Enter the void

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22 mai. 2009 Par Thomas Messias Star Rating 8

Alors, le dernier Noé ? Plus choquant qu'Irréversible ou pas ? Y a du sexe cette fois ? Des bras retournés ? Des plans séquences ? Des cartons avec des messages ? Alors, c'est pire ou pas pire ? Hein ? Stop.

Gaspar Noé est un provocateur, c'est indéniable, mais dans le bon sens du terme : dans chacun de ses films, il a tenté de confronter le spectateur à ses pires angoisses et aux travers les plus sordides de l'espèce humaine et particulièrement masculine. Et tant pis si cela s'accompagnait de dispositifs que l'on pouvait juger trop artificiels, voués à inclure dans les films leur propre système d'auto-promotion, du "Attention, compte à rebours sordide" au "Attention, viol en temps réel dans un tunnel". Enter the void vient à la fois s'inscrire dans la directe continuité des premiers films du cinéaste et marquer chez lui une révolution de poche où la radicalité ne va crescendo que pour se mettre au service d'un univers et d'un esprit. Esprit, le mot convient parfaitement à la trame absolument inédite de cette oeuvre d'une splendeur plastique inégalée, dont la construction dramatique en trois parties permet à Noé de donner libre cours à ses étranges pulsions filmiques. Ce type est un génie, un grand malade, peut-être les deux : comme ses films précédents, Enter the void brille car s'y côtoient sans arrêt l'extrême rigueur du metteur en scène et la folie furieuse de l'auteur. C'est un film de schizophrène qui tisse peu à peu sa toile, ne cesse de prendre de l'ampleur, entre dans le crâne et ne le quitte plus.

Trois parties, donc, que précède le générique le plus démentiel de l'histoire. La première suit Oscar, jeune dealer installé à Tokyo avec sa soeur, en caméra subjective. Au gré de longs plans-séquences, Noé entame son exploration de la capitale nipponne et développe un dispositif tout sauf factice. Le procédé permettra notamment d'épouser la perception du jeune héros lorsqu'il fume une quelconque drogue dure. Visuellement, le choc a déjà commencé : plus encore que la composition des plans, c'est la lumière qui sidère. Le cinéaste intègre néons clignotants aux couleurs changeantes dans sa réflexion filmique, pour un défilé de sensations qui laisse pantois.

Mais Oscar meurt, ce n'est un secret pour personne, et voilà que le film évolue considérablement. Bien que son âme se soit détachée de son corps, Oscar ne prend pas réellement ses distances avec le monde des vivants puisqu'il opère, par une série de flashbacks s'apparentant plutôt à des réminiscences désordonnées, un retour sur quelques évènements-clés de sa vie. Un accident de voiture. Une promesse. Une conversation. Une enfance. Cette fois, la caméra se place juste derrière la nuque d'Oscar, comme si son esprit le surveillait de très près, pour offrir un regard allant au-delà de la simple subjection : ces séquences créent le trouble en jouant sur le décalage entre le point de vue de l'esprit d'Oscar et celui de son corps. On ne verra l'acteur que de dos, ou presque, mais le film est loin de nous laisser en dehors de toute émotion. C'est comme si la caméra subjective avait été inventée pour Gaspar Noé, comme s'il était le seul capable de faire réellement pénétrer l'oeil et l'esprit du spectateur à l'intérieur de ceux du héros. La beauté de cet exploit formel, c'est qu'il permet à Noé de lâcher un peu de lest et de ne pas en rajouter là où, par exemple, il aurait habituellement enchaîné quelques scènes choc pour camper la relation forcément incestueuse entre Oscar et sa soeur Linda. Lorsqu'un cinéaste aussi premier degré - ce qui, ici, est presque un compliment - découvre la suggestion, c'est absolument bouleversant.

Dans sa troisième partie, le film choisit de déambuler avec l'esprit d'Oscar dans ce Tokyo nocturne où évoluent sans lui les quelques proches qu'il a laissés. La ville toute entière continue à vivre comme si de rien n'était, et le voici qui profite de son statut de spectre pour jouer les passe-muraille, explorer cette ville incroyable et s'intéresser au destin de Linda et quelques autres. Au niveau du point de vue, le film s'enrichit d'une nouvelle dimension en utilisant la possibilité qu'a Oscar d'entrer dans la tête de n'importe quelle personne afin d'épouser son regard , un instant ou davantage. Le tout se terminera - ou presque - dans un Love Hotel où chaque pièce s'apparente à une sorte d'arène, toujours différente de la précédente, dans une frénésie visuelle à la fois plus accessible mais plus perturbante que celle d'Irréversible ou Seul contre tous.

On peut légitimement rester à côté de cette entreprise faramineuse qui permet à Gaspar Noé de se débarrasser de son étiquette de simple provocateur pour lui offrir définitivement une casquette de grand cinéaste expérimental. Enter the void est une sacrée expérience, de celles qui laissent le souffle court et vous condamnent au silence et à l'introspection pendant de longues minutes. De par son exigence absolue et son rythme quasiment parfait, le film épuise, comme le ferait une nuit de sexe débridé ou de discussions passionnées. Si dans Irréversible le temps détruisait tout, il semblerait qu'ici il n'existe plus, que la mort ne soit qu'une étape de l'existence, un second départ plus intéressant que ce qui précède.

Hanté par les fantômes de 2001 - le monolithe n'est jamais loin -, Noé a réussi un grand film tragique et sensoriel qui devrait bien vieillir et se révéler année après année.



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Didier Verdurand :

Star Rating 8
Une Å“uvre d’art fascinante à défaut d’être toujours passionnante. Certains passages touchent le génial.

Flavien Bellevue :

Star Rating 7

Ilan Ferry :

Star Rating 7
Un trip hallucinant et halluciné, parfois vain, souvent brillant. Dommage que Noé cède aux facilités d’un final aussi attendu que ridicule.

Patrick Antona :

Star Rating 7
Une vision sensorielle et inédite de Tokyo qui se sert de l’intangible avec brio. Dommage que ce soit un poil trop long.

Vincent Julé :

Star Rating 7
Gaspar Noé arrête de poser… il vole, questionne, tente, s’entête et convainc. Entre autisme et naïveté, le vide (du cadre et de l’âme) n’a jamais été aussi séduisant et fascinant. A refaire en IMAX 3D.

Julien Foussereau :

Star Rating 3
Gaspar Noé n’a pas son pareil pour accoucher d’images sorties de nulle part. C’est d’autant plus regrettable qu’un potentiel pareil soit gâché par une répétition usante de ses motifs quand, en outre, ils sont au service d’un fond aussi puéril et ridicule.


FinnegansWake08/12/2010 16:02 par FinnegansWake

Ah oui, je l’ai vu aussi et…. http://media.fukung.net/images/4790/7921.gif LIRE LA SUITE
tenia05/12/2010 11:26 par tenia

Vous avez une bonne installation sonore ? Je ne suis pas à plaindre de ce côté là. Parce que ce film s’écoute avant tout. Tellement d’émotions passent par le son, qu’Enter The Void ne se voit qu’avec une installation sonore de fou furieux (pour en profiter au mieux, bien sûr). C’est ce que [...] LIRE LA SUITE
Julien Foussereau05/12/2010 09:45 par Julien Foussereau

Vous avez une bonne installation sonore ? Je ne suis pas à plaindre de ce côté là. Parce que ce film s’écoute avant tout. Tellement d’émotions passent par le son, qu’Enter The Void ne se voit qu’avec une installation sonore de fou furieux (pour en profiter au mieux, bien sûr). C’est ce que [...] LIRE LA SUITE

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