qui reprochent que le film soit téléphoné, je rappellerai simplement qu’il ne s’agit pas d’un thriller (où l’on doit deviner le coupable à la fin) mais c’est un film qui démonte le mécanisme de la dérive d’une population vers la dictature (on connait forcément la fin puisqu’il s’agit [...] LIRE LA SUITE
tenia22/03/2009 16:10 par tenia

J’y vois un film sincère qui nous fait réfléchir sans besoin d’invoquer des mythes du cinéma ou des stars hollywoodien pour rameuter les critiques… En même temps, c’est une production auteuriste allemande. Ils vont pas aller rameuter Brad Pitt ou Philip Seymour Hoffman. LIRE LA SUITE
conn222/03/2009 15:28 par conn2

Moi personnellement j’ai bien aimé le film (et sur des critères objectifs): - La démonstration est claire et sans ambiguïté sur le danger potentiel de l’Autocratie - La mise en scène est minimaliste mais néanmoins rigoureuse et efficace (style journaliste) Le jeu des comédiens (y compris des lycées) sont excellents et sans frioriture [...] LIRE LA SUITE

À ne pas manquer

Newsletter