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Critique
Adieu la grisaille londonienne du Rêve de Cassandre, bonjour le soleil ambré et épicé de la Catalogne et de sa capitale Barcelone. On aurait pu craindre a priori comme un relent de retraite dorée pour notre cinéaste dorénavant globe-trotter mais il faut croire qu'en ce qui le concerne les voyages forment décidément la vieillesse.
Il faut voir comment notre Woody Allen décide de filmer la ville « blaugrana » tel un jeune puceau américain en mal de sensations touristiques fortes pour se convaincre qu'il s'agissait là de réaliser un film en forme d'élixir de jouvence. Le pire c'est qu'à l'écran le résultat est plus que probant puisque notre homme évite tous les écueils que son postulat formel impliquait (la vision touristico-américaine de Barcelone) en n'en ratant justement aucun. On a ainsi droit à tous les clichés utilisant pour cela l'arrivée pour l'été de deux étudiantes américaines en « mâle » de sensations fortes. L'une finit sa thèse sur l'identité catalane (sic !) et est fiancée à un jeune homme d'affaire promis à brillant avenir (la cérébrale Vicky / Rebecca Hall), l'autre est une amie d'enfance qui profite de ce voyage impromptu pour essayer d'avancer dans sa quête de l'amour parfait (la toujours aussi pulpeuse Scarlett Johanson / Cristina).
Nous avons donc là les trois protagonistes identifiés par le titre du film auxquels vont s'ajouter l'artiste peintre local (le beau et ténébreux Javier Bardem) et son ex petite amie (extraordinaire Pénélope Cruz en artiste suicidaire) qui vont distiller au film ce surplus d'âme comique. Et le tour de force du film est bien là : être arrivé à faire de cette histoire bourrée de personnages caricaturaux (Barcelone itou bien entendu) aux ressorts dramatiques ultra éculés, une comédie racée, pétillante et somme toute suffisamment intelligente pour provoquer la réflexion qui va bien. De celle qui accompagne tous voyageurs de retour d'expériences forcément marquantes au regard de son quotidien.
Côté spectateur on en ressort avec la banane conscient d'avoir assisté à une énième résurrection du petit d'homme new-yorkais qui l'âge aidant dévoile enfin ses vrais obsessions triviales renvoyant dans les cordes ses personnages après les avoir essorés et en avoir gardés la substantielle moelle : assister au plus sexy des roulements de galoches entre Pénélope et Scarlett. Rien que pour cette scène le film vaut le coup de langue... euuh d'œil pardon !
