JCVD

JCVD, France, Belgique, Luxembourg, 2008

JCVD
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Critique

25012501 05 juin. 2008 Star Rating 7
Pour son deuxième film, Mabrouk El Mechri relève un pari audacieux : mélanger fiction et portrait d'une star de cinéma. Mais pas n'importe laquelle, une de celle dont le parcours et les contradictions valent le détour, provoquant moqueries et admiration à la fois. Même si pour une majorité Jean-Claude Van Damme penche aujourd’hui plutôt du côté des premières, avec la médiatisation à outrance de ses fameux (grands) écarts pseudo-philosophiques en franglais.

JCVD prend la forme d'un film de braquage, avec comme référence évidente Un après-midi de chien, et par extension tout le cinéma de genre des années 70. Comme dans le déjà très réussi Virgil, le film respire cette période à travers une photographie crépusculaire, et une bande-son très typée (peut-être trop). Le mélange avec la belgitude ambiante est cependant suffisamment savoureux pour créer un beau décalage qui reflète formellement les différentes facettes d'un film autant drame intimiste que comédie. Mais jamais film d'action, à l'exception d'un sympathique plan-séquence d'ouverture présentant le héros dans son milieu naturel.

On se retrouve donc vite avec Jean-Claude Van Varenberg, acteur au point mort, homme brisé par la drogue et la perte récente de la garde de sa fille, en pèlerinage dans sa Belgique natale. Le casse d’une Poste dans lequel il va être impliqué passera de quiproquo loufoque à l’introspection de l’acteur, poussée à son paroxysme dans une confession face caméra de plus de 5 minutes. Séquence couillue s’il en est, car la réception du public sera à l’aune de l’attachement qu’il porte à l’acteur. Un acteur qui se livre pleinement, en ayant toutefois bien conscience qu’il peut là marquer les esprits autrement que par des coups de savates.
Et c’est réussi, puisqu’il se montre convaincant et touchant, comme ouvert à l’autodérision, sans en faire trop, le scénario (et ses propres improvisations ?) jouant habilement sur ses tics de langage.

L’ennui principal du film vient de sa construction en points de vue multiples maintenant un suspense inutile pendant sa première moitié, et retardant d’autant la mise en route de l’action. Cette exposition trop longue, bien que brillante comme le reste dans son interprétation et ses dialogues, menace le film d’un surplace fatal. Mais JCVD a un concept suffisamment risqué et porteur pour tenir la longueur sur le regard porté sur Van Damme et ses scènes comiques basées sur la connivence factice avec la vedette, de l’échange dans le taxi au braqueur fanboy (impeccable Karim Belkhadra).

Bien sûr El Mechri parsème son film de références à la carrière de l’acteur, on y sent un amour sincère pour une idole d’enfance, peut-être même un peu trop pesant par endroits, empêchant l’incarnation de l’intrigue. Néanmoins le résultat n’ennuie jamais, surprend même par le jusqu’au-boutisme et la radicalité de son concept, inhabituel dans un cinéma français conformiste et consensuel, replié sur ses formules étriquées de téléfilm. Petit péché d’ambition donc largement pardonné. JCVD n’évite pas les maladresses, essentiellement dans un portrait trop appuyé qui aurait dû être enrichi par une partie polar plus maîtrisée. Mais l’expérience est louable et dénote une fois de plus du talent (à affiner) de Mabrouk El Mechri. Si Van Damme sort grandi de ce rôle de loser magnifique, un film aussi singulier aura toutefois du mal à trouver un public conséquent.

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