Bienvenue stranger!
Les enchères
Les jeux
Critique
Ainsi donc, Eyes wide shut restera à jamais le dernier film de Stanley Kubrick, mais également celui dont le tournage aura été le plus long (près de deux ans). Précédé d'un milliard de rumeurs plus ou moins glorieuses (notamment celle faisant état du licenciement de Harvey Keitel pour éjaculation dans les cheveux de Nicole Kidman), Eyes wide shut est d'abord un grand film, aussi indéfinissable que peut l'être un film de Kubrick.
Ni film d'amour, ni film érotique, ni autre chose : Eyes wide shut est, en toute modestie, le récit condensé de
la vie quotidienne de l'humanité. Non pas que l'aventure nocturne du docteur
Bill Harford soit des plus banales ; simplement, sur quelques jours, Kubrick
montre comment naissent et perdurent des sentiments universels comme la
jalousie, la curiosité, l'envie, la luxure... c'est-à-dire en fait les sept
péchés capitaux, auxquels on ajoute quelques sentiments dérivés.
Étape par étape, petit bout de scène par petit bout de scène, Kubrick décrypte
la vie d'un couple quasi ordinaire, aux désirs troubles et aux rêves déchus,
qui va vivre une crise à distance pendant quelques jours. Bien que visiblement
fragmenté, il faut voir Eyes wide
shut comme un grand tout : au chevet d'une mourante, dans l'échoppe
d'un loueur de costumes ou dans une boîte de jazz, Bill Harford cherche
simplement le sens de sa vie, et si l'on ne voit pas sa femme Alice pendant
tout ce périple, on devine que de son côté, elle effectue un voyage immobile
aussi perturbant.
Il avait visité l'espace, le Vietnam et d'autres contrées tout aussi
inconfortables ; c'est finalement dans la chaleur d'un foyer new-yorkais que
Kubrick trouve la parfaite définition du chaos ; ne s'y trompant pas, il a
décuplé la puissance de sa mise en scène, plus discrète mais aussi plus redoutable
que jamais. La conclusion laconique du film, qui va bien au-delà de sa dernière
réplique, c'est que seul le sexe peut nous sauver. D'où problème,
puisqu'il vient tout juste de montrer que c'est justement le sexe qui nous fout
dans la panade. Jusqu'à la fin de sa vie, ce cher Stanley aura été un sacré
emmerdeur de talent.


