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Hitokiri : le châtiment
Critique
Tourné peu de temps après Goyokin (1969), on peut considérer Hitokiri de trois manières au sein de la filmographie de Gosha.
Historiquement Hitokiri est un produit de sa collaboration avec les studios Daiei de Kyoto et signe l'achèvement de sa première période presque quasi-exclusivement vouée au genre historique mais majoritairement tournée à Tokyo ; Notons à nouveau que Gosha est l'exemple même d'un cinéaste un peu abusivement identifié à un genre unique : son ultime film Femme dans un enfer d'huile, tourné en 1992, y appartient certes aussi et en est un fleuron réputé au Japon. Mais il n'est pas que cela et ce serait une erreur de l'y réduire. Il ne faut pas commettre à propos de Gosha l'erreur de perspective habituelle française. Gosha a aimé le « jidai geki » et le « chambara » mais n'a pas tourné que des « jidai geki » ni que des « chambara ». Et son meilleur film, Portrait d'un criminel, n'est ni l'un ni l'autre.
Esthétiquement, Hitokiri contient des éléments parasites du pur genre historique : touches fantastiques (nécrosadisme du cadavre exposé publiquement, images mentales filmées en rouge monochrome durant quelques secondes, violence graphique anti-classique des combats), accentuation « ero-guro » à la Teruo Ishii (les rapports érotiques du tueur avec la prostituée qui est aussi, en fin de compte, une femme fatale illustrent le « ero », le supplice final appliqué à Izo évoque immédiatement les supplices filmés par Ishii dans Femmes criminelles sorti peu de temps auparavant au Japon, et il illustre le « guro »), dimension politique critique typique des années 1965-1970 (le personnage d'esthète ivre de pouvoir incarné par Nakadaï demeure étonnant, le Tanaka incarné par Mishima l'est également bien que dans un tout autre registre) mais aussi dimension absolutiste : le sacrifice de l'individu à l'Empereur est finalement très consciemment exalté.
Thématiquement, quelque chose de plus secret et pervers s'insinue dans Hitokiri à mesure qu'il progresse : l'idée d'une liberté absolue désireuse d'abolir toute contrainte contingente confinant à une folie dont les conséquences sont inévitablement criminelles ou suicidaires. Évolution surprenante pour cette classique histoire de lutte d'influence entre shoguns sur fond d'émergence politique impériale qui était exactement la trame de l'esthétisant Assassinat (1964) de Masahiro Shinoda aussi tourné à Kyoto. Rien que cette comparaison entre deux films aussi différents prouve à quel point le « jidai-geki » peut, à cette époque, être une matrice régulièrement et authentiquement expérimentale. On peut ainsi considérer que le personnage central primitif, incarné par Shintaro Katsu, ébauche déjà le type du héros goshien ambivalent si original qui aboutira à son génial Portrait d'un criminel.
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