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Vieux 25/07/2011, 01h30   #1
La Rédaction
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Date d'inscription: juin 2007
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Par défaut [DVD] Nightfall - Zone 2

Vous pouvez discuter ici du DVD/HD Nightfall.
Cliquez ici pour voir la page complète : http://www.ecranlarge.com/dvd-details-14301.php
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Vieux 25/06/2012, 18h31   #2
Francis Moury
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Date d'inscription: octobre 2004
Messages: 96
Par défaut NIGHTFALL et l'histoire du cinéma

NIGHTFALL offre plusieurs exemples de problèmes d'histoire du cinéma.

D'abord, c'est vrai, son absence d'exploitation cinéma chez nous d'où son absence de VF d'époque : Sandy a raison... je ne peux pas m'en plaindre ! Il n'était visible régulièrement qu'à la C.F. du Palais de Chaillot : lorsque Tourneur est mort le 19 décembre 1977, CINEMA 78 n°230 de février 1978 pp.39-53 lui a rendu hommage en publiant deux articles de Jean Roy et de Dominique Rabourdin suivis de la transcription de son ultime entretien francophone filmé par FR3 en mars 1977. A propos de NIGHTFALL, Jean Roy écrivait : "NIGHTFALL... auquel nous souhaiterions une autre audience que de trop rares passages à la Cinémathèque..." ajoutant que selon lui c'était un des plus films noirs américains. NIGHTFALL n'a été révélé à la télévision (en format recadré plein cadre 1.37 4/3 si ma mémoire est bonne ; le respect du 1.85 et sa compatibilité 16/9 donnent une toute autre stature au film sur le DVD de Wild Side Vidéo : on voit le film en vidéo pour la première fois au format correct !) par le Cinéma de Minuit de Patrick Brion que durant un cycle Jacques Tourneur durant les années 1975-1985 toujours si ma mémoire est bonne. Seuls nos voisins belges ont pu découvrir NIGHTFALL en temps réel en 1957. Du coup le film n'a pas chez nous d'histoire critique, sauf marginale. Une telle situation est souvent préjudiciable au statut historique d'un film.

Ensuite le fait que Garnier ait axé son livret sur son romancier David Goodis davantage que sur son scénariste Stirling Silliphant ou que sur son réalisateur Jacques Tourneur. Le résultat est assurément passionnant, comme à chaque livret de Garnier - très riche d'informations de première main comme le dit bien Sandy - mais en tant qu'admirateur de Tourneur (Jacques, pas son père Maurice, honorable mais inférieur au fils) je suis resté sur ma faim. Il y avait à dire quelques chose sur le sens et la place de NIGHTFALL dans la filmographie de Jacques Tourneur. Il est vrai que c'est davantage Michael Henry qui le dit dans son supplément oral (paraphrasant péniblement son livre et son plus ancien - excellent : l'un des meilleurs parus avec celui de Jean-Marie Sabatier à la même époque) article paru sur Tourneur dans les Dossiers du cinéma, Cinéastes 3 en 1974) et qu'il y a une division sociale du travail qu'on comprend bien : Garnier a pris Goodis+un peu de Silliphant+un peu de Tourneur, Michael Henry a pris Tourneur bio-filmo-théma-esthétique. Reste que...

D'autant que Tourneur lui-même aimait brouiller les pistes : il déclarait à FR3 (transcription in op. cit. supra. p. 51) : "Je n'aime pas beaucoup les complications dans les histoires ; je n'ai jamais fait de films avec des retours en arrière..." alors que OUT OF THE PAST [La Griffe du passé / Pendez-moi haut et court] (USA 1946) et NIGHTFALL (USA 1956) - donc ses deux films noirs les plus connus, hors films noirs à tonalité nettement plus fantastique tels que THE LEOPARD MAN ou EXPERIMENT PERILOUS [Angoisse] et hors CIRCLE OF DANGER [L'Enquête est close]- reposent tout au contraire sur des retours en arrière : dans les deux titres, à plusieurs reprise le présent y est traversé, rompu par le souvenir éclaircissant du passé. Les deux retours en arrière ont d'ailleurs un sens proche à partir de faits diamétralement opposés : Mitchum raconte comment il est tombé amoureux dans un cas, Ray raconte comment il est devenu un fugitif traqué dans l'autre. Du coup Mitchum comme Ray deviennent des êtres en péril dont la vision plastique du monde est définitivement modifiée : ils sont passés d'un monde blanc ou gris à un monde noir. Le destin des deux personnages est cependant diamétralement opposé.

Un point d'accord avec Sandy : c'est un Jacques Tourneur mineur bien que très beau pour l'admirateur de Tourneur qui y retrouve un certain nombre d'éléments typique de sa thématique et de son esthétique, David Goodis ne changeant rien à la donne, Stirling Silliphant non plus. C'est un Tourneur plus "confidential" que "classic" : les Tourneur "classic" sont déjà édités à ma connaissance même si on pourrait imaginer une édition BRD collector de NIGHT OF THE DEMON / CURSE OF THE DEMON [Rendez-vous avec la peur] qui demeure le chef-d'oeuvre de Tourneur en dépit de sa plainte persistante contre la volonté des producteurs anglais de montrer le démon au début du film ou même si on pourrait en imaginer une des trois RKO fantastique (CAT PEOPLE [La Féline], I'VE WALKED WITH A ZOMBIE [Vaudou], L'HOMME LEOPARD) et une de son péplum débuté mais terminé par Mario Bava : LA BATAILLE DE MARATHON sans oublier sa très étonnante et plastiquement si mignonne COMEDY OF TERRORS tourné pour A.I.P. avec Vincent Price, Peter Lorre et Boris Karloff.

Un point de désaccord avec Sandy : le casting, le choix d'Aldo Ray me semble excellent, tout comme à Garnier et celui d'Anne Bancroft aussi. Concernant Aldo Ray, une précision : Garnier laisse croire qu'il a "hardé" dans quelques films X mais il n'a fait que tenir un rôle habillé dans SWEET SAVAGE (1979) - j'avais écrit NAKED SPUR en confondant NAKED SPUR et HOT SPUR et puis de HOT SPUR j'ai mentalement retrouvé SWEET SAVAGE : travail de mémoire pas inintéressant à noter ! - et sa filmographie est évidemment majoritairement constituée de films d'actions puis de téléfilms. Aldo Ray était en 1955-1960 à l'apogée de sa carrière : Raoul Walsh lui donnera l'un des rôles vedettes dans LES NUS ET LES MORTS (1958) où il est extraordinaire après lui avoir donné un autre des rôles vedettes de BATTLE CRY [Le Cri de la victoire] en 1955. Aldo Ray est d'un bloc mais fragile, Anne Bancroft est dédoublée mais solide : ils se complètent tels qu'ils sont dirigés par Tourneur.

Sur le fond de NIGHTFALL et sur sa place dans la filmographie de Tourneur, j'ai du coup écrit aussi un texte mais puisque Sandy s'est chargé de lui pour ECRAN LARGE, le mien paraîtra sur Stalker-Dissection du cadavre de la littérature. Les quelques remarques ci-dessus ne font pas double-emploi avec mon texte à paraître : elles le complètent utilement.
__________________
Francis Moury

Dernière modification par Francis Moury 26/06/2012 à 00h26.
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