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Critique
Spider-Man 3 est un schisme à plusieurs niveaux. Déjà notre araignée préférée était partagée entre sa vie de super-héros populaire (les bisous à l’envers, les vieilles dames à sauver…) et son existence de gentil geek maladroit, mais la schizophrénie se complique davantage en l’incarnation de Venom, la Némésis de Spider-Man, dont Peter Parker souffre (et profite) aussi. Et ainsi il en va de tous les personnages du film, tiraillés entre le bien et le mal, entre l’amour et la revanche. L’avis du critique hésite alors entre une objectivité parfois outrée par l’énormité de ce qui est nous proposé et la réaction du môme un soir de Noël devant ses cadeaux et qui se dit « Ouaaaaiisss ! Spider-Man !! ».
Spider-Man 3, c’est un peu comme un bon film du samedi soir, c’est une histoire taillée dans le marbre et ça ne s’embarrasse d’aucune audace inutile. L’aimera-t-elle pour toujours ? Se vengera-t-il ? Pourquoi Venom est-il aussi méchant ? Va-t-il la sauver ? Tout est prévisible, familier et confortable pour toute la famille. Sam Raimi ne s’en cache jamais et sait préserver la fidélité du matériau d’origine. La météorite transportant Venom tombe tout pile poil juste à côté du vélomoteur de Peter Parker ; Flint Marko (le futur Homme-Sable) s’enfuit précisément sur le terrain d’un accélérateur de particules à ciel ouvert (pourtant il y avait des panneaux…). Tout esprit critique se retrouve confronté face à ses limites : c’est cousu de fil blanc et pourtant, c’est Spider-Man, qui réalise les plus aberrantes cascades de l’histoire des CGI. Difficile alors d’être à la fois raisonnable et enthousiaste, surtout que lorsqu’il s’agit de donner corps à des cases de Comics, Raimi est sans égal. Mieux, bien plus que dans Sin City ou dans 300, il manie la troisième dimension en délivrant des scènes d’action vertigineuses, jusqu’à l’épuisement de la rétine.
Ce mélange de guimauve et de
scènes outrancières devient au final attendrissant et permet de partager les
émotions simples de cet univers intemporel. Encore plus qu’avec le second opus,
les cyniques auront matière à tirer à boulets rouges. Mais malgré la prestance
des confrontations, il demeure un paradoxal sentiment de trop peu. Sam Raimi ne
cesse de privilégier la caractérisation au détriment du spectaculaire.
L’équilibre est fragile, et si l’œuvre est généreuse au niveau du délire visuel
réjouissant, elle pourra désarçonner par ses errances rythmiques. Cette
imperfection la rend d’autant plus attachante, mais confirme qu’il ne s’agit
pas d’un accomplissement. Le réalisateur parvient à nouveau à conclure sur un
élan de romantisme intimiste tout en nous faisant déjà rêver de la suite. Le
temps passe, les ennemis trépassent, le fade Peter Parker mûrit pour les beaux
yeux de Mary Jane, et tant que Sam Raimi relève ainsi ses paris, Spider-Man
tissera sa toile cinématographique avec un brio qui finit toujours par nous
conquérir. Go get ‘em Spider !
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