Enter the void
Enter the void- PAYS :Italie, Allemagne, France
- ANNÉE DE PRODUCTION :2009
- DATE DE SORTIE :05 mai 2010
- GENRE :Drame
- DURÉE :150 MIN
- REALISATEUR : Gaspar Noé
- ACTEURS :Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Olly Alexander, Sara Stockbridge, Marina Stone
- DISTRIBUTEUR :Wild Bunch Distribution
- BUDGET : 13 millions d'euros
- Format de tournage : 35 mm
- Ratio d'image : 2.35
- Couleur
- Site officiel
Alors, le dernier Noé ? Plus choquant qu'Irréversible ou
pas ? Y
a du sexe cette fois ? Des bras retournés ? Des plans séquences ? Des
cartons avec des messages ? Alors, c'est pire ou pas pire ? Hein ? Stop.
Gaspar
Noé est un provocateur, c'est indéniable, mais dans le bon sens du
terme : dans chacun de ses films, il a tenté de confronter le spectateur
à ses pires angoisses et aux travers les plus sordides de l'espèce
humaine et particulièrement masculine. Et tant pis si cela
s'accompagnait de dispositifs que l'on pouvait juger trop artificiels,
voués à inclure dans les films leur propre système d'auto-promotion, du "Attention,
compte à rebours sordide" au "Attention, viol en temps réel
dans un tunnel". Enter the void vient à la fois
s'inscrire
dans la directe continuité des premiers films du cinéaste et marquer
chez lui une révolution de poche où la radicalité ne va crescendo que
pour se mettre au service d'un univers et d'un esprit. Esprit, le mot
convient parfaitement à la trame absolument inédite de cette oeuvre
d'une splendeur plastique inégalée, dont la construction dramatique en
trois parties permet à Noé de donner libre cours à ses étranges pulsions
filmiques. Ce type est un génie, un grand malade, peut-être les deux :
comme ses films précédents, Enter the void brille car
s'y
côtoient sans arrêt l'extrême rigueur du metteur en scène et la folie
furieuse de l'auteur. C'est un film de schizophrène qui tisse peu à peu
sa toile, ne cesse de prendre de l'ampleur, entre dans le crâne et ne le
quitte plus.
Trois parties, donc, que précède le générique le plus
démentiel de l'histoire. La première suit Oscar, jeune dealer installé à
Tokyo avec sa soeur, en caméra subjective. Au gré de longs
plans-séquences, Noé entame son exploration de la capitale nipponne et
développe un dispositif tout sauf factice. Le procédé permettra
notamment d'épouser la perception du jeune héros lorsqu'il fume une
quelconque drogue dure. Visuellement, le choc a déjà commencé : plus
encore que la composition des plans, c'est la lumière qui sidère. Le
cinéaste intègre néons clignotants aux couleurs changeantes dans sa
réflexion filmique, pour un défilé de sensations qui laisse pantois.
Mais
Oscar meurt, ce n'est un secret pour personne, et voilà que le film
évolue considérablement. Bien que son âme se soit détachée de son corps,
Oscar ne prend pas réellement ses distances avec le monde des vivants
puisqu'il opère, par une série de flashbacks s'apparentant plutôt à des
réminiscences désordonnées, un retour sur quelques évènements-clés de sa
vie. Un accident de voiture. Une promesse. Une conversation. Une
enfance. Cette fois, la caméra se place juste derrière la nuque d'Oscar,
comme si son esprit le surveillait de très près, pour offrir un regard
allant au-delà de la simple subjection : ces séquences créent le trouble
en jouant sur le décalage entre le point de vue de l'esprit d'Oscar et
celui de son corps. On ne verra l'acteur que de dos, ou presque, mais le
film est loin de nous laisser en dehors de toute émotion. C'est comme
si la caméra subjective avait été inventée pour Gaspar Noé, comme s'il
était le seul capable de faire réellement pénétrer l'oeil et l'esprit du
spectateur à l'intérieur de ceux du héros. La beauté de cet exploit
formel, c'est qu'il permet à Noé de lâcher un peu de lest et de ne pas
en rajouter là où, par exemple, il aurait habituellement enchaîné
quelques scènes choc pour camper la relation forcément incestueuse entre
Oscar et sa soeur Linda. Lorsqu'un cinéaste aussi premier degré - ce
qui, ici, est presque un compliment - découvre la suggestion, c'est
absolument bouleversant.
Dans sa troisième partie, le film choisit de
déambuler avec l'esprit d'Oscar dans ce Tokyo nocturne où évoluent sans
lui les quelques proches qu'il a laissés. La ville toute entière
continue à vivre comme si de rien n'était, et le voici qui profite de
son statut de spectre pour jouer les passe-muraille, explorer cette
ville incroyable et s'intéresser au destin de Linda et quelques autres.
Au niveau du point de vue, le film s'enrichit d'une nouvelle dimension
en utilisant la possibilité qu'a Oscar d'entrer dans la tête de
n'importe quelle personne afin d'épouser son regard , un instant ou
davantage. Le tout se terminera - ou presque - dans un Love Hotel où
chaque pièce s'apparente à une sorte d'arène, toujours différente de la
précédente, dans une frénésie visuelle à la fois plus accessible mais
plus perturbante que celle d'Irréversible ou Seul
contre
tous.
On peut légitimement rester à côté de cette entreprise
faramineuse qui permet à Gaspar Noé de se débarrasser de son étiquette
de simple provocateur pour lui offrir définitivement une casquette de
grand cinéaste expérimental. Enter the void est une
sacrée
expérience, de celles qui laissent le souffle court et vous condamnent
au silence et à l'introspection pendant de longues minutes. De par son
exigence absolue et son rythme quasiment parfait, le film épuise, comme
le ferait une nuit de sexe débridé ou de discussions passionnées. Si
dans Irréversible le temps détruisait tout, il semblerait
qu'ici il n'existe plus, que la mort ne soit qu'une étape de
l'existence, un second départ plus intéressant que ce qui précède.
Hanté
par les fantômes de 2001 - le monolithe n'est jamais
loin -,
Noé a réussi un grand film tragique et sensoriel qui devrait bien
vieillir et se révéler année après année.
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LA COMMUNAUTE
CLIQUEZ ICI POUR REAGIR!| 08/12/2010 16:02 par FinnegansWake Ah oui, je l’ai vu aussi et…. http://media.fukung.net/images/4790/7921.gif
LIRE LA SUITE | |
| 05/12/2010 11:26 par tenia Vous avez une bonne installation sonore ?
Je ne suis pas à plaindre de ce côté là .
Parce que ce film s’écoute avant tout. Tellement d’émotions passent par le son, qu’Enter The Void ne se voit qu’avec une installation sonore de fou furieux (pour en profiter au mieux, bien sûr).
C’est ce que [...] LIRE LA SUITE | |
| 05/12/2010 09:45 par Julien Foussereau Vous avez une bonne installation sonore ?
Je ne suis pas à plaindre de ce côté là .
Parce que ce film s’écoute avant tout. Tellement d’émotions passent par le son, qu’Enter The Void ne se voit qu’avec une installation sonore de fou furieux (pour en profiter au mieux, bien sûr).
C’est ce que [...] LIRE LA SUITE |
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