Munich

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05 jan. 2006 Par La Rédaction Star Rating 8

 

Avec la tonitruante Guerre des Mondes, le papa d'E.T prouvait il y a quelques mois qu'il n'avait rien perdu de son savoir faire technique... quitte à y laisser des plumes scénaristiques. Les inconditionnels de Spielberg l'intime, l'engagé, l'historien, trouveront avec Munich le plus beau lot de consolation dont ils pouvaient rêver.

Ancré juste après les attentats des JO de 1972, Munich extrapole, d'après un roman de George Jonas, une théorie de vengeance répondant à l'évènement qui avait secoué le monde entier. Cette vengeance, c'est celle du Mossad contre les commanditaires palestiniens de l'enlèvement et du massacre. L'occasion pour le maître incontesté d'Hollywood de revenir sur ses thèmes de prédilection (l'identité juive, la famille, la Shoah, la transmission...) via une structure scénaristique très appréciée et souvent utilisée par le réalisateur qui, après Amistad, Il faut sauver le soldat Ryan ou La Liste de Schindler, fait une fois de plus s'entrecroiser avec brio petite et Grande Histoire.

La petite histoire, c'est celle du leader quasi-improvisé du groupe de « vengeurs » et de ses acolytes. Loin du cliché de l'activiste forcené, de la brute barbare ou de la victime consentante, Eric Bana interprète avant tout un homme vrai et droit dont la foi, la raison et les convictions seront ébranlées par une mission dont la légitimité est aussi facilement vérifiable que dézinguable. L'acteur trouve d'ailleurs ici le parfait vecteur de son talent, jusque-là sous exploité dans des films bodybuildés (Hulk, Troie). À la fois fragile et fort, confiant et douteux, amoureux et distant, son personnage de survivant est un des plus beaux et torturés que Spielberg ait jamais filmé. Une complexité dont les stigmates ressortent dans une scène d'amour physique aussi paradoxale que possible. Là où la femme d'Avner n'est qu'abandon et générosité, lui est magnifiquement déchiré entre l'amour qu'il éprouve pour son épouse et les fantômes qui le hantent et éveillent sa culpabilité et sa paranoïa. Habité par la fragilité de Robert (Mathieu Kassovitz), la détermination de Steve (Daniel Craig), le professionnalisme de Carl (Ciarán Hinds) et la sagesse de Hans (Hanns Zischler), Avner est ainsi le bouleversant catalyseur des émotions d'un groupe d'hommes tiraillés entre leur supposé devoir citoyen et leur morale personnelle.

Les catégoriques reprocheront sans doute à Spielberg d'avoir fait de son héros un être trop fragile et de ne pas avoir oser le parti pris. Mais avec un tel sujet, la polémique était de toute façon inévitable. S'afficher en faveur d'un bord ou d'un autre lui aurait valu tout autant de critiques. Mais être metteur en scène revient à faire des choix et Spielberg a fait celui de la nuance et de l'impartialité. Que l'on approuve ou non, l'absence de parti pris en est déjà un. Subtile, sa réflexion politique laisse ici place au libre-arbitre. D'une scène à l'autre, le point de vue change, à l'image d'une séquence entre Avner, l'Israélien, et son homologue palestinien pacifiquement rencontré dans une planque. Quel que soit l'angle adopté par Spielberg, sa conclusion reste la même : aussi extrêmes soient leurs actes et leurs revendications, les deux peuples ne sont que les victimes innocentes et les pantins d'un système politique et économique qui leur est étranger. La situation décrite fait d'ailleurs directement écho à l'actualité là où les précédents films historiques de Spielberg évoquaient des problèmes passés. C'est d'ailleurs en cette lecture très contemporaine que réside l'atout principal du film.

Mais Spielberg reste aussi un faiseur de divertissement qui ne trahit pas sa réputation en la matière. Munich reste un thriller qui manie très habilement le suspense. Chaque exécution est ainsi minutieusement orchestrée et mise en scène avec une grande efficacité, et ce malgré un académisme un peu regrettable. Mais les arguments du film ne sont de toute façon ni l'action, ni l'exercice de style. Munich est surtout et avant tout une habile exploration dans l'inconscient d'hommes prisonniers de leur éthique et de leur patriotisme.

Marilyne Letertre.



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