Doom

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13 oct. 2005 Par Stéphane Argentin Star Rating 5

De mémoire, quelles sont à ce jour les adaptations réussies de jeu vidéo au cinéma ? Aucune, ou presque ! Plate-forme (Tomb raider, Mario Bros), beat'em all (Street fighter, Double dragon, Mortal kombat), sans parler des inédits dans nos salles qui ont sans doute aussi bien fait de le rester (House of the dead, Alone in the dark : merci Uwe Boll, on attend avec impatience Bloodrayne !), aucun titre n'est bon à sauver. Seule maigre consolation du lot : Resident evil qui, dans la catégorie des « moins mauvais », s'en tire avec la mention « encouragements » (le premier et non le Apocalypse, faut pas déconner non plus !). Seul léger bémol du film : une ambiance bien moins flippante que celle du jeu et un graphisme passablement édulcoré.

Soit précisément tout le contraire de Doom qui, sans pour autant être qualifiable de « réussite », s'en sort là aussi avec les honneurs grâce à un traitement qui ne s'embarrasse nullement de fioritures. À sa décharge, la catégorie du jeu d'origine – le FPS pour First Person Shot, soit un jeu de tir en vue subjective – n'est pas franchement réputée pour faire dans la dentelle non plus et encore moins dans l'épaisseur scénaristique, à quelques rares exceptions près (le prodigieux Medal of honor, premier du nom, sur fond de Seconde Guerre Mondiale).

L'adaptation d'un FPS au cinéma (on attend de voir ce que donnera Halo) a donc tout du projet casse-gueule par excellence puisqu'il perd son essence : le plaisir hautement jouissif (ou bassement hormonal selon le point de vue) de « blaster » tout ce qui se présente à l'écran sans se poser la moindre question (à part celle de savoir quelle arme de destruction massive choisir). Comment faire dans ces conditions pour compenser la perte d'une interactivité aussi bestiale et par ailleurs récursivement pointée du doigt comme un problème majeur de notre très chère société moderne – la violence des jeux vidéo engendre-t-elle celle de notre quotidien ?

« Nous sommes des soldats et on ne nous paient pas pour réfléchir ». Cette remarque, assénée à plusieurs reprises par The Rock (cliquez sur son nom pour accéder à son interview), correspond parfaitement à l'esprit de Doom, le film. En confiant les rênes de cette adaptation à un metteur en scène spécialiste des long-métrages bien bourrins, Andrzej Bartkowiak (Roméo doit mourir, Hors limites, En sursis) et accessoirement directeur photo plutôt doué (Bartkowiak est le chef op attitré de Sidney Lumet depuis plus de 20 ans, excusez du peu !) ce qui, dans le cas présent (un film très « visuel »), a son importance, et en collant au plus près aux grandes lignes du matériau d'origine, Doom procure ainsi son petit effet (toute proportion gardée).

Exit donc le scénar (dans lequel il aurait d'ailleurs été bon de tailler un peu, le spectateur ayant compris bien avant les protagonistes – des militaires rappelons-le tout de même – de quoi il retourne) et bonjour le gore (ça gicle à tout va et dans tous les sens, soit précisément le vrai reproche de Resident evil, bien trop « propre »), les coursives, chiottes (oui, ils ont osé faire une scène dans les chiottes !) et autres égouts puants, créatures bien dégueus (merci Stan Winston, master es trucages animatroniques), armes de points en tout genre et répliques exactes du jeu, notamment le big maousse blaster de la mort, sans oublier, plaisir final ultime, une petite séquence de 3/4 minutes entièrement en vue subjective (et parfaitement intégrée à l'histoire, si si, y'a quand même un semblant d'histoire imprimé sur un timbre poste !) aux extraits déjà visibles dans la article-details_c-trailers et qui va même jusqu'à reprendre l'arme favorite des plus « chainsaw » d'entre les joueurs : la jubilatoire tronçonneuse.

Pourquoi donc ne pas avoir proposé l'intégralité du film ainsi, à savoir à la première personne ? Outre la mise en place logistique et le coût prohibitif (la séquence en question a été supervisée en 3D), peut-être parce que cette solution aurait tout simplement été la plus frustrante de toutes, rappelant sans cesse au joueur qu'il n'occupait plus désormais que la place de simple spectateur. Celle retenue est en revanche plus efficace et colle là encore parfaitement au principe d'un tel jeu : le « search & destroy », soit avancer la peur au ventre et les fesses collées au mur dans des lieux de plus en plus glauques et mal éclairés avant de défourailler à tout va à la moindre silhouette suspecte, le tout au gré d'une musique au tempo alternant stress et bon vieux hard bien beauf.

Bref, comme le dit si bien The Rock : « On n'est pas ici pour se poser de questions ». En appliquant cet adage à la lettre, à savoir reprendre aussi fidèlement que possible tous les meilleurs ingrédients du matériau d'origine et tirer sans sommation, Doom le film procure un certain plaisir, certes pas aussi grand que sa version vidéoludique, mais suffisamment agréable pour éviter de rejoindre la longue liste des adaptations de jeu vidéo raté. De là à refaire une deuxième partie, peut-être pas quand même !



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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