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Le Traquenard
Critique
Le Traquenard est le premier long-métrage de Teshigahara (producteur des trois films présentés dans ce coffret : Le Traquenard fut produit avec l’aide financière de son père) et le premier fruit de sa collaboration avec l’écrivain-scénariste Kobo Abe membre du groupe surréaliste japonais « Seiki no kai ».
C’est une comédie fantastique inégale : elle est souvent cruelle, surréaliste au sens le plus bunuelien (celui de la période française finale des années 1970 ici préfigurée), à tendance « rouge » assez nette dans le contexte politique japonais de l’époque. Après tout, le ressort policier de l’intrigue est bien l’idée qu’on – « on » n’étant pas très difficile à identifier - veut tuer des syndicalistes. Mais cet aspect est traité d’une manière un peu trop fantaisiste pour être « politiquement correct » même si l’emploi de certains plans documentaires en guise d’« images mentales » ont une valeur dénonciatrice authentique.
Et si la comédie fantastique fait d’abord rire, ses procédés deviennent un peu lassant à la longue. Cet exercice de style pesant où fantômes et vivants cohabitent sans communiquer, a mal vieilli et manque d’unité interne même s’il fut alors considéré comme prometteur, et l’était en effet. Son intérêt nous semble aujourd’hui surtout historique car le cinéphile teshigaharien peut y dénombrer un certain nombre d’éléments syntaxiques (macro-photographie, montage novateur) et dramaturgiques (présence d’une femme seule et désirable – mais moins que ne le sera la sublime Kyoko Kishida ! - dans un lieu désert, utilisation d’images mentales, thème philosophique de l’identité, combat « social ») annonçant expressément le chef-d’œuvre postérieur de Teshigahara : La Femme des sables.


