Bad lieutenant

Bad lieutenant : Port of call New Orleans

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23 mar. 2010 Par Fha Star Rating 8
Qu’importe le fait que le dernier film de Werner Herzog reprenne plus ou moins le "Bad Lieutenant" de Ferrara. Qu’importe en effet puisque Herzog dit lui-même n’avoir jamais vu le film de son homologue cinéaste et qu’à vrai dire le script n’en garde pas grand-chose excepté la personnalité du flic ripoux/toxico. La scène d’ouverture annonce d’ailleurs le ton du film et ne laisse aucun doute sur sa personnalité intrinsèque. Un prisonnier est en train de se noyer, le lieutenant McDonagh décide d’aller le sauver après avoir joué sur les nerfs du condamné avec une ironie mordante et un recul évident sur l’horreur de la situation. Ces deux spécificités seront reprises tout au long de ce film étrange qui adopte pleinement le point de vue de ce mauvais qui guérit le mal par le mal dans un monde qui ressemble plus à un enfer : la Nouvelle Orléans après Katrina.

Le sauvetage de McDonagh lui a valu d’être nommé d’un grade et de prendre ainsi plus de responsabilité. Mais comme le montre la caméra portée tremblante d’Herzog lors de cette annonce, McDonagh est à partir de maintenant perdu, dans le flou. Cet acte instinctif lui a en effet donné un mal de dos incurable qui va participé à créer le monstrueux flic à la folie et à la gestuelle hérité du Klaus Kinski des grandes œuvres du réalisateur ("Aguirre" et "Fitzcarraldo" en tête). Pour interpréter le rôle, Herzog a décidé de parier sur Nicolas Cage, actuellement en manque total de films d’auteurs ("Ghost Rider", "Benjamin Gates",…) et de coiffeurs. Depuis ses dernières prestations réussites simultanément dans "Lord of War" et "The Weather Man", Cage ne contrôle plus ses excès d’où la décision pas si irréfléchie d’Herzog de jouer de sa propre caricature. Si dans sa carrière Cage n’est plus que le reflet de ses meilleures performances pourquoi ne pas lui offrir un rôle de mort vivant ? La situation du personnage ne fait en effet qu’empirer. Constamment sous drogue, sans repos et ayant des hallucinations le Lieutenant se voit charger d’une enquête de meurtre qu’il gère à sa manière.

A travers des lieux précis qui reviennent de manière leitmotiv, Herzog nous présente le monde et les habitudes de son protagoniste. Meurtre, agression, vole,… il n’est même plus question de recherche de rédemption ici. Le monde pourri décrit par Herzog ramène ses personnages à se comporter comme dans une dans une jungle sans foi ni loi. La société ne fonctionne plus, derrière le flirt avec la série B il y a tout de même une critique assez sévère des institutions à divers niveaux. Maintenant pour s’en sortir il faut tricher à tout prix ce que ne cesse de faire McDonagh à l’image de ses paris sur lesquels il perd inlassablement. Mais comme le personnage sait y faire et a du flaire (il passe par derrières par plaisir !) la situation va bien finir par se retourner de son côté. En attendant ses méthodes sont brutales mais efficaces et provoquent autant la gêne que le rire.

L’état semi comateux du personnage est en faite véritablement en adéquation avec ce monde semi détruit. Herzog incruste la démence du personnage partout et joue du hasard constant qui fait aller ses personnages dans des directions inconnus, reniant ainsi la part religieuse des films de Ferrara. On ne sait d’ailleurs jamais ce que prémédite ou non McDonagh et jusqu’où il est responsable de sa survie. Son visage gentiment ahuri lors du défilement final des personnages encore vivant à son bureau en est le signe. Impossible de contrôler grand-chose à ce niveau de défonce, la réussite tient de l’expérience même du milieu. L’intrigue résolu à la va vite n’est en somme que prétexte à nous présenter ironiquement un monde en pleine implosion.

Le faux happy end révélant un film construit en miroir (on notera un final qui clôt chaque scène d’ouverture) ouvre en faite un nouveau chapitre sur la vie du personnage. Une nouvelle fois promu ce dernier se lève et découvre une famille. Herzog filme en caméra fixe cette fois ci, l’avenir du personnage s’avère plus maîtrisé. Les seconds rôles n’ont pas d’intérêt particulier pour Herzog, ils sont prévisible et doivent rentrer dans la route qui leur est tracé. McDonagh aura réussit maladroitement, à sa manière et sans instance divine, par désir animal de survie et de faire survivre ses proches à redéfinir un peu plus clairement les bons et les méchants. Quand à lui, il reste à l’image des poissons : flottants.


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Vincent Julé :

Star Rating 8
Mad Lieutenant

Didier Verdurand :

Star Rating 6

Tonton BDM :

Star Rating 6
Le “Bad lieutenant” d’Abel Ferrara était un polar interminable, glauque et empreint d’un mysticisme chiant, traversé, de ci de là, de quelques éclairs de génie. “Bad lieutenant - Escale à la Nouvelle Orléans” n’a absolument plus rien à voir avec son modèle : il s’agit d’avantage d’une sorte de suite, une variation sur le thème [...]

Stéphane Argentin :

Star Rating 6
Il faut sans doute être aussi shooté que le personnage interprété par Nicolas Cage pour adhérer totalement à ce polar qui n’exploite en rien ses unités de lieu et de temps (la Nouvelle-Orléans post-Katrina).

Sandy Gillet :

Star Rating 6
Par rapport au film de Ferrara, cela reste très consensuel. Le contraire eut été extraordinaire. Reste que la version d’Herzog bénéficie d’une atmosphère et d’un charme indéniables.

Laurent Pécha :

Star Rating 6
Tout sauf un remake. La drôle d’association Herzog/Cage déconcerte. Flirtant avec le nanar, le film joue la carte du grotesque…et offre quelques moments réjouissants. Cage est une attraction à lui tout seul et pas à cause de sa coupe de cheveux pour une fois.


ziterk17/05/2010 22:46 par ziterk

My friend is a fish

Pas vu polar plus grisant depuis We Own the Night. Nous sommes à mille lieues du grand “n’importe-quoi-WTF” annoncé. A l’opposé, Werner Herzog tisse son film noir avec élégance et sérénité, pour atteindre des profondeurs insondables. Foudroyant (réellement) dans sa poésie, hilare dans son absurdité, délié dans sa noirceur, Bad Lieutenant : [...] LIRE LA SUITE
250120/03/2010 20:10 par 2501

J’te comprends bien. Je trouve aussi le film étrange. Mais jamais assez pour m’empêcher de m’ennuyer. Le nombre de films sans histoire, ou avec un scénario inintéressant, qui tiennent sur la folie, un style, une esthétique, sont légion. Mais là je trouve que la singularité ne fonctionne pas du tout. C’est dommage parce [...] LIRE LA SUITE
Julien Foussereau20/03/2010 19:08 par Julien Foussereau

Oui alors le truc avec l’iguane si y’a du génie dans l’idée (et encore…) l’exécution est laborieuse au possible. - “Tu l’as vu mon iguane ?” - “Non y’a pas d’iguane.” - “Mais si là !” - “Nope.” C’est bon on a compris. C’est rigolo. S’en suit au moins 2 minutes de gros plans sur les [...] LIRE LA SUITE

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