Yohkiro, le royaume des geishas

Yokiro, Japon, 1983

Yohkiro, le royaume des geishas
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Critique

Francis MouryFrancis Moury 05 avr. 2008 Star Rating 8

Yohkiro / Le Royaume des geishas (1983) est, des trois adaptations filmées par Gosha à partir des oeuvres littéraires de la romancière Tomiko Miyao, celle qui est la plus belle esthétiquement et qui est peut-être la plus secrète et la plus inattendue pour un Occidental. Il fut d'ailleurs sélectionné au Festival du Film d'art japonais de 1983.

 

On peut ici, de toute évidence, évoquer à nouveau l'influence de Mizoguchi, inconsciente ou consciente. Qu'on songe à La Rue de la honte (Akasen chitai, 1956) concernant les prostituées, à Les Musiciens de Gion (Gion bayashi, 1953) ou à Les Soeurs de Gion (Gion no shimai, 1936) concernant les geishas. Ce film de Gosha a l'originalité de traiter simultanément des deux univers, en parallèle, même si l'héroïne principale est une geisha, et même si l'univers des geishas est plus soigneusement dépeint que celui des prostituées. Outre deux séquences violentes – et à l'érotisme pervers : le « catfighting », les « sumo-geisha » sont des genres érotiques au Japon, il suffit d'avoir vu les hommages video de TKO Nakano au cinéma-bis japonais pour en être convaincu - de combat féminin entre une prostituée et une geisha et entre une prostituée et sa maîtresse – on trouve quelques autres combats féminins dans l'oeuvre de Gosha, par exemple dans Femmes de yakuzas entre deux soeurs : la direction d'acteurs et le montage sont étonnants de vigueur – et les scènes « historiques » ou « policières » classiques et attendues mais très bien mises en scène, c'est à nouveau le personnage masculin principal très étonnant joué par l'acteur Ken Ogata qui retient l'attention.

 

Toute la charge névrotique objective des personnages féminins semble l'investir en profondeur, l'inonder et le miner intérieurement progressivement. Il symbolise, par un curieux effet dialectique, le malaise féminin qui l'environne, puis le submerge. Ni sa fille ni sa maîtresse ne peuvent d'ailleurs le sauver de son destin. Ogata matérialise une étrange pulsion de mort, en dépit de la charge positive « honorable » qui lui est conférée par le scénario. Ici la Toei et Gosha fusionnent d'une manière qui dépasse le mélodrame pour retrouver parfois – Gosha n'a pas le même tempérament ni la même syntaxe - la vigueur et la virulence audacieuse des grandes productions Toei filmées par Kinji Fukasaku dix ans plus tôt.

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