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Vieux 17/09/2011, 11h18   #1
La Rédaction
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Par défaut Compliance

Vous pouvez discuter ici du film Compliance.
Cliquez ici pour voir la page complète : http://www.ecranlarge.com/movies-details-31498.php
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Vieux 03/11/2012, 19h51   #2
2501
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Compliance annonce la couleur dès le départ. Un carton « Inspired by true events » envahit l’écran dans un lettrage géant à la Gaspar Noé. Bam. Le coup de poing du réel. Puisque le fait divers prime, en guise d’introduction, une fois n’est pas coutume, place à « l’histoire ».

Lors d’une journée particulièrement chargée, Sandra, gérante d’un fast food d’une banlieue de l’Ohio reçoit l’appel d’un policier accusant l’une de ses employés d’avoir volé un client. Le croyant sur parole, Sandra place Becky sous surveillance, entrant ainsi dans une situation qui va bientôt tous les dépasser.


Ou comment pousser le « canular téléphonique » très très loin (carrément jusqu’à l’agression sexuelle par personne interposée). Eat that, Bart Simpson ! Ceci est une histoire vraie. L’attention du spectateur est donc captée d’emblée pour cette fiction qui n’en est pas tout à fait une. On apprendra même à la fin qu’elle s’est produite 70 fois. Compliance mise clairement sur la sidération du réel. Tout en oubliant son alter ego : le vraisemblable de la fiction. L’identification, le point de vue, la fameuse suspension d’incrédulité, aux chiottes, avec l’éthique, la morale et le cerveau de tous ces personnages pantins. Au cinéma, la plus grossière erreur est toujours de se contenter du réel. Aussi fort soit-il.

Compliance est donc l’archétype du film qui s’appuie à l’excès sur son histoire vraie sans jamais voir au-delà, ni même penser son illustration, sa mise en scène. On table sur un postulat simple : les spectateurs seront outrés comme le lecteur du fait divers. La puissance voyeuriste du cinéma fera le reste, décuplant l’impact. Craig Zobel avait de vrais bons sujets à explorer : le conformisme, l’obéissance, la soumission, la manipulation. Il se contente de nous les balancer à la gueule dans un premier degré digne d’une reconstitution façon affreux docu-fiction qu’on voit sur les chaînes trop cheap pour diffuser des vrais reportages. On finit même sur une interview choc dont sont friands ces docs en carton. Ce réalisateur avait pourtant à portée de main tous les ingrédients d’un huis clos étouffant et dérangeant, interrogeant nos réactions, notre libre arbitre. La réflexion n’arrivera jamais. Comme jamais il n’arrivera à créer le malaise. Ou plutôt, ce malaise viendra de la gêne éprouvée devant un film qui voit son sujet, si mal maîtrisé, se retourner contre lui.

L’intrigue doit fonctionner au maximum pendant les 30 premières minutes, sur son installation, jusqu’à ce que Becky soit mise sous surveillance, passé le premier entretien avec l’imposteur au téléphone. Une fois dans l’arrière boutique avec la fouille corporelle qui commence, le voyeurisme l’emporte immédiatement sur le malaise. Une actrice trop mignonne (la pétillante Dreama Walker) mise à nue de manière frontale et répétée, interprétant un personnage si stoïque que les sévices paraissent bénins et les situations inconfortables presque comiques. Une mise en scène inadéquate, qui laisse hors champ que ce qu’elle ne peut vraiment pas montrer au grand public, mais se repaît de la nudité de la pauvre fille. Avec ce plan caractéristique de l’hypocrisie de l’entreprise : interrogateur en amorce qui fait (semblant) de cacher la fille topless, qui attend là comme un oiseau blessé que le spectateur se repaisse… pardon, que son sort soit réglé.

Le traitement est alors si maladroit qu’on finit par se détacher complètement des personnages et de la situation. On passe du sordide au comique sans transition. Le réalisateur nous confirmant, bobine après bobine, qu’il s’y prend définitivement comme un manche. Pourquoi nous montrer régulièrement le manipulateur au bout du fil, alors qu’il aurait été bien plus efficace et angoissant de laisser cette voix seule dominer les échanges ? Surtout pour ce qu’il en fait : un ersatz ultra cliché du malade bon père de famille grimaçant de plaisir devant son pouvoir illimité.

Le pire c’est qu’on finit quasiment par se ranger de son côté. Le malaise aurait été de nous faire comprendre, accepter la soumission à l’autorité (ou du moins, les réactions des personnages) jusqu’à ces extrémités impensables. Or ils ne sont jamais montrés autrement que comme des rats de labo, et quand on y arrive, voilà la réaction du spectateur qui n’est pas un lecteur catho sexagénaire de Télérama : « Mais qu’est-ce qu’il s sont cons… mais qu’est-ce qu’elle est bonne… mais qu’est-ce qu’ils sont cons… mais qu’est-ce qu’elle est bonne… je la fesserai bien aussi… putain mais qu’est-ce qu’ils sont cons… aaah l’Amérique profonde… ah ! encore topless ! miam, etc… » Digne d’une émission de TV-réalité. Quand le réel se retourne contre la fiction, le résultat est parfois bien glauque.


La « compliance » (lit. conformité) du titre se retrouve davantage dans la réaction pavlovienne des spectateurs (y compris ceux dits « critiques ») face à l’illustration de l’évènement réel. Ce dernier semble trop fort pour toute distance, désamorçant tout avis, et devenant par là même le pire des caches misère cinématographique. Quand on voit l’accueil du film, qui semble ne retenir que le sujet et jamais son traitement absurde, il y a de quoi s’interroger, comme dans le film, sur le bon sens critique de chacun.

Dans Compliance, la revendication du réel tourne à l’autosatisfaction, à la simple illustration, à la facilité du sujet montré mais jamais pensé, à la complaisance du fait divers. Ami cinéphile, fear the power of the True Event !

2/10
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Vieux 03/11/2012, 22h30   #3
Bad Taste
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Critique brillante, avec laquelle je suis tout à fait d'accord.

...

Mais qu'est-ce qu'elle est bonne. Quand même.
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Vieux 03/11/2012, 22h42   #4
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Citation:
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Critique brillante, avec laquelle je suis tout à fait d'accord.
Flatteur va.

Citation:
Mais qu'est-ce qu'elle est bonne. Quand même.
Yep. Mais pour en profiter, mieux vaut regarder une des meilleures comédies TV de l'année dernière : Don't Trust the Bitch in Apartment 23 (j'aime ce titre).

Moins de boobs ok. Aussi moins glauque, et plus drôle.
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Vieux 03/11/2012, 22h55   #5
Bad Taste
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J'y aurai jeté un œil juste pour Krysten Ritter.
Mais si Dreama Walker est de la partie, je vais y jeter les deux (yeux).
Merci pour le conseil.
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Vieux 04/11/2012, 09h06   #6
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Aaaah Krysten Ritter...

Elle était bien aussi dans Gravity (autre série passée inaperçue).

Mais là, entre Dawson en mode autoparodique et Dreama en naïve survoltée, she's a perfect bitch.
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Vieux 30/12/2012, 19h26   #7
conn2
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Une réalisation sans grande prétention et des interprètes qui font leur job sans plus ni moins (bon,un petit plus pour Dreama Walker qui est très mignonne..)

Ce film instille, par contre, un malaise permanent depuis la première scène jusqu'à la dernière scène parce qu'il décrit une vérité dont chacun de nous est témoin, à divers degrés et à travers des situations probablement moins graves.

On reproche au réalisateur de ne pas approfondir certains sujets (le conformisme, la soumission..).
Je dis que (de mon point de vue), il y en a pas besoin: depuis "I comme Icare", "Amen" etc.. tout a été décortiqué, analysé, débattu.

Pour moi, Craig Zobel a eu raison de s'en tenir au fait, de décrire de façon quasi clinique cet enchaînement 100 fois répété et 100 fois vu: on se soumet de manière mécanique à une autorité (ou considérée comme telle), on obéit en mettant de côté notre propre arbitrage et on commet des injustices, parfois des crimes, en étant persuadé de faire "ce que tout le monde aurait fait dans notre situation "

..Et peu importe la mise en scène, les interprètes, le son, le montage, le film est là simplement comme un support en images (comme des slides Powerpoint en quelque sorte) de cette question que nous nous posons tous:
" Dans une situation de la vie réelle, est ce que mon libre arbitre sera toujours plus fort que ma propension à me soumettre à l'Autorité (cette autorité pourrait prendre aussi la forme de la majorité des gens, des conventions sociales, de la pensée unique..) ?"
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Vieux 30/12/2012, 20h07   #8
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Citation:
Posté par conn2 Voir le message
..Et peu importe la mise en scène, les interprètes, le son, le montage, le film est là simplement comme un support en images (comme des slides Powerpoint en quelque sorte)
Le Cinéma, c'était mieux avant.
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Vieux 30/12/2012, 21h21   #9
conn2
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Pour bien préciser les choses:

Il y aura toujours des films d'actions, des thrillers, des grands films romanesques (genre Autant en emporte le vent, Docteur Jivago etc..) pour nous sortir de notre quotidien et nous plonger le temps de 2 heures ou plus, dans un autre univers.
Cette capacité à nous arracher de nos contingences terrestres ne peut s'opérer que par une grande mise en scène, des interprètes inspirées, une belle photos etc..
On imagine mal "Sur la Route de Madison" joué par des comédiens de secondes zones ou "Raging Bull" mis en scène par un autre réalisateur que Scorsese et joué par un autre que De Niro.

Mais il y a des sujets qui peuvent être traités aussi bien sous forme de fictions que sous d'autres formes (documentaire):

- Le saccage de l'environnement, la menace des espèces par des organisations internationales est un sujet qui a été traité sous forme d'un documentaire, "Le cauchemar de Darwin"

- La libre circulation des armes à feux aux USA à l'origine du massacre de 13 personnes a aussi été traitée par Michael Moore sous forme de documentaire, "Bowling for Columbine" (Oscar du meilleur film documentaire 2003).

- Par contre, la situation des immigrés en France a été traitée par Philippe Lioret sous forme d'une fiction "Welcome" et a été à l'origine d'une proposition de Loi discutée à l'Assemblée Nationale (finalement rejetée..)

Je veux dire par là qu'il y a des sujets qui ne nécessitent pas forcément le passage par une fiction (donc mise en scène, interprètes, etc..) pour nous interpeller avec la même force...
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