Batman, le défi

Batman returns




22 nov. 2005 Par Julien Foussereau Star Rating 10

 

Trois ans après le monumental succès de Batman,Tim Burton s'attèle à la réalisation de ce deuxième volet. Entre temps, le succès critique et public d'Edward aux mains d'argent lui a permis d'asseoir son statut d'auteur "bankable". Batman, le défi est un conte sombre et cruel 100% Burtonien dissimulé derrière une adaptation du comics de Bob Kane. Comme pour le premier opus, l'affiche du film est riche en informations.Trois visages masqués nous regardent : ceux de Batman, Catwoman et du Pingouin, mis sur un même plan, au delà du clivage bon contre méchants. Cette disposition annonce une ambiguïté voulue par Burton. Libéré des compromis du premier épisode, le réalisateur s'aventure davantage dans les entrailles malades de Gotham pour approfondir la dimension humaine et tragique de laissés pour compte devenus méchants. Il livre un portrait d'âmes damnées voulant retrouver leur dignité et leur salut par la vengeance.


Ainsi la magistrale scène d'ouverture révèle le funeste destin d'Oswald Cobblepot, enfant de la haute société, que ses parents ont abandonné, effrayés par sa difformité. Difficile ne pas voir dans ce berceau dérivant dans les égouts le chemin inverse de l'American Dream voire une relecture perverse de Moïse. Le spectateur ne peut s'empêcher d'éprouver un mélange de dégoût et de compassion pour le Pingouin, personnage digne d'un roman de Dickens. Dégoût car sa haine de soi mêlée à sa soif de vengeance, son animalité, sa frustration en font quelqu'un d'effroyable ; compassion pour sa quête d'identité et soi, son besoin de savoir pourquoi il a fini dans les ordures quand d'autres ont eu la belle vie.


Selina Kyle alias Catwoman n'est pas pour autant sacrifiée. Il était déjà problématique de la situer dans le matériau d'origine : Maîtresse ou Némesis ? Elle intriguait déjà mais dans Batman le défi, Burton la dote d'un fascinant sens du tragique et offre certainement là à Michelle Pfeiffer son plus beau rôle. La comédienne émerveille en tablant sur deux registres : celui de Selina, ambitieuse mais fragile secrétaire du malfaisant Max Schreck (nom de l'acteur qui jouait Nosferatu dans le film de Murnau) et celui de son alter ego félin aussi sexy et combatif, que dangereux et impulsif. La naissance de sa face sombre impressionne par son caractère mystérieux voire ensorcelant, débouchant sur le saccage cathartique de son appartement. Car ce qui bouleverse chez Catwoman est moins sa revanche contre la gent masculine qui n'a eu de cesse de la dominer, mépriser puis assassiner que son conflit intérieur entre ce qu'elle était et ce qu'elle est devenue : deux voies sans issue. Lorsqu'elle demande à Batman de l'aider à trouver "la femme derrière le chat", il s'agit à la fois d'un défi et d'une supplication. Son esprit n'est que paranoïa, peur et mal-être.


Bruce Wayne est également un personnage névrosé. On le découvre dans sa bibliothèque seul avec ses idées noires, attendant inconsciemment que l'arrivée d'un nouveau psychopathe le fasse sortir de son manoir. Keaton approfondit ici sa maîtrise du personnage, lorgnant plus vers la violence sèchedu Dark Knight, exprimant une mélancolie dans le regard, face à Selina. Batman, le défi est pour lui l'épisode d'une double prise de conscience, celle de sa face sombre d'abord : quand le Pingouin l'accuse d'être jaloux parce que pour être un monstre, il doit porter un masque, Bruce ne dément rien, la deuxième est l'issue possible avec Selina, rapidement avortée. La scène du bal masqué, où Bruce et Selina découvrent leur secret respectif est à cet égard un moment d'anthologie. Avec une incroyable délicatesse, Keaton et Pfeiffer parviennent à nous toucher en faisant ressurgir les émotions cachées de leurs personnages. Le tour de force de Burton est d'avoir su retranscrire le fatalisme inhérent à tout comic book, sur ces deux visages. La magie de cette scène résume l'intégralité de Batman, le défi : malgré la corruption des mœurs, la perte des valeurs, il y a une volonté chez ces personnages de s'accrocher au peu d'innocence qui leur reste. La mise en scène de Burton lie ces personnages en faisant de Gotham un théâtre spectaculairement ténébreux. Jamais le gothique flamboyant n'aura aussi bien été mis en scène dans la filmographie du réalisateur.


Burton filme une cité malade, une nouvelle Babylone où amour et bonheur sont contradictoires, où un homme chauve-souris et une femme chat ne peuvent s'aimer que derrière des masques tout en jouant à se faire mal ; quand un être difforme en quête de normalité ne trouve la paix que dans un enterrement de première classe avec ses amis à sang froid, les seuls qui ont jamais voulu de lui. Batman, le défi est certainement le plus grand film de super-héros tant la fusion Kane/ Burton est totale. De par ses différents niveaux de lecture où le désespoir total s'entremêle avec des réflexions sur la normalité, le sexe, la mort et une fable sociale féroce, Batman, le défi est le plus grand film de Burton et assurément un chef d'oeuvre dans l'histoire du cinéma.



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mag3sty21/08/2010 10:26 par mag3sty

Alala ! c’est toujours un plaisir de voir et revoir ces films :) LIRE LA SUITE
Stéphane Argentin07/08/2010 00:35 par Stéphane Argentin

Par contre, va falloir que j’investisse dans le blouré, mon DVD datant de Mathusalem pêchant sérieusement dans la définition… :babel: Et je te le recommande chaudement car il s’agit du blouré le plus réussi des 4 Batman de la décennie 1990, cf. mon dossier confectionné avec amour :D LIRE LA SUITE
oxo07/08/2010 00:09 par oxo

Je l’ai fait découvrir à madame ce soir. Ça faisait un bail que je ne l’avais pas vu. C’est toujours aussi immense. Du cinéma comme on en fait plus. Du Burton comme il n’en fait plus. Par contre, va falloir que j’investisse dans le blouré, mon DVD datant de Mathusalem pêchant [...] LIRE LA SUITE

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