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Critique
À l'annonce du petit nom de Brett Ratner pour remplacer un Bryan Singer tête en l'air (Est-ce un oiseau ? Un avion ?) aux commandes du troisième opus des X-Men, la révolte a grondé au sein des fans de la série, adaptation cinématographique comme comics original. Librairies spécialisées saccagées, manifestants déguisés battant le pavé devant la Fox, forums Internet piratés, les pontes de Los Angeles allaient comprendre qu'un tel monument de la pop culture américaine, et même mondiale, ne se met pas entre les mains de n'importe qui. Surtout que Brett Ratner n'est pas n'importe qui, il a un lourd passif de « yes-man » avec les comédies Rush hour et Coup d'éclat, et de tâcheron avec Family man et Dragon rouge.
Il serait presque plus décent de passer sous silence qu'il a été un temps envisagé pour diriger le nouveau Superman, si un jeu de chaises musicales très hollywoodien ne lui avait permis de récupérer le nouvel, et dernier, épisode de la saga X-Men. Pourtant, à la vue des premières images de la article-details_c-trailers, impressionnantes, les mauvaises langues se taisent, les esprits s'apaisent, et chez certains, l'espoir renaît. Un doute pourtant, une idée folle, se pourrait-il que cet affrontement final se révèle aussi bien que l'uvre de Bryan Singer, voire pire
meilleur ? La crise de conscience serait alors sévère, et notre conception d'un cinéma de passions et de passionnées remise douloureusement en cause. Mais le constat est là, libérateur : le cinéma est sain et sauf !
L'action de X-Men 3 reprend chronologiquement après la mort de Jean Grey et cette ombre sous la surface du lac, source des rêves les plus fous mais débute par un double flash-back (20 et 10 ans plus tôt) en demi-teinte. Marque de fabrique de la série, le prologue fait pâle figure en comparaison de la porte d'un camp de concentration arrachée par Magneto dans le premier X-Men ou le ballet endiablé de
Diablo dans sa suite ! Toujours est-il que toutes les intrigues de ce dernier chapitre sont lancées (la résurrection du Phénix, l'apparition d'Angel, le vaccin, les triangles amoureux, la politique gouvernementale
) et surtout doivent trouver une résolution en moins d'une heure et 45 minutes. Soit à l'écran un joyeux bordel narratif, et cette désagréable et persistante impression que rien n'est vraiment important. Les enjeux ont beau être soi-disant primordiaux et définitifs, les têtes peuvent tomber dans les deux camps, le film continue de jouer sa petite musique platement, rate parfois un (r)accord et ne touche jamais à cette ampleur propre aux super-héros. Ce qui sur le papier et concernant certains personnages s'avéraient comme des choix osés, se révèlent à l'écran terriblement anecdotiques, et même pire, non assumés et donc opportunistes pour ceux qui resteront après le générique de fin.
Ainsi, aucun des mutants n'existe à part entière, surtout pas les nouveaux venus, et encore moins Angel, qui malgré son rôle clé n'est présent qu'une poignée de plans et n'enfile jamais le costume de X-Men comme le vend l'affiche. À part Halle Berry, qui par l'opération du Saint Oscar se retrouve propulsée tête d'affiche et à claques au passage , les acteurs et leurs personnages sont réduits à des apparitions (Cyclope, Mystique, Malicia) ou des caricatures (Wolverine, le Fléau). Par moments, le film ressemble à s'y méprendre à une parade de monstres de foire, avec pour seul ludisme, celui qui aura le pouvoir le plus cool. De quoi laisser le champ libre à Brett Ratner pour placer nombre de blagues pas drôles en lieu et place de vrais dialogues. Un brave gars donc, sauf qu'au détour de son récit éclaté et laborieux, il réussit à placer un discours douteux sur le statut de mutant. En effet, partis faire du camping en forêt, les méchants mutants de Magneto se révèlent être des latinos, blacks, punks, vieillards adeptes du cuir, des piercings et autres cheveux longs. Ni vu ni connu, il contredit alors littéralement le propos original une parabole sur la tolérance de Bryan Singer.
Après deux films d'exposition (dont peut-être un de trop), le spectateur était en droit d'attendre de cet « affrontement final » promis par le titre de l'action pure, des batailles rangées ou même un numéro classique mais efficace de pyrotechnie. Or, à part faire voler les objets (d'une tasse au Golden Gate Bridge), Brett Ratner confirme qu'il ne suffit pas de poser la caméra où il se passe quelque chose pour faire un film. Cette absence flagrante de projet de mise en scène sur la longueur aboutit à évacuer toute tension des combats, des confrontations et même des personnages. Au final, X-Men 3 est la confirmation éclatante qu'un film, aussi divertissant et spectaculaire doit-il être, a besoin d'un auteur. Au fait, Superman returns sort le 12 juillet.
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